Le conflit autour de Taïwan renforce le risque d’une guerre entre les États-Unis et la Chine

Par Alexandre Lemoine pour Observateur-Continental

Pékin et Taipei ont célébré les 110 ans de la révolution qui a renversé l’empire Qing. Mais ils ont tiré des conclusions contraires de cet événement. Le président chinois Xi Jinping a déclaré que sa patrie reprendrait Taïwan, et ce, par des méthodes pacifiques. Taipei a appelé Pékin à y renoncer en déclarant qu’il se défendrait. Quoi qu’il en soit, l’équilibre des forces autour de l’île a changé. 

La puissance militaire de la Chine a grandi, contrairement à l’influence des États-Unis qui a chuté en Asie de l’Est. Cela accroît le risque d’une guerre entre les superpuissances à cause de Taïwan suite à une erreur dans l’évaluation des intentions de l’adversaire. 

Xi Jinping a déclaré au parlement que le peuple chinois avait une tradition glorieuse de lutte contre le séparatisme. 

Le séparatisme sous le slogan d’indépendance de Taïwan « c’est le plus grand obstacle à la réunification de la patrie et la plus grande menace cachée pour la renaissance nationale », a indique le dirigeant chinois. La réunification pacifique est dans l’intérêt du peuple taïwanais. Mais personne ne doit sous-estimer la ferme volonté et la détermination du peuple chinois à défendre sa souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. 

La réponse de Taipei ne s’est pas fait attendre. La présidente Tsai Ing-wen a déclaré que Taïwan continuerait de renforcer sa défense. Personne ne pourra forcer l’île à s’engager sur le chemin proposé par Pékin. Faisant référence à l’idée « un pays, deux systèmes » à l’instar de l’autonomie Hong Kong. Tous les principaux partis politiques ont rejeté cette approche. Tsai Ing-wen a également réitéré sa proposition de mener des pourparlers avec la Chine sur la base du principe d’équité. Mais Pékin refuse de lui parler la qualifiant de séparatiste, car elle ne reconnaît pas l’île comme faisant partie de la Chine. 

Selon Evan Medeiros, du Conseil de sécurité nationale des États-Unis auprès de l’ancien président Barack Obama, le dossier taïwanais occupe une place centrale dans la rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine. Xi Jinping dirige son État qui possède les plus puissantes forces armées de son histoire. En vue du congrès du Parti communiste chinois prévu l’an prochain, où Xi Jinping devrait briguer son troisième mandat de secrétaire général, il pourrait tenter de conquérir Taïwan pour couronner ses exploits. 

En ce sens, les commentateurs se réfèrent à une pression sans précédent que Pékin fait subir à Taïwan depuis une semaine. Près de 150 avions militaires chinois ont pénétré dans ce qu’on appelle la zone de la défense antiaérienne de Taïwan en quatre jours. Toutefois, l’aviation chinoise ne transgressait pas l’espace aérien de l’île (les zones de défense antiaériennes existent réellement, mais ne sont pas reconnues dans le droit international). 

Néanmoins, affirme The New York Times, l’équilibre des forces change autour de Taïwan, et la situation qui semblait figée pendant 70 ans passe à un stade dangereux. Pour la première fois il est devenu utile de songer à la possibilité et même à la motivation de Pékin pour conquérir Taïwan. Or jusqu’à récemment les États-Unis pensaient pouvoir contenir l’expansion de Pékin. 

Sur fond d’estimations sinistres Washington cherche une solution. Certains disent qu’il faut donner à Taipei des garanties de sécurité. D’autres appellent à renforcer les forces militaires autour de la Chine et aider Taïwan en ce sens. 

Des navires de guerre américains ont traversé le détroit de Taïwan huit fois au cours des huit premiers mois de l’année. En août, Washington a approuvé la vente d’un nouveau lot d’armes à Taïwan pour 750 millions de dollars. Du moins, depuis l’année dernière, des sections de militaires américains, y compris des fantassins de marine et des forces spéciales, entraînent les soldats taïwanais. Mais est-ce que cela signifie que les États-Unis sont prêts à se battre pour Taïwan? Robert Thomas, vice-amiral à la retraite, qui a commandé la 7e flotte américaine au Japon, déclare que les États-Unis ne veulent certainement pas que leurs jeunes meurent en défendant Taïwan.

Alexandre Lemoine

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