Historien spécialiste de Byzance et de géopolitique de la Méditerranée. Auteur de plusieurs ouvrages sur les deux thèmes.

Les dictateurs prospèrent

Je précise dès le départ : le texte qui suit n’est pas l’introduction à une dystopie ! Il s’agit malheureusement de la réalité…Et encore, de la réalité partielle de ce qui se passe dans le monde ; cependant, les exemples choisis sont caractéristiques de cette situation…

Vladimir Poutine rêve de reconstituer, d’une manière ou d’une autre, l’Union soviétique, sans le communisme.

Recep Tayyip Erdogan rêve de rétablir le califat et de reconstituer l’Empire ottoman.

L’OTAN rêve de sa gloire passée celle du moment de la chute de l’Union soviétique, quand l’organisation pensait qu’on se trouvait devant la fin de l’histoire, que c’était gagné définitivement, quoi.

L’Union européenne rêve de réglementer la taille des concombres et légifère sur la possibilité de consommer les fruits et les légumes difformes.

Chacun ses priorités, me direz-vous.

Effectivement !

Les dommages collatéraux, les Syriens, les Libyens, les Arméniens, les Irakiens, les Kurdes, les chrétiens orientaux, cela ne compte pas ; il s’agit de quantités négligeables aux yeux de l’histoire, qui, de toute façon, sera écrite pas les vainqueurs. Lire la suite

Restons éveillés !

En ces temps de confinement, de couvre-feu et de risque de perpétuation des privations des droits qui se prolonge depuis pratiquement un an maintenant, il est un aspect fondamental qui me parait nécessaire de mettre en exergue et de garder toujours dans l’esprit. Il s’agit de protéger les droits et libertés acquis et empêcher les vautours de tout poil de les détricoter…

Quand le patronat tente de rogner les acquis sociaux, prétextant bien entendu la crise, c’est tout l’édifice social qui risque de s’effondrer. Quant au pouvoir politique, ces dernières décennies, il a, par les réformes forcées, en appliquant la méthode du « saucissonnage », détricoté le code du travail et fait la part belle – par des avantages exorbitants – au patronat, qui, de son côté, en guise de remerciement, délocalise, cache son argent (l’argent volé aux Français, en fait) dans les paradis fiscaux et spécule.

Je souhaite, dans ce papier, rester un peu sur le comportement du patronat et rappeler des positions et postures exprimées récemment et qui n’ont pas eu, à mon sens, la publicité et l’analyse qu’elles méritaient. En effet, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, était clair quand, à propos du temps de travail et du droit, déclarait dans Le Figaro, dès le 11 avril 2020 : « L’important, c’est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse, pour tenter d’effacer, dès 2021, les pertes de croissance de 2020. C’est la création de richesses qui permettra d’augmenter l’assiette des impôts et donc les recettes, et ainsi de rembourser la dette accumulée pendant la crise. Ensuite, il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire. » Lire la suite

Orwell, l’homme du XXIe siècle

Que l’on soit d’accord ou pas avec les thèses orwelliennes, force est de constater que le monde dans lequel nous vivons donne raison au penseur Anglais. Il a développé ses théories dans deux principaux ouvrages, le fameux 1984 et le non moins important La ferme des animaux. La pensée unique et les totalitarismes ont été mis à l’index et critiqués avec justesse. Surtout, le contrôle des hommes et des sociétés a été analysé avec intelligence.

Inspiré des textes orwelliens et développée par des lectures similaires[1], la petite liste qui suit montre la manière dont le contrôle sur la société est exercé par la classe dirigeante.

