L’Otan se prépare par un exercice secret en cas de guerre nucléaire

Par Olivier Renault pour Observateur-Continental

Les organisations civiles luttant contre l’expansion des armes nucléaires sur le globe sont en colère. Elles dénoncent l’action de l’Otan qui vient de lancer son exercice militaire atomique annuel en Europe.

Alors que les grands média européens passent sous silence cet exercice nucléaire, l’Otan est en train de préparer ses armées à l’utilisation de bombes atomiques malgré les accords passés qui interdisent l’augmentation de l’emploi des armes nucléaires. Steadfast Noon est la preuve de la volonté des Etats-Unis et de l’Alliance, de ne pas respecter les accords mais aussi de vouloir employer l’arme atomique et d’inciter les autres nations à se lancer dans la folle course au réarmement nucléaire alors que l’humanité entière vient d’être prise dans la menace d’une pandémie planétaire. 

«Il est urgent de se préoccuper du contrôle des armements», a déclaré le 16 juin 2021 le Dr. Ulrich Kuhn, Responsable du Département Recherche Contrôle des Armes et Nouvelles Technologies à l’IFSH situé à Hambourg, rajoutant: «Dans Ces dernières années, les traités de contrôle des armements ont été comme des pierres pour nous, tombant comme des dominos un par un». L’IFSH rajoute que les Etats-Unis disposent d’un arsenal de 100 bombes nucléaires dans des bases en Europe et en Turquie. Les bombes nucléaires B61-3 à puissance variable de 0,3, 1,5, 60 ou 170 kilotonnes et B61-4 à puissance variable de 0,3, 1,5, 10 ou 45 kilotonnes sont situées dans des entrepôts souterrains de bases aériennes en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et en Turquie. Ainsi, dans les entrepôts souterrains de la base aérienne de Büchel en Rhénanie-Palatinat en Allemagne, il y a 20 bombes. L’avertissement de l’IFSH reste lettre morte. 

L’Otan a annoncé ce 18 octobre sur son site  le début annuel de son exercice militaire atomique: «L’Otan a lancé son exercice de dissuasion annuel le lundi 18 octobre 2021, avec des dizaines d’avions de toute l’Alliance pratiquant la défense des Alliés européens de l’Otan. L’exercice d’une semaine, appelé Steadfast Noon, se déroule dans le sud de l’Europe et implique des avions et du personnel de 14 pays de l’Otan».  L’Otan rajoute que «Steadfast Noon implique des vols d’entraînement avec des avions de chasse à double capacité, ainsi que des avions conventionnels, soutenus par des avions de surveillance et de ravitaillement», et qu’ «aucune arme réelle n’est utilisée» et, «cet exercice permet de garantir que la dissuasion nucléaire de l’Otan reste sûre, sécurisée et efficace».

Officiellement, le transport d’armes nucléaires américaines depuis des installations de stockage souterraines et leur attachement aux avions de chasse seront pratiqués, mais les pilotes effectueront des vols d’entraînement sans bombes. Dans le cadre des manœuvres, il est prévu d’élaborer l’utilisation de bombes nucléaires américaines B61, qui, selon des informations non confirmées, sont stockées sur la base aérienne militaire de Ghedi dans le nord de l’Italie.

Des organisations luttant contre la prolifération des armes atomiques montrent leur mécontentement avec le lancement de l’exercice nucléaire de l’Otan. Atomfrei, une organisation allemande anti-nucléaire, «critique vivement la manœuvre de guerre nucléaire Steadfast Noon qui a commencé aujourd’hui [18 octobre] et à laquelle participent 14 pays de l’Otan». Atomfrei explique que selon l’Otan, la manœuvre se déroulera cette année « au-dessus de l’Europe du Sud », c’est-à-dire en Italie, où se trouvent deux sites d’armes nucléaires américaines avec Ghedi Torre et Aviano».

L’organisation antinucléaire suisse, ICAN, demande à ses abonnés sur Twitter: «Avez-vous déjà entendu parler de SteadfastNoon? C’est un exercice nucléaire annuel que l’Otan pratique avec une mission de frappe nucléaire pour se préparer et s’entraîner à utiliser des armes qui anéantiraient des villes, assassineraient des civils innocents et détruiraient l’environnement est totalement inacceptable». L’ICAN précise que «cette année, l’exercice se déroule en Europe du Sud et implique des aéronefs et du personnel de 14 pays de l’Otan. Jusqu’à présent, nous savons qu’ils se trouvent à la base aérienne de Ghedi – l’un des deux sites où l’Italie héberge des armes nucléaires américaines – mais les détails sont délibérément vagues». 

Hans Kristensen, directeur du projet d’information sur le nucléaire, regroupant une Fédération des scientifiques américains et qui donne une vue d’ensemble des forces nucléaires mondiales du SIPRI, a tweeté aussi ce 18 octobre: «L’Otan a déclaré que l’exercice annuel Steadfast Noon avait commencé. Il s’agit de l’exercice nucléaire impliquant des forces aériennes nucléaires tactiques. Ils parlent du Sud de l’Europe, c’est donc probablement concentré à Ghedi en Italie. Un transport allemand vient de débarquer».

Déjà avec l’accord AKUS, ICAN France sonnait l’alerte déclarant que «la prolifération nucléaire est de retour» et que «les Etats-Unis et l’Australie violent le TNP» car «il s’agit de fait, d’une dissémination de technologies nucléaires à finalité non civile». ICAN France accuse les les Etats-Unis, «qui s’étaient auto-proclamées en gardienne de la non-prolifération atomique» de rompre «ainsi tous leurs engagements, avec la complicité du gouvernement australien», soulignant que «c’est une zone du Sud Pacifique, fragile et instable, qui est en proie à un surarmement des australiens, mais qu’ elle est protégée à la fois par le Traité sur la non-prolifération (TNP), et par le traité de Rarotonga instituant cette zone comme exempte de toutes armes». ICAN France dénonce le fait que «la décision américaine et des autorités australiennes sont une double violation de ces 2 traités». L’accord AKUS a, donc, montré cette volonté des Etats-Unis de ne pas respecter  le traité de non-prolifération (TNP).

Cette manœuvre militaire actuelle de l’Otan utilisant des bombes atomiques en direction de Italie en apporte encore la preuve de ce non respect envers les traités internationaux. Pour rappel, le TNP a été ouvert à la signature en 1968 et est entré en vigueur le 5 mars 1970. 

Olivier Renault

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