Suppression de l’ENA: Macron se prépare-t-il à briguer un second mandat en 2022?

Source Observateur Continental

Une vive réaction a été suscitée en France par la décision du président français Emmanuel Macron de supprimer l’Ecole nationale d’administration (ENA), qui forme les hauts fonctionnaires de l’Etat. Elle sera remplacée par l’Institut du service public (ISP). 

L’ENA a été créée par le président Charles de Gaulle immédiatement après la guerre en 1945 afin d’apporter du sang neuf dans l’appareil des fonctionnaires. Son premier directeur a été le secrétaire général du parti communiste français Maurice Thorez. Avec le temps, l’ENA s’est transformée en ce qu’on a appelé une école réservée aux élites françaises. Le diplôme de l’ENA est un passe-droit pour gravir les plus hauts échelons du pouvoir.  Parmi les énarques se trouvent quatre présidents français – Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François Hollande et Emmanuel Macron, neuf premiers ministres et une légion de hauts fonctionnaires. 

Quelles sont les motifs de cette décision d’Emmanuel Macron, lui-même diplômé de l’ENA? L’ampleur nationale des protestations des « Gilets jaunes »? Les « convulsions » sociales provoquées par la pandémie? 

La prochaine présidentielle aura lieu dans un an. D’après les sondages de l’opinion publique, la chef du Rassemblement national Marine Le Pen, principale adversaire d’Emmanuel Macron, renforce sans cesse ses positions. Quoi qu’il en soit, elle passera au second tour. En 2017, elle a obtenu 21,3% des suffrages au premier tour, et maintenant elle franchira facilement la barre de 25%. 

Tandis qu’Emmanuel Macron fait du surplace. Afin de conserver le pouvoir il va jusqu’à fermer son alma-mater. La décision de supprimer cet établissement élitaire a été annoncée par le chef de l’Etat français l’an dernier à l’apogée de la révolte des « Gilets jaunes », qui exigeaient sa démission. Le président a déclaré que pour le service public il fallait sélectionner des jeunes gens « en fonction de leur mérite et pas de leur origine sociale ou familiale », écrit Le Figaro, « pour calmer la révolte populaire et tenter de réduire la défiance à l’égard des élites politiques et administratives ». 

Le quotidien italien Repubblica estime qu’en France la réputation de l’élite dirigeante a été entachée par l’épidémie de Covid-19. La lenteur des autorités et leur incapacité d’évaluer correctement le niveau du danger social ont soulevé la question de l’aptitude à diriger de la caste qui s’accroche à ses privilèges. Les protestations des « Gilets jaunes » à Paris avaient déjà montré plus tôt que la colère sociale atteint un point d’ébullition. 

Emmanuel Macron est forcé de manœuvrer, les élections approchent. Il faut montrer qu’il est préoccupé par l’inégalité qui s’aggrave, par la hausse de la pauvreté et par d’autres problèmes sociaux. 

Alors que la situation en France dicte des changements sociaux. La devise du candidat Macron pendant sa campagne de 2017 était « La France doit être une chance pour tous ». Maintenant, en supprimant l’ENA Emmanuel Macron prétend vouloir impliquer de « nouvelle forces » dans la gestion du pays. 

Rappelons qu’en fondant l’ENA en 1945 Charles de Gaulle voulait surmonter l’héritage des anciennes classes dirigeantes, qui ont conduit la France à une catastrophe dans la Seconde Guerre mondiale. Mais le renouvellement n’a pas eu lieu. Même la volonté d’un dirigeant aussi extraordinaire que Charles de Gaulle n’a pas surmonté l’inertie du modèle de domination des castes établi dans le pays. Et Emmanuel Macron est loin d’être Charles de Gaulle.

Alexandre Lemoine

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