Assange, Genève doit se mobiliser. Par Eric Bertinat, président du Conseil municipal de la Ville de Genève..

Décidément, il ne fait pas bon défendre la liberté. Pourtant grâce à Julian Assange, que de scandales mis au jour. Qui va se mobiliser pour venir en aide au lanceur d’alerte ? Partagez ! Volti

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Lilane held Khawam

Julian Assange : la Suisse peut mieux faire ! Eric Bertinat

C’est d’abord le cri d’alarme d’une maman, Christine, dont le fils, Julian Assange, s’abîme dans l‘enfer d’une pièce de quelques mètres carrés, dépourvue de lumière, reclus dans l’ambassade de l’Equateur, à Londres. Depuis 2012, ce dernier n’ose pas quitter cette «prison moderne» pour prisonniers politiques. Les Britanniques l’attendent jour et nuit, dans le couloir, pour le remettre aux Américains qui lui vouent une haine sans pitié, qu’ils soient républicains ou démocrates, allant jusqu’à souhaiter qu’il soit abattu. Ce cri, je l’ai entendu. Il me force à sortir de ma réserve.

C’est ensuite Julian Assange lui-même, ce lanceur d’alerte. Il a publié des masses d’informations à caractère officiel sur son site mondialement connu, WikiLeaks («leaks» signifie «fuites» en anglais). On pense notamment aux courriels envoyés et reçus sur le serveur personnel d’Hilary Clinton lorsqu’elle était Secrétaire d’État. A la grande fureur des gouvernements américains, de quelque couleur politique que ce soit. Donald Trump a déclaré que son arrestation était une priorité, souhaitant avec sa délicatesse habituelle « qu’il soit exécuté ». Les pressions sont terribles soit sur les Britanniques, soit sur les Équatoriens. Et même sur les autorités suisses, l’affaire Postfinance restant en travers de la gorge de nombreux Suisses qui ont bien compris la soumission de nos élus à la vindicte américaine.

Que l’on soit pour ou contre, que l’on considère Julian Assange comme un héros ou un traître voire un espion, il est pour moi évident qu’il est un fervent défenseur des droits de l’homme telle que la Suisse le conçoit. Et puis il y a aussi la Ville de Genève qui s’est déclarée « capitale de la paix et des droits humains » et qui a reçu récemment Mme Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. D’où ma demande déposée sur le bureau du Conseil municipal.

Sans parler de la notion d’Etat de droit, largement bafouée par les USA dans cette affaire. Voici quelques jours, une juge américaine a refusé de dévoiler les chefs d’accusation retenus contre le fondateur de WikiLeaks qui a publié en 2010 de nombreux documents confidentiels américains concernant des crimes de guerre, de nombreux coups d’Etat et autres intrigues.

Le conseiller national UDC Jean-Luc Addor a demandé au Conseil fédéral que l’on accorde le droit d’asile à Julian Assange (Interpellation 16.4161 du 17 mars 2017). La réponse de nos autorités peut se résumer en une phrase : Julian Assange n’est pas le bienvenu en Suisse.

Nous prenons acte de l’embarras du Conseil fédéral. Mais il lui reste la possibilité de proposer ses bons offices et entreprendre toutes les démarches nécessaires à la sauvegarde de la vie et de l’intégrité corporelle de M. Julian Assange. C’est ce que demande ma résolution que je dépose aujourd’hui.

Pour sauver l’honneur de ces zélateurs des droits de l’homme.

Eric Bertinat, président du Conseil municipal de la Ville de Genève

« Sauvegarde de la vie et de l’intégrité corporelle de M. Julian Assange : la Suisse doit s’engager, il y a urgence ! »
PROJET DE RESOLUTION déposé par Eric Bertinat

Considérant
– que d’après l’art. 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique la possibilité de chercher, de recevoir et de répandre les informations et les idées par quelque moyen que ce soit sans considérations de frontières ;
– que la Déclaration de l’ONU de 1998 sur les défenseurs des droits de l’homme dit que chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international ;
– le rôle de la Suisse en tant que dépositaire des Conventions de Genève ;
– que d’après les lignes directrices de la Suisse concernant la protection des défenseurs des droits de l’homme de 2013, la protection de ces personnes revêt une importance capitale ;
– que d’après ces lignes directrices « la Suisse plaide publiquement en faveur d’une meilleure protection des défenseurs des droits de l’homme et entreprend des démarches auprès des Etats dans lesquels ces derniers sont menacés et entravés dans leur travail par les autorités » ;
– que la protection et la promotion des droits de l’homme ainsi que le renforcement de l’Etat de droit font partie des objectifs de politique extérieure de la Suisse, ancrés dans la Constitution fédérale ;
– l’attachement de la Ville de Genève, capitale de la paix et des droits humains, aux droits fondamentaux, réaffirmé lors de la visite de Mme Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, le 5 décembre 2018 ;
– qu’en créant Wikileaks pour divulguer au grand public des informations considérées comme confidentielles, M. Assange a contribué à révéler des cas de violations des droits de l’homme ;
– que M. Assange a fait connaître aux peuples du monde la vérité sur des crimes de guerre, sur de nombreux coups d’État et intrigues ;
– que la volonté de M. Assange était de permettre à l’information de circuler et ainsi à la démocratie de fonctionner sur des bases plus transparentes ;
– que M. Assange doit être considéré comme un fervent défenseur des droits humains
– que plusieurs personnalités américaines ont plaidé pour une exécution de M. Assange ;
– que M. Assange vit reclus depuis le 19 juin 2012 dans une pièce exiguë dépourvue de lumière du jour aménagée en studio, au sein de l’ambassade de l’Équateur à Londres ;
– que si M. Assange est placé en garde à vue par les autorités britanniques, il risque d’être remis au gouvernement américain, qui cherche depuis longtemps à le traduire en justice pour des accusations d’espionnage pouvant entraîner la peine de mort ;
– que sous la pression des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d’autres puissances, l’accès Internet et la ligne téléphonique de M. Assange ont été coupées ;
– que M. Assange ne peut plus bénéficier des soins médicaux appropriés, lui faisant courir un danger mortel ;
le Conseil municipal de la Ville de Genève demande au Conseil fédéral de concrétiser sa politique de protection des défenseurs des droits de l’homme en offrant ses bons offices et en entreprenant toutes les démarches nécessaires à la sauvegarde de la vie et de l’intégrité corporelle de M. Julian Assange

Source Lilane Held Khawam

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