Qui va diriger l’Europe après le départ de Merkel ?

Par Pierre Duval pour Observateur-Continental

L’ex-chancelière allemande, Angela Merkel, qui a dirigé son pays pendant 16 ans, a quitté son poste. Elle a été remplacée par le social-démocrate, Olaf Scholz, comme nouveau chancelier et un gouvernement de coalition avec le SPD, les Grünen, le FDP. Dans le même temps, le «remaniement» politique en Allemagne affectera directement l’ensemble de l’Union européenne. Selon la plupart des représentants de l’establishment européen, c’était Angela Merkel qui était le leader politique de l’ensemble de l’UE. Maintenant qu’Angela Merkel a quitté son poste la question est de savoir qui pourra à sa place «diriger» l’Europe?

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 Etats membres de l’Union européenne se réuniront à Bruxelles ce mercredi 15 décembre 2021 pour un sommet du partenariat oriental. A ce moment là, les dirigeants européens rejoindront la «lutte pour le pouvoir» lors de ce prochain sommet à Bruxelles.  L’un des candidats probables au poste de «chef politique» en Europe ressemble aujourd’hui au président français, Emmanuel Macron.

Sans Angela Merkel, l’UE a, donc, besoin de la figure d’un leader. Lors de sa visite à Paris, le nouveau chancelier allemand a échangé avec le président français sur tous les sujets européens et internationaux du moment et les deux hommes ont fait état d’un désir commun de travailler ensemble. Ainsi, la figure de leader semble prendre forme parmi ces deux hommes et le président français a les atouts pour prendre cette fonction.

Comme Les Echos l’indique, «les deux dirigeants [Emmanuel Macron et Olaf Scholz] ont promis d’oeuvrer ensemble à un renforcement de l’Europe». Selon le quotidien économique, Olaf Scholz est plus réservé et moins bavard que son homologue français. En outre, le président français a déjà le pied à l’étrier et chevauche la politique européenne déjà depuis longtemps. D’ailleurs, quelques heures avant un sommet à Bruxelles sur le partenariat oriental, Le Temps indique qu’ «Emmanuel Macron et Viktor Orban se sont affichés lundi tout sourire lors de la visite du président français à Budapest». Le président français prépare déjà sa position européenne.  

Emmanuel Macron a toujours prôné une vision forte de l’UE qui peut lui apporter des dividendes tangibles dans la lutte pour le leadership. C’est, d’ailleurs, la France qui assurera la présidence de l’UE l’année prochaine. L’agenda français tombe à pic. Cependant, contrairement à Angela Merkel, Emmanuel Macron n’a pas le talent pour «construire des ponts» selon des observateurs. Le président français devra enfiler le costume d’Angela Merkel pour devenir particulièrement accommodant tout en étant extrêmement ambitieux pour savoir fédérer la «famille européenne». De plus, il doit encore conserver son siège aux élections du printemps prochain.

Ainsi, il se peut que Olaf Scholz se tienne en embuscade derrière le calendrier chargé du président français. En effet, le nouveau chancelier est particulièrement apprécié par Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan. Contrairement à Emmanuel Macron, celui-ci n’a jamais critiqué l’Otan, ce qui est, d’ailleurs assez surprenant, historiquement, pour un social-démocrate. Le SPD était le parti des travailleurs contre le pouvoir de l’industrie de l’armement.

Après la nomination d’Olaf Scholz comme nouveau chancelier, Jens Stoltenberg l’a invité au siège de l’Otan à Bruxelles le 10 décembre 2021 et déclaré: «Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois auparavant, mais c’est la première fois que nous nous rencontrons en votre nouvelle qualité»; «J’ai vraiment hâte de travailler avec vous. Et je sais que vous êtes un soutien fidèle, engagé et fort de l’Alliance transatlantique». Jens Stoltenberg et Olaf Scholz cultivent une longue amitié réciproque.

La servilité de l’Allemagne envers l’Otan n’est plus à prouver. D’ailleurs, le 9 décembre 2021, lors de la visite de la nouvelle ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, au siège de l’Organisation, l’Otan a déclaré avoir besoin d’une Allemagne forte. «Votre visite dès le lendemain de votre entrée en fonctions illustre clairement le rôle de premier plan que joue l’Allemagne pour la sécurité transatlantique», a déclaré Jens Stoltenberg dans un communiqué de presse à l’attention de Annalena Baerbock du parti des Grünen. L’Otan a appelé la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, à œuvrer pour une Allemagne militairement forte ce qui ne va réellement pas bien dans la ligne historique des Grünen.

Cependant, la nouvelle ministre a parlé d’un élargissement de l’alliance transatlantique: «Il est très clair que l’Otan reste un pilier indispensable pour la sécurité en Europe». Comme c’est Washington via l’Otan qui fait le temps politique en UE, la figure d’Olaf Scholz risque de gêner le flanc politique d’Emmanuel Macron dans ses ambitions européennes si celui-ci n’arrive pas à donner le ton dans le cadre du couple franco-allemand. 

Il faut signaler, comme l’a indiqué le Frankfurter Allgemeine Zeitung que Annalena Baerbock, avant les élections fédérales, avait déclaré vouloir  insister sur le retrait des bombes atomiques américaines d’Allemagne en cas de victoire électorale. Seulement, après les élections, la realpolitik intervient comme le souligne la Deutschlandfunk Kultur le 13 décembre 2021. «En conséquence, Baerbock est prise dans le champ de tension entre sa revendication fondée sur des valeurs et des considérations politiques réelles qui peuvent provenir d’autres parties du gouvernement fédéral et aussi de son propre parti», explique la politologue Jana Puglierin.

Pierre Duval

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