Gabriel, Dominique, ces paysans pris à la gorge par une administration aveugle…

Il faut bien se nourrir, de manière plus saine, de préférence bio et en circuit cours. Ce qui permet la maintenance des petits agriculteurs tout en protégeant notre santé, leur permet de vivre de leur travail, en plus d’éviter que des légumes et fruits « pesticidés » et récoltés verts pour supporter le voyage, fassent le tour du monde avant d’atterrir sur les étals, (trop de CO², mais non voyons). Ça c’est le vœu pieux et vertueux, déversé à l’envi par la pub bourre crânes et les politiques verdoyants, mangez cinq fruits et légumes par jours qu’ils nous serinent, OK! Mais quels fruits et légumes, ceux bourrés de glyphosate et autres, qui engraissent Monsanto/Bayer et consort et tuent nos sols, nos abeilles et insectes et tout ce qui en dépend ?  L’administration française, froide, impitoyable, ne connaissant que le règlement, les articles (et il y en a des tonnes) s’emploie avec ses agents robotisés, le manuel en bandoulière, sans aucun sentiment pour l’humain, ni l’animal à détruire le peu d’exploitation qui résistent à l’agrobusiness. Deux histoires de paysans hors normes, qui se battent pour ne pas mourir. Partagez ! Volti

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Auteur Pierre-Étienne Rault pour Reporterre

Pierre-Étienne Rault avec ses vaches

Dans l’Eure, Gabriel, éleveur guidé par « un modèle de sobriété, d’efficience et de bon sens », a eu le malheur de croiser une administration « impitoyable », qui veut abattre des vaches saines, raconte l’auteur de cette tribune.

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GABRIEL DUFILS

Il était une fois une ferme paysanne dans le département de l’Eure. Une ferme où le temps semblait s’être arrêté. Cinq petits hectares où le culte des forces productives n’était pas parvenu à planter son dard pour y diffuser son poison.

Durant quarante ans, un homme, Gabriel Dufils, a élevé des vaches et cultivé soigneusement son lopin de terre, vendant les fruits de son labeur sur les marchés locaux. Pendant quarante ans, Gabriel, inspiré par un modèle de sobriété, d’efficience et de bon sens, a dessiné et façonné son micro-territoire.

L’histoire de Gabriel aurait pu continuer ainsi, au moins jusqu’à sa retraite mais l’administration de l’Eure (la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations, DDCSPP), aux premiers jours de l’été 2011, en a décidé autrement.

Un contrôle a été effectué sur la ferme. Le constat a été vite posé : trois jeunes bovins appartenant à Gabriel n’avaient pas de boucles d’identification. La sanction n’a pas tardé à tomber. L’ensemble du troupeau a été immobilisé et la menace d’abattage a plané sur les trois bêtes non identifiées.

Abasourdi par cette situation invraisemblable, Gabriel a alors lancé une procédure qui a abouti en 2016 à l’invalidation par le Conseil d’État du contrôle mené par la DDCSPP en juin 2011.

Mais, entretemps, la machine administrative, aveugle, impitoyable, inhumaine s’est emballée. Elle a tenté et tente toujours d’écraser Gabriel Dufils comme elle l’a fait dans un autre département pour Jérôme Laronze, tué par un gendarme le 20 mai 2017.

Des considérations aussi froides que désincarnées

Malgré l’interdiction de vendre ou d’abattre quelques-unes de ses bêtes, le paysan acculé et sous le joug d’une menace permanente a continué de reproduire ses vaches pour pouvoir continuer à vivre du lait transformé en yaourt. Aujourd’hui, la situation de la ferme de Gabriel Dufils n’est plus supportable. Son cheptel compte désormais 16 bovins pour cinq hectares et la totalité de ses maigres revenus sert à absorber les charges d’alimentation de ses animaux [1].

Je fais partie de ceux qui ont pénétré dans les locaux de la DDCSPP d’Évreux le mercredi 17 octobre pour exprimer leur solidarité avec Gabriel Dufils et réclamer les passeports des bovins retenus par l’administration. J’ai été témoin de l’arrogance, du mépris, de la confusion et du déni très prégnant dans les propos de la directrice de la DDPP (direction départementale de la protection des populations). Dans ces bureaux, où elle et d’autres fossoyeurs de la paysannerie officient, l’insensibilité semble être la norme et l’inhumanité la devise. Dans leur tour d’ivoire, la misère des paysans tout comme l’abattage d’animaux en pleine santé renvoient à des considérations aussi froides que désincarnées. Les chiffres et les réglementations semblent constituer des œillères pour que leurs consciences n’aient jamais à croiser le regard d’un paysan en détresse ou celui d’un animal que l’on a condamné pour sauver l’honneur d’une mise en conformité.

Aujourd’hui, j’ai honte d’être un paysan citoyen de ce pays où l’on harcèle à travers un dispositif d’État ceux qui pratiquent une agriculture respectueuse et pourvoyeuse d’une alimentation saine et durable.

Aujourd’hui, j’ai honte d’habiter un pays où l’on décide de la mort d’une bête au gré des humeurs administratives et des applications d’alinéas.

Aujourd’hui, plus que jamais la désobéissance paysanne semble être la seule échappatoire pour rester digne et affranchi d’une autorité aussi délirante que macabre.

Source Reporterre


Source Ligue-du midi

DOMINIQUE MASSOUBRE

Dominique Massoubre : comment le système broie un éleveur hors normes !

Depuis 30 ans Dominique Massoubre est installé comme éleveur, à Puynormand dans le Nord de la Gironde, en limite de la Dordogne.

