Pandémie et société / La démocratie confisquée

« La concentration de la richesse entre un nombre si limité de mains entraîne une concentration du pouvoir. Jamais, dans l’histoire de notre pays, l’argent du 1% des plus nantis n’a tant nourri les campagnes électorales, influencé les médias et empêché les réformes qui seraient salutaires pour le plus grand nombre. » Robert Leich.

 

En cherchant les effets de la crise sanitaire à laquelle l’humanité fait face, je suis tombé sur la présentation de Forbes concernant les plus grandes fortunes mondiales. En effet, en cette fin 2020, Forbes nous apprend que les milliardaires sont devenus plus riches de 1,9 billions de dollars en 2020[1].

 

C’est pourquoi, je me suis remémoré les paroles citées en début de ce texte. Elles appartiennent à Robert Reich, ministre du Travail des États-Unis sous Clinton. Cette description des États-Unis peut être transposée également ailleurs comme en France par exemple ou en Europe. Et finalement, depuis la présidence Clinton, les choses ont encore empiré…

2020 fut une année de confinements – à cause de la pandémie – et de troubles politiques. Mais, pour les personnes les plus riches de la planète, ce fut une année de profits incroyables. Avec les grandes bourses mondiales atteignant des sommets historiques. Forbes estime que les quelque 2200 milliardaires du monde entier se sont enrichis de 1,9 billions  de dollars en 2020. La fortune des milliardaires du monde entier est évaluée, selon les estimations de Forbes basées sur les cours de clôture des actions du vendredi 11 décembre 2020, à 11,4 billions de dollars. 20% de plus que les 9,5 billions de dollars, au 31 décembre 2019.

 

Les milliardaires américains ont connu une année 2020 extrêmement faste. Au total, plus de 600 milliardaires américains « valent » 4 billions de dollars, ayant augmenté leur fortune de 560 milliards de dollars depuis le début de l’année. L’homme pour qui 2020 a été la meilleure année est Elon Musk, dont la fortune est passée de 110 milliards de dollars à près de 137 milliards de dollars, faisant de lui le troisième homme le plus riche du monde. L’augmentation de la fortune de Musk est le résultat de la hausse explosive du cours de l’action de Tesla Motors, qui a bondi de 630%. Une hausse qui a été alimentée par des investisseurs opportunistes. Pour l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, 2020 a été sa deuxième meilleure année. Bezos (avec une fortune de 182 milliards de dollars) s’est enrichi de 67,5 milliards de dollars dans l’année, en raison de la hausse du cours de l’action d’Amazon. Et si les magnats américains gagnent du terrain, les Chinois sont en fait ceux qui ont gagné le plus de richesse cette année. L’économie du pays, qui a imposé de sévères confinements après l’éclosion de la pandémie de coronavirus, se redresse considérablement et profite aux plus riches. Troisièmes sur la liste des bénéfices les plus élevés sont les 40 milliardaires français qui « valent » 500 milliards de dollars, 95 milliards de dollars de plus qu’il y a un an. Plus de la moitié de l’augmentation est due à deux grands gagnants : Bernard Arnault  et l’héritière de L’Oréal, Françoise Betancourt  Meyers.

 

J’arrête là avec les descriptions des grandes fortunes ; cela devient indécent… Avouez que l’équation est – et c’est le moins que l’on puisse dire – agressive. La question centrale est relative à l’obscénité de la réalité socio-économique cachée derrière les chiffres cités en comparaison avec les statistiques qui concernent le chômage, la perte du pouvoir d’achat, la précarité, etc, et qui touchent la plus grande partie de la société…

 

De même, j’ose une petite extrapolation, qui me parait correspondre exactement aux propos de Robert Reich et illustrent parfaitement la situation actuelle. Il s’agit d’un court extrait de « Dieu et l’Etat » de Bakounine, à propos du manque de solidarité sociale de la bourgeoisie ayant accédé au pouvoir : « Cette doctrine aboutit au gouvernement exploiteur d’un petit nombre d’heureux ou d’élus, à l’esclavage exploité du grand nombre… » Je pense qu’il n’y a rien à ajouter de plus si ce n’est que le capitalisme financier sauvage, que nous vivons aujourd’hui, exacerbe encore davantage les inégalités en cas de problèmes. En gros, les crises quelles qu’elles soient, enrichissent les plus riches et appauvrissent les plus faibles. Et cette situation est à l’origine d’autres dangers…

 

En effet, nous voyons fleurir de plus en plus les actions caritatives qui sont devenues incontournables pour la survie d’un grand nombre d’exclus et en même temps le « fonds de commerce » des artistes et des milliardaires philanthropes en mal de publicité.

 

L’instrumentalisation de l’aumône au service de la communication des nantis est à son paroxysme. Cela permet de décomplexer la richesse car elle est, devant les yeux du monde entier, partagé. En réalité cela contribue à la perpétuation des injustices, car à travers l’aumône – un des plus grands fléaux de la civilisation de la dépendance – la richesse s’humanise en quelque sorte et continue ainsi tranquillement à s’accumuler.

 

S’il est légitime que chacun aspire à accéder à la culture et à l’éducation, à une certaine aisance matérielle également, rien ne peut justifier cette accumulation indécente de richesses entre les mains d’une petite minorité. L’existence d’une telle accumulation de richesses ne peut que conduire à la prise et à la conservation du pouvoir, menant inéluctablement à la dictature, sous les habits de la démocratie bourgeoise.

 

La lutte quotidienne pour la survie physique de quelques 4 milliards d’êtres humains marginalisés et exploités, les prive de la possibilité d’accéder à l’éducation et à la culture, étapes nécessaires à la contestation consciente de cet état de fait. Dans une société humaine normale et saine, l’aumône ne devrait pas exister…

 

[1] Rapport Forbes, : O Phileleftheros, 17 décembre 2020.

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