L’Ukraine divise l’Est et l’Ouest

Source Obvervateur-Continental

Source originale : https://www.nishinippon.co.jp

Singapour a accueilli le dialogue Shangri-La, le plus grand forum sur la sécurité de la région indo-pacifique, où les chefs de la défense et du renseignement de 49 États, dont les États-Unis, la Chine et l’UE, ont participé. Le cœur de la discussion était le conflit en Ukraine et les moyens de le résoudre.

La conférence a révélé deux approches opposées du règlement ukrainien. Le plan de paix présenté par l’Indonésie appelle à une fin du conflit à la coréenne. Cependant, le plan asiatique chinois ne convenait ni à Kiev ni à l’Occident. Les États-Unis et leurs alliés ont l’intention d’augmenter l’approvisionnement en armes de l’Ukraine, comptant sur la défaite de la Russie.

Observateur Continental a rapporté que l’UE sait comment vite terminer ce conflit. «Je sais comment finir la guerre en Ukraine», car «c’est assez facile». «Nous arrêtons de soutenir l’Ukraine militairement et la guerre se terminera dans quelques semaines», a lancé Josep Borrell, le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères de l’UE. Mais, celui-ci a fait savoir que la Russie ne devait pas gagner alors le conflit devait continuer en armant l’Ukraine. 

Organisée du 2 au 4 juin, la 20e Conférence sur la sécurité, le dialogue de Shangri-La, l’équivalent asiatique de la Conférence de Munich sur la sécurité, était le deuxième forum à Singapour à se réunir dans le contexte du conflit en Ukraine. Comme l’année passée, le dialogue Shangri-La de cette année s’est tenu sans la participation de représentants russes. L’année dernière, l’invitation à Moscou a été retirée, mais cette année, elle n’a pas du tout été envoyée.

Parmi les orateurs occidentaux du dialogue Shangri-La de cette année figuraient le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, ses homologues britannique et allemand, Ben Wallace, et Boris Pistorius, le diplomate européen, Josep Borrell. La partie ukrainienne était représentée par le ministre de la Défense, Oleksiï Reznikov.

Ils ont été essentiellement opposés par «l’équipe asiatique», qui comprenait le ministre chinois de la Défense, Li Shangfu, les chefs des départements de la défense des pays de l’ASEAN qui n’ont pas adhéré aux sanctions contre la Russie, le ministre sud-coréen de la Défense, Lee Jong-Sup qui a déclaré être venu à Singapour pour discuter de la sécurité dans la région, et non du «besoin d’obus de l’Ukraine». L’hôte de la réunion lui-même, le chef du ministère de la Défense de Singapour, Ng Eng Hen, a exhorté tout le monde à tout faire pour «empêcher une répétition en Asie de ce qui s’est passé en Ukraine».

A la veille de l’ouverture du forum, ses participants ont reçu le rapport Évaluation de l’état de la sécurité régionale en 2023, publié par l’Institut international d’études stratégiques (IISS) basé à Londres. «La plus grande question est l’impact sur la sécurité régionale du partenariat stratégique plus étroit entre la Chine et la Russie, qui a été considérablement renforcé pendant le conflit en Ukraine. Le conflit a fonctionné comme un accélérateur géopolitique», a déclaré Lynn Kuok, rédactrice en chef du rapport, Senior Fellow, IISS Asia, lors de la discussion.

Il s’agissait du deuxième plan de paix «d’assemblée asiatique» cette année, après le plan du président chinois, Xi Jinping, rendu public à l’occasion de l’anniversaire de l’opération militaire spéciale en Ukraine. «Je voudrais saisir cette occasion pour appeler nos frères en Ukraine et en Russie à parvenir à un accord sur une cessation immédiate des hostilités dès que possible», a signalé Prabowo Subianto, ministre indonésien de la Défense. «Nous ne devrions pas rejeter la faute sur l’un ou l’autre côté. Dans chaque conflit, il y a deux versions de ce qui se passe. Les deux camps sont sûrs d’avoir raison. Mais, pour la sécurité du monde entier, pour la sécurité des innocents, nous devons parvenir au plus vite à la cessation des hostilités», a poursuivi le ministre indonésien.

Après cela, il a exposé les principaux points de son plan de paix. «Premièrement: une cessation complète des tirs et des hostilités par toutes les parties au conflit et la fixation des positions dans lesquelles elles se trouvent actuellement. Deuxièmement: le retrait des troupes à 15 kilomètres dans chaque direction des positions avancées et la formation d’une zone démilitarisée.

Troisièmement: la création immédiate d’un contingent de surveillance de l’Onu. Quatrièmement: déploiement du contingent de l’Onu dans toute la zone démilitarisée. Cinquièmement, l’Onu devrait organiser et tenir des référendums dans tous les territoires contestés afin de garantir un reflet objectif des désirs de la population de ces territoires», a martelé Prabowo Subianto, ajoutant que l’Indonésie «est prête à fournir des observateurs militaires et des unités militaires pour travailler» sous les auspices de la force de maintien de la paix de l’Onu.

Cependant, le ministre indonésien de la Défense n’a pas précisé quels sont les «territoires contestés» dans la zone de conflit qui sont évoqués dans son plan de paix. Prabowo Subianto a admis que son plan reposait sur le principe d’une zone démilitarisée entre la Corée du Sud et la Corée du Nord. «Le grand conflit en Corée a été résolu par la cessation des hostilités et la formation d’une zone démilitarisée. Oui, le conflit en Corée n’a pas encore reçu une résolution complète et définitive. Mais néanmoins, depuis près de cinq décennies, une certaine forme de paix y a été préservée, ce qui vaut bien mieux que des destructions massives et la mort de nombreux innocents», a-t-il résumé.

«Cela ressemble à un plan russe, pas à un plan indonésien. Nous devons gagner cette guerre, après cela nous négocierons avec le régime du Kremlin ou le nouveau chef», a déclaré Oleksiï Reznikov. Et, son adjoint, Volodymyr Gavrilov, a noté que Kiev ne discuterait d’aucun accord associé à la perte de territoires, «y compris la