Une étude révèle que le regard mutuel avec un robot affecte l’activité neuronale humaine

La dame qui a fait l’étude n’a apparemment jamais joué au poker, jeu de bluff par excellence, où la prise de décision ne doit pas être influencée par les regards entre partenaires. C’est au plus à même de dissimuler, « faire croire » qu’ira le « pot » ou au plus chanceux ;)

Par Quentin Claudel pour la Robolution

Voici une étude mêlant psychologie et robotique que je trouve fort intéressante et nous permet de savoir à quel point les robots peuvent influencer nos décision ainsi que notre comportement juste avec le regard.

Le regard est un signal extrêmement puissant et important lors de la communication et de l’interaction entre humains, car il transmet les intentions et informe sur les décisions des autres. Que se passe-t-il lorsqu’un robot et un humain interagissent en se regardant l’un l’autre ?

Des chercheurs de l’IIT-Istituto Italiano di Tecnologia (Institut italien de technologie) ont cherché à savoir si le regard d’un robot humanoïde influençait la façon dont les gens raisonnent dans un contexte de prise de décision sociale. Ils ont découvert qu’un regard mutuel avec un robot affecte l’activité neuronale humaine, influençant les processus de décision, en particulier en les retardant.

Ainsi, le regard d’un robot amène les humains à le percevoir comme un signal social. Ces résultats ont de fortes implications pour les contextes où les humanoïdes peuvent trouver des applications telles que les collègues de travail, le soutien clinique ou les assistants domestiques.

L’étude, publiée aujourd’hui dans Science Robotics, a été conçue dans le cadre d’un projet plus vaste dirigé par Agnieszka Wykowska, coordinatrice du laboratoire de l’IIT « Social Cognition in Human-Robot Interaction », et financé par le Conseil européen de la recherche (CER). Le projet, appelé « InStance », aborde la question de savoir quand et dans quelles conditions les gens traitent les robots comme des êtres intentionnels. Autrement dit, il s’agit de savoir si, pour expliquer et interpréter le comportement d’un robot, les gens se réfèrent à des états mentaux tels que des croyances ou des désirs.

Les auteurs de ce document de recherche sont Marwen Belkaid, Kyveli Kompatsiari, Davide de Tommaso, Ingrid Zablith et Agnieszka Wykowska.

Dans la plupart des situations de la vie quotidienne, le cerveau humain doit non seulement prendre des décisions, mais aussi anticiper et prédire le comportement des autres. Dans de tels contextes, le regard peut être très informatif sur les intentions, les objectifs et les décisions à venir des autres. Les humains prêtent attention au regard des autres, et le cerveau réagit très fortement lorsque quelqu’un les regarde ou dirige le regard vers un certain événement ou emplacement dans l’environnement. Les chercheurs ont étudié ce type d’interaction avec un robot.

Les robots seront de plus en plus présents dans notre vie quotidienne. C’est pourquoi il est important de comprendre non seulement les aspects technologiques de la conception des robots, mais aussi l’aspect humain de l’interaction homme-robot. Plus précisément, il est important de comprendre comment le cerveau humain traite les signaux comportementaux transmis par les robots ».

Agnieszka Wykowska, auteur principal de l’étude et chercheur principal, Institut italien de technologie.

Madame Wykowska et son groupe de recherche ont demandé à un groupe de 40 participants de jouer à un jeu stratégique – le jeu du poulet – avec le robot iCub, tout en mesurant le comportement et l’activité neuronale des participants, cette dernière au moyen de l’électroencéphalographie (EEG). Il s’agit d’un jeu stratégique qui décrit une situation dans laquelle deux conducteurs de voitures simulées se dirigent l’un vers l’autre sur une trajectoire de collision et dont l’issue dépend du fait que les joueurs cèdent ou continuent à aller tout droit.

Les chercheurs ont constaté que les participants étaient plus lents à répondre lorsque iCub établissait un regard mutuel pendant la prise de décision, par rapport à un regard détourné. Les réponses plus tardives peuvent suggérer que le regard mutuel impliquait un effort cognitif plus important, par exemple en suscitant un raisonnement plus poussé sur les choix de iCub ou un degré plus élevé de suppression du stimulus du regard potentiellement distrayant, qui n’était pas pertinent pour la tâche.

« Pensez à une partie de poker avec un robot. Si le robot vous regarde au moment où vous devez prendre une décision sur le prochain coup, vous aurez plus de mal à prendre une décision, par rapport à une situation où le robot détourne le regard. Votre cerveau devra également employer des processus laborieux et coûteux pour essayer d’ »ignorer » le regard du robot », explique encore Madame Wykowska.

Ces résultats suggèrent que le regard du robot « détourne » les mécanismes « socio-cognitifs » du cerveau humain – ce qui amène le cerveau à répondre au robot comme s’il s’agissait d’un agent social. En ce sens, « être social » pour un robot pourrait ne pas être toujours bénéfique pour les humains, interférant avec leurs performances et leur vitesse de prise de décision, même si leur interaction réciproque est agréable et engageante.

Madame Wykowska et son groupe de recherche espèrent que ces résultats aideront les roboticiens à concevoir des robots présentant le comportement le plus approprié au contexte spécifique d’une application. Les humanoïdes dotés de comportements sociaux peuvent être utiles pour aider les personnes âgées ou les enfants, comme dans le cas du robot iCub, qui fait partie d’une thérapie expérimentale pour le traitement de l’autisme. En revanche, lorsqu’il faut se concentrer sur la tâche à accomplir, comme dans les usines ou dans le contrôle du trafic aérien, la présence d’un robot doté de signaux sociaux peut être source de distraction.

Quentin CLAUDEL

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