La patrie des droits de l’Homme affiche un record de vente d’armes

Par Pierre Duval pour Observateur-Continental

L’industrie française de la défense brille. Les exportations d’armements de la patrie des droits de l’Homme devraient dépasser 30 milliards d’euros en 2021-2022. C’est un montant bien supérieur à la moyenne des années précédentes.

La France est, donc, en passe de devenir la patrie de la promotion de la guerre pendant que le pays se trouve en pleine pandémie de la Covid-19 et que le ministère des Armées a fait le constat «des signes annonciateurs d’une récession économique sans précédent depuis 1929». Pourtant des questions se posent. Amnesty International dénonce le fait que des armes françaises soient utilisées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire contre les populations civiles.

En pleine pandémie. Le ministère des Armées s’est posé la question en juin 2021 concernant le rapport au Parlement 2021 sur les exportations d’armement de la France si «nos coopérations d’armement et l’activité de nos industries de défense ont-elles été résilientes face à la crise sanitaire», «en pleine pandémie de Covid-19, avec des signes annonciateurs d’une récession économique sans précédent depuis 1929?».  La réponse du ministère des Armées est «oui», car «la lecture de ce rapport montre que notre industrie a su s’organiser, avec le soutien de l’Etat, pour faire face à ses engagements, apporter des réponses adaptées aux enjeux de défense dans le monde et maintenir ainsi le lien de confiance avec ses clients». En juin 2021, Florence Parly indiquait que «c’est un signe clair à la fois de la résilience de notre industrie de défense et de sa capacité à contribuer à la reprise économique de notre pays, lequel maintient d’ailleurs sa place de 3e exportateur mondial».  

Un secteur qui fait vivre la France. «Les exportations soutiennent le maintien et la création d’emplois en France: 200 000 personnes, souvent très qualifiées, occupant donc des emplois peu délocalisables, travaillent au sein des entreprises de défense, grandes industries mais aussi PME et ETI», indique le dossier Actu Défense du 9 décembre 2021, précisant qu’ «Hervé Grandjean [Porte-parole du ministère des Armées] a souligné que cette Base industrielle et technique de défense (BITD) fonctionnait  »parce que d’une part il y a des commandes très significatives des armées, 180 milliards d’euros d’investissements dans l’économie entre 2019 et 2025 et une jambe qui est celle des exportations d’armement sans laquelle on ne pourrait pas avoir des bureaux d’études pérennes et des chaines de production qui fonctionnent toute l’année, tous les ans». Prenant l’exemple du Rafale, le ministère des Armées nous apprend que «la supply chaine du Rafale s’appuie sur 400 PME et ETI et la production d’un Rafale par mois mobilise 7 000 personnes (cette cadence mensuelle va sans doute augmenter dans les mois qui viennent)»; «La commande des 80 Rafale annoncée la semaine passée représente 14 milliards d’euros ainsi qu’un contrat d’armement de 2 milliards d’euros, pour un montant total de 16 milliards d’euros». Ainsi, les contrats à l’export sont indispensables pour pour maintenir, selon le ministère des Armées, le tissu industriel de la France. 

Comme Capital le signale, citant l’ingénieur général de l’armement Thierry Carlier, directeur du développement international à la Direction générale de l’armement (DGA), «nos exportations d’armements devraient dépasser 30 milliards d’euros en 2021-2022,  »un chiffre tout à fait considérable » et bien plus que la moyenne des années précédente »». Tout comme Actu Défense le précisait le magazine financier rapporte que «les exportations d’armements constituent une des principales sources d’excédent de la balance commerciale française. Elles s’élevaient jusqu’à récemment en moyenne à dix milliards d’euros par an (9,1 milliards en 2019, 4,9 milliards en 2020 en raison notamment de la crise Covid)». Ainsi, malgré «des signes annonciateurs d’une récession économique sans précédent depuis 1929», l’industrie de l’armement français se porte très bien.

Amnesty International accuse la France. L’ONG accuse la France de tenir une «opacité sur les ventes d’armes françaises». Amnesty International a saisi le 23 septembre 2021, conjointement avec le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) et le média d’investigation Disclose, le Tribunal administratif de Paris. L’objectif de l’ONG est de contraindre l’administration des douanes à communiquer les documents sur l’exportation de matériels de guerre, de maintenance et de formation de la France. Plus particulièrement, Amnesty International cherche à faire la lumière sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis (EAU). Suite à cette vente d’armes françaises aux Emirats arabes unis, l’ONG humanitaire souligne le «risque considérable que des armes françaises soient utilisées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire contre les populations civiles au Yémen», et dénonce la France sur «le refus de communiquer ces informations douanières» qui «constitue une atteinte disproportionnée au droit fondamental du public de recevoir les informations nécessaires à l’exercice d’un débat public légitime et démocratique». Alors que la France saute de joie en annonçant une vente record d’armes, Amnesty International accuse la France de complicité de la France en particulier au Yemen: «Nos organisations font suite au silence écrasant opposé par l’administration des douanes et la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) à leurs sollicitations d’informations détenues par les douanes sur les quantités, dates et destinations finales de certains matériels de guerre “made in France”, dont il est établi qu’ils sont utilisés dans le conflit au Yémen». 

La patrie des droits de l’Homme affiche un record de vente d’armes mais qu’en est-il des conséquences de l’emploi de ces armes sur les populations où ses armes françaises sont employées dans le monde? Est-ce que la France est vraiment toujours la partie des droits de l’Homme? Amnesty International dénonce le fait que «malgré les preuves accablantes des attaques commises par la Coalition militaire menée par l’Arabie Saoudite et les EAU au Yémen depuis 2015 contre les populations et infrastructures civiles, la France continue de livrer des matériels de guerre et à fournir maintenance et formation à ces pays». L’ONG rappelle que «le Traité sur le commerce des armes – de même que le droit européen et français – interdisent strictement ces exportations dès lors qu’il existe un risque qu’elles facilitent la commission de crimes de guerre». «Pourtant, la France a livré pour plus de 8 milliards d’euros de matériels de guerre sur la période 2015-2020 à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis», rajoute Amnesty International.

Pierre Duval

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Un commentaire

  • Marsi

    Pour fabriquer des armes, entretenir une armée, là il y a de l’argent. Par contre pour améliorer les soins et aider les pauvres, c’est compliqué vous comprenez…ça coûte! On reconnaît la valeur d’une société au sort qu’elle réserve à ses plus faibles éléments. Personnellement je sais à quoi m’en tenir.

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