  1. La technique du plaisir

Élément principal du contrôle social, la technique du divertissement consiste à détourner l’attention du public des grands problèmes et changements décidés par les élites politiques et économiques, avec un flot ininterrompu de détails amusants et insignifiants, détournant l’attention du public des vrais problèmes sociaux. Lire la suite

De la servitude volontaire, ou comment les masses sont dominées

Il y a 500 ans, un jeune étudiant en droit publiait un petit essai intitulé Le Discours de la servitude volontaire, qui continue à être plus que jamais d’actualité. Étienne de La Boétie nous donnait alors une leçon extraordinairement lucide sur le pouvoir et l’aliénation. Ce petit livre explique le cheminement de la domination exercée par les personnes qui se sont hissés au pouvoir. Cette domination n’est pas seulement le fait du contrôle des moyens de coercition et de répression ; il s’agit de l’habitude qu’ont les gens de la servitude, qui laisse le champ libre à ceux qui ont le pouvoir de l’acquérir d’abord et de le conserver ensuite.

Tous les moyens sont bons pour maintenir le peuple dans la servitude : la religion, la superstition, l’ignorance. Et cette pratique même été perfectionnée dans nos sociétés actuelles.

Et en ce début du XXIe siècle, le religieux revient en force et nous ramène vers les siècles de l’obscurantisme moyenâgeux et la domination par une poignée d’hommes et/ou de femmes des richesses produites ainsi que le contrôle des outils et moyens d’information, empêche les gens d’avoir conscience de leur sort. Lire la suite

Migrants/réfugiés : arme de destruction massive et machine à cash, entre les mains du gouvernement turc

L’Union européenne n’a pas réussi à s’entendre sur des sanctions contre la Turquie, réclamées notamment par la France, Chypre et la Grèce, à cause du comportement turc en Méditerranée orientale et en Libye. Et quelques jours après, elle récompense les menaces turques…

Même pas une semaine après le fiasco du Sommet de l’Union européenne durant lequel les 27 ont encore tiré l’oreille de la Turquie (pas très fort quand-même ; il ne faut pas la provoquer) en lui rappelant qu’ils allaient adopter des sanctions à cause de son comportement agressif en Méditerranée orientale et ailleurs (cela fait quelques années que les 27 annoncent des sanctions contre la Turquie pour ça ; on ne les a jamais vues !), nous avons appris que les mêmes 27 ont fourmi à la Turquie, en catimini, la dernière tranche des 6 milliards d’euros promis pour l’externalisation du traitement de la question des réfugiés, notamment syriens.

Tout a commencé par l’accord entre la chancelière Angela  Merkel et le Premier ministre turc de l’époque, Ahmet Davutoglu. On était en pleine guerre civile syrienne avec des centaines de milliers de réfugiés syriens fuyant vers la Turquie et les autres pays voisins. La Turquie, menaçant de les laisser partir vers l’Europe, a obtenu un accord négocié avec l’Allemagne, dans le dos des autres membres de l’Union européenne, d’un montant de trois milliards d’euros dans un premier temps, augmenté à six milliards ensuite. Cet accord, déjà difficile à accepter car négocié par un seul pays qui l’a imposé à ses partenaires, prévoyait, ni plus ni moins, que l’externalisation du traitement du problème des réfugiés / migrants était confiée à la Turquie contre monnaie sonnante et trébuchante ! Les droits de l’homme et les belles valeurs fondamentales, mille fois confirmées dans de beaux discours écrits par les énarques de tous les pays, sont passés à la trappe.

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Pandémie et société / La démocratie confisquée

« La concentration de la richesse entre un nombre si limité de mains entraîne une concentration du pouvoir. Jamais, dans l’histoire de notre pays, l’argent du 1% des plus nantis n’a tant nourri les campagnes électorales, influencé les médias et empêché les réformes qui seraient salutaires pour le plus grand nombre. » Robert Leich.

 

En cherchant les effets de la crise sanitaire à laquelle l’humanité fait face, je suis tombé sur la présentation de Forbes concernant les plus grandes fortunes mondiales. En effet, en cette fin 2020, Forbes nous apprend que les milliardaires sont devenus plus riches de 1,9 billions de dollars en 2020[1].

 

C’est pourquoi, je me suis remémoré les paroles citées en début de ce texte. Elles appartiennent à Robert Reich, ministre du Travail des États-Unis sous Clinton. Cette description des États-Unis peut être transposée également ailleurs comme en France par exemple ou en Europe. Et finalement, depuis la présidence Clinton, les choses ont encore empiré…

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