Baisse du QI, appauvrissement du langage et ruine de la pensée par Christophe Clavé

Ce texte magistral de Christian Clavé tourne depuis quelque temps sur les réseaux sociaux. Il nous a semblé important de le publier à notre tour, car défendre notre langue n’est pas seulement défendre notre culture. C’est aussi (re)donner à nos enfants le premier outil de communication avec autrui, pour échanger, pour se comprendre, pour construire une pensée. En n’oubliant jamais que, quand le débat n’est plus possible, ce sont les coups et la violence qui prennent le relais.
“Vivre ensemble”, c’est aussi et d’abord communiquer !

MLS

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Image by Gerd Altmann from Pixabay

Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses « défauts », abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité, sont les fossoyeurs de l’esprit humain.

Il n’est pas de liberté sans exigences.
Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté.

La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé…) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps.

La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression.

Supprimer le mot «mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien.

Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.

Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions.

Sans mots pour construire un raisonnement la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible.

Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.

L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots. Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots. Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel?

Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur?

Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu?

Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants: faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants.

Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté.

Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses «défauts», abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté.

Christian Clavé.

Source Minurne

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Thierry65

14 Commentaires

  1. Voilà une lecture qui met les pendules à l’heure. Tout n’est donc pas perdu. Il existe dans les archipels de l’humanité, des îlots avec lesquels l’intelligence et le subtil mélange de savoir et d’intuition s’épanouissent, aux antipodes de la décadence. On se sent moins seuls. Merci.

  2. Coucou !
    C’est normal il y a une baisse d’exigence constante !
    On ne pousse plus les jeunes vers l’excellence !

    Ils n’ont plus d’exemple de figures tutélaires pour les inspirer.

    L’enseignement général est totalement à l’abandon et les priorités de de l’ enseignement de base sont hors sol et n’ont plus rien avoir avec la culture ! exit Pap Ndiaye (woke).

    Il n’y a plus de courant de pensée en France ou du moins mis en avant !

    Avec autant de lacunes, il n’est pas bien difficile d’expliquer cette baisse de qi. Il n’y a que les personnes qui ont la volonté de s’élever lui même, ou les naturellement doué qui s’en sortent !

    Akasha. ☰

    • C’est l’éducation et la volonté d’atteindre un bon, voire très bon niveau dans l’expression tant écrite qu’orale . Les dons innés n’ont rien à voir. Tu peux exceller en musique ou maths, et être illettré (qui ne maîtrise pas la lecture ou l’expression écrite) 🙂

      • Coucou ma puce 😍

        Ca existe des normalement doués, ce que je veux dire par là, c’est que cette personne sera plus encline à apprendre d’elle même, elle voudra aller vers l’excellence, même sil elle devra le faire en autodidacte.

        akasha. ☰

        • La volonté d’apprendre, tout est là. La lecture aide beaucoup aussi. 🙂

          • Absolument, c’est ce qui m’a aidé à m’élever intellectuellement et je viens de loin ^^

            D’ailleurs je ne suis nul part, je ne fais jamais que partager presque en temps réel le fruit de mes nouvelles découvertes ! En général du moins.

            Pour le qi, une chose importante à savoir, vous pouvez perdre des points de qi sur la durée, surtout si vous vous complaisez dans une fainéantise intellectuelle. Par contre vous pouvez en gagner si vous stimulez régulièrement votre intellect.

            Akasha. ☕

  3. Quel chantier en perspective, mais je crains qu’il ne soit déjà trop tard. La belle langue risque de rester l’apanage des plus de 50 ans, les jeunes parlant un sabir presque incompréhensible :
    Un exemple : il ne m’a pas calculé ( vu ‘ considéré?)
    A cette heure-ci et sans café, c’est le seul qui me vienne, mais peut-être en avez-vous d’autres?

    • Coucou Fabienne 👋
      Oh j’en ai une liste pléthorique de language jeune !

