La dérive militaire de l’Europe au-delà de l’UE sème l’alarme

Source Observateur-Continental

La presse anglaise observe depuis le Brexit la situation en UE sur le plan militaire. Pour The Guardian, les critiques se demandent pourquoi, si la mission de l’UE est de promouvoir la paix, elle veut utiliser l’argent public pour financer la fourniture d’armes aux armées étrangères. Une députée européenne dénonce le financement de l’armement sur le slogan de la paix. 

Expansion du financement militaire en UE et au delà. L’UE a reçu le prix Nobel de la paix en 2012 en reconnaissance de «six décennies de promotion de la paix et de la réconciliation» en Europe. Dans son discours de remerciement à Oslo, le président de la Commission européenne de l’époque, José Manuel Barroso, a déclaré que le monde pouvait «compter sur nos efforts pour lutter pour une paix, une liberté et une justice durables», tient à rappeler le quotidien anglais.

Pourtant, moins d’une décennie plus tard, l’UE prend deux grandes mesures pour renforcer sa capacité de défense et s’engager dans des conflits militaires en formant et en équipant les gouvernements en dehors du bloc. Au milieu de la pandémie de la Covid-19, ces développements sont passés sous le radar, mais ils représentent une expansion significative de la politique de sécurité avec de vastes conséquences, insiste The Guardian.  

Ainsi, un fonds européen de défense (FED) de 8 milliards d’euros, destiné à développer et à acquérir de nouvelles armes et technologies pour les militaires au sein de l’UE et à l’étranger, a été convenu en décembre dernier. L’UE a, également, lancé récemment la facilité européenne pour la paix (EPF), un mécanisme qui renforcera la capacité de l’Union à fournir une formation et du matériel – y compris, pour la première fois, des armes – aux forces militaires non européennes dans le monde.

La France et l’Allemagne, la Commission européenne et une majorité de députés européens ont fait pression pour que ces outils renforcent la puissance européenne à l’étranger. Ils invoquent les conflits au Moyen-Orient, au Sahel et en Ukraine, ainsi que, comme justification, la direction plus isolationniste  prise par les Etats-Unis  sous l’administration Trump.

La menace russe comme excuse. Ces initiatives renforceront l’influence économique et diplomatique de l’UE avec une forte dose de «hard power» (coercition), affirment des partisans qui soulignent également l’inefficacité de 27 armées nationales acquérant leurs propres nouveaux systèmes d’armes. Mais les mesures bénéficieront également à l’industrie européenne de l’armement en fournissant des fonds de recherche et de développement et de nouveaux débouchés pour la vente d’armes à l’étranger, souligne The Guardian  en faisant allusion à la politique des Etats-Unis qui invite l’UE a dépenser plus pour sa défense.

Le député conservateur allemand, Michael Gahler (CDU), qui siège au sous-comité de la sécurité et de la défense du Parlement européen a déclaré: «A l’époque du Brexit et de Donald Trump, la responsabilité d’améliorer la sécurité européenne incombe principalement aux Européens. Nous ne pouvons pas toujours compter sur les autres, comme nous l’avons fait dans le passé. Même en tant que pilier européen renforcé de l’Otan, l’UE doit grandir et prendre soin d’elle-même». Utilisant la situation en Ukraine, le député allemand évoque «les mouvements de troupes russes» qui sont, selon lui, «profondément préoccupants» pour défendre le principe de la Défense de l’UE car «il faut apporter  le soutien à l’Ukraine» puisque c’ «est un devoir européen».

L’UE finance l’armement. The Guardian met en garde en indiquant qu’un réseau bruyant de militants pacifistes, d’eurodéputés critiques et de militants accuse l’UE d’abandonner ses principes fondateurs et de céder au lobbying de l’industrie de l’armement pour plus de financement public.  

La députée européenne allemande, Özlem Demirel, (Die Linke), vice-présidente de la commission de la sécurité et de la défense du Parlement européen, a , d’une part, critiqué le rapport de Michael Gahler sur l’Accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine: «Le rapport de Michael Gahler sur l’UE-Ukraine est très partial. En particulier, le rapport déforme ce qui a conduit à la situation politique actuelle en Ukraine et qui en est responsable. Les Etats-Unis et l’Union européenne, en particulier, ont contribué à une aggravation de la situation en Ukraine».

En outre, elle dénonce le financement par l’UE des composants militaires via des lignes budgétaires: «Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne va recevoir un budget militaire réparti sur plusieurs pots avec le nouveau cadre financier pluriannuel (CFP). Özlem Demirel dénonce le fait qu’ au plus tard, par ce moyen [de financement], la puissance civile tant vantée de l’Europe sera enfin enterrée, [ce qui est] un développement qui, malheureusement, a reçu peu d’attention». 

Dans son communiqué de presse en du 21 juillet 2020 (en pleine crise de la Covid-19) la députée des Linke explique le détail des budgets militaires qui sont répartis en dénonçant la supercherie: «Un  »Fonds européen de défense » d’un volume de 7 014 milliards d’euros doit être mis en place pour la recherche et le développement d’armements. Pour la «mobilité militaire», qui vise avant tout à «optimiser» le transfert rapide de troupes et d’équipements vers la frontière russe, 1,5 milliard d’euros sont prévus. En outre, 13,202 milliards d’euros ont été réservés pour les programmes spatiaux militairement importants de l’UE (surtout Galileo et Copernicus). Et, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont mis d’accord sur un budget trompeur de la  »Facilité européenne pour la paix » de 5 milliards d’euros. Bien qu’il ne fasse pas officiellement partie du budget de l’UE, il est destiné à financer les futures opérations militaires de l’UE». 

Olivier Renault

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