Sa passion : sauver des races rustiques anciennes en voie de disparition. Il est co-créateur du Conservatoire des races d’Aquitaine et a contribué à sauver la race bovine bordelaise (photo ci-contre).

On sait qu’un des nombreux problèmes d’avenir sera l’apparition de tares et pathologies liées à la standardisation des races d’animaux ou des semences de végétaux, d’où la création de conservatoires génétiques pour la biodiversité. La Ferme de Leyssart qu’il a créée s’inscrit dans cette œuvre de salut public.

Il élève actuellement des vaches lourdaises et béarnaises, ainsi que de moutons de race landaise et rouge du Roussillon, et chèvres pyrénéennes au sein de la ferme conservatoire de Leyssart.  Il pratique un pastoralisme itinérant, nettoyant, avec l’accord des propriétaires, les sous-bois, les friches, les parcs de châteaux, les coteaux délaissés. C’est un véritable bienfait écologique :  prévention des incendies, stimulation de la flore car, après le passage des troupeaux, la végétation connaît un véritable renouveau. Les écolos bobos plus ou moins végans qui constituent le gros des troupes de ses détracteurs feraient bien de réfléchir aux règles de l’harmonie et de la symbiose qui caractérisent le monde vivant ! Une vidéo tournée en 2013 par FR3 Aquitaine, montre le nettoyage du camp militaire de Captieux par un troupeau d’un millier de brebis landaises appartenant à Dominique Massoubre : ces animaux rustiques sont les seuls capables de tirer profit de ces espaces de landes à la végétation pauvre.

Pour gérer ses troupeaux (5000 brebis, 150 bovins), des bergers sont employés en renfort. Mr Massoubre a toujours respecté la législation sanitaire et tout donné pour ses animaux, le vétérinaire qui le suit depuis 30 ans, le Dr Daniel Gergouil, est formel. Il a d’ailleurs témoigné en ce sens devant le Tribunal.

Les ennuis ont commencé en 2011 environ. Des divergences mineures dans les identifications par boucle des animaux ont entraîné des sanctions de la DDPP (services vétérinaires) de blocage des déplacements d’animaux et des ventes, ainsi qu’une forte baisse de ses primes PAC qui lui permettent de rétribuer les bergers. Des jalousies de voisinage ont entraîné des coupures de clôture et donc des divagations d’animaux et des plaintes. Des problèmes de logistique pour gérer un troupeau en augmentation du fait des mesures ci-dessus ont entraîné quelques cas de surmortalité qui ont été montés en épingle par des personnes mal intentionnées ou mal informées. Une battue au sanglier, le 3 Décembre 2016 a entraîné la mort de 200 brebis qui se sont précipitées du fait de la panique au fond d’un grand fossé. L’évacuation de ces cadavres par l’équarrissage a été laborieuse et des photos de brebis mortes ont circulé sur les réseaux sociaux mettant sur le dos du malheureux Dominique Massoubre la mort de ces animaux alors qu’il n’en était pas responsable.

De plus, cet élevage ne réforme pas les femelles en fin de carrière, et ne les envoie pas à l’abattoir. Il en résulte une mortalité naturelle et normale visible : il y a beaucoup plus de décès dans une maison de retraite que dans une école maternelle ! Les amis des animaux devraient, en toute logique, soutenir cet élevage.

Se met alors en place un véritable lynchage public, un déchaînement de la part de gens incapables de comprendre, mus par leur émotion, incapables d’envisager d’autres raisons qu’une maltraitance des animaux, et un déferlement de haine amplifié par les réseaux sociaux. Les actes de malveillance se multiplient, les clôtures sont régulièrement ouvertes, des animaux sont volés et Mr Massoubre est obligé de coucher dehors pour surveiller. Une réunion avec le Préfet pour trouver une solution en juillet 2017 échoue parce qu’il est clairement dit à Mr Massoubre que tout sera mis en œuvre pour sa mort en tant qu’éleveur ce qu’il ne peut accepter bien sûr.

L’hiver 2017-2018 va mal se passer et des plaintes pour maltraitance vont être déposées, aboutissant à un passage au tribunal de Libourne le 17 Juillet 2018. Nous y étions avec une vingtaine d’éleveurs venus le soutenir. Le procureur va demander de la prison ferme après un réquisitoire totalement surréaliste !!! Belle défense de son avocate, qui, malgré sa jeunesse fait preuve d’une belle pugnacité et d’une bonne compréhension du dossier. Mise en délibéré pour début Octobre.

Toutes ses vaches lui ont été retirées il y a 2 mois et mises en pension au frais de Mr Massoubre, à un prix plus de 3 fois supérieur au prix normal.  La montée dans les camions et des conditions d’hébergement désastreuses ont entraîné une mortalité importante dont les gens du système ne semblent avoir cure… Un lot de vaches lourdaises est vendu à 150 € chacune (au profit d’un compte sous séquestre dont Mr Massoubre ne verra jamais la couleur…) et revendues 5 jours après 600€ à un maquignon des Pyrénées : les vautours et les hyènes sont en action, sentant une proie facile tombée à terre.

Nous avons jugé utile de créer un comité de soutien pour laver l’honneur de Dominique Massoubre, l’aider à fonctionner normalement, et montrer qu’il n’est plus seul contre tous.

Aidez-nous à faire connaître ce cas emblématique des tares de notre époque qui se veut moderne et fait passer à la moulinette tout ce qui n’est pas conforme à une société abusivement normative, et finalement mortifère.

Alain de Peretti, Dr. vétérinaire, porte-parole du comité de soutien à Dominique Massoubre

Source Ligue-du-midi

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