      Il m’a terminée !
      Claqué au sol ! (nul)
      Grailler (manger)
      moulagua (argent)
      Je souffle) (j’en ai marre)
      J’ai le seum (énerver)
      en PLS ou en position de smecta (il sait plus rien dire, il est fini)
      une zoulette (une fille masculine, une fille des cités)
      bro contraction de brother (un bon ami)
      Je vais te démarrer ! (je vais te frapper)
      elle est fraîche (elle est bonne)
      Je vais la déboîter (je crois que vous avez compris 😂
      Il y en pleins, je vais m’arrêter là !
      Puis vous avez la liste des mots arabes que les jeunes utilisent :
      la miskina, la pauvre.
      il c’est fait hagra, il c’est fait terminer.
      Zemel pd
      Toz, abrutis
      Besbila, au revoir.
      etc…

      Akasha. 🍵

  4. C’est bien pourquoi, récemment, je me suis permis de critiquer Descartes, qui semble-t-il a omis un détail important.
    http://babalouest.eklablog.com/critique-du-cogito-ergo-sum-de-descartes-a213030499
    .
    Soyons exigeants en langage, pour nous et pour les autres.

  5. C’est en effet une question d’exigence, et aussi un amour de la langue française. Il n’est pas si difficile de se relire et de se demander si l’autre pourra comprendre ce que je veux dire. Lorsque ça se complique, il suffit d’ouvrir un livre de grammaire ou même de taper une phrase sur le net et on obtient la bonne tournure.
    Le QI n’a rien à voir là dedans. On peut ne pas être doué, mais s’accrocher. L’exigence a bien plus de valeur que la personne naturellement douée qui est le plus souvent paresseuse puisque tout lui vient comme ça.

    En revanche, ce qui me fait réagir, c’est ceci:
    “Supprimer le mot «mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien.”
    Et entre un petit garçon et un homme, qu’y a t-il ?
    Mademoiselle servait simplement à savoir si une femme était mariée ou non (ce qui ne regarde personne au demeurant). On appelait les petites filles “mademoiselle” du temps des rois. Le mot est resté pour les adolescentes et les femmes célibataires mais pas pour les gamines.
    Mon damoiseau a disparu depuis fort longtemps. Pourquoi ?

    • Une de mes collègues, la cinquantaine bien sonnée, célibataire, étripait toute personne l’appelant madame.
      Doit-on lui interdire le droit d’être appelée mademoiselle ?

      Concernant les garçons, peut-être cette appellation de monsieur était-elle liée au fait qu’ils avaient l’immense privilège d’aller se faire tuer à la guerre, bien que mineurs (cf: 1ère et 2nde guerres mondiales sans parler des autres), ce qui justifiait cette énorme récompense lexicale.

    • D’antan il y avait une demoiselle mais damoiseau n’avait pas la meme signification en version masculine.
      La définition qui convient le mieux est donnée par le litré.

      https://www.littre.org/definition/damoiseau

  6. Si je suis pas libre de choisir mon language et mes mots,
    est ce une baisse de QI alors ?

    …ou est ce plutot une forme déguisé de “conformation” (…)

    Ya plein d’autres languages plus utiles a apprendre.
    Au moins sa serais plus en harmonie avec les lois universelles,
    et pas celles imposées par “l’homme”.

    Bref, suis perplexe sur ce sujet là.

  7. Pour aussi détestable et nuisible que soit la Direction des Programmes de l’EN, son action est une goutte d’eau par rapport à l’océan qui déferle sur la langue via les machines à communiquer. Twiter, Facebook, les smartphones sont des outils d’appauvrissement majeur de la langue, via les algos qui complètent les mots, infantilisent et racornissent les esprits et la pensée. Sans parler du langage de ces machines à con’muniquer, le smiley, le raccourci orto, les abréviations, les sigles, toute cette simplification visant à aller plus, et maintenir plus longtemps le surfeur de réseaux multinationaux dans ce monde appauvri, enfantin, débile et mercantile du capitalisme modèle US. Avec l’ajout des narratifs politico-fictionnels que sont les feuilletons de série type Dallas qui construisent l’imaginaire docile et amoureux de la conso, de la superficialité consumériste, on est proche d’une implosion non seulement de la langue mais du monde qu’elle incarne.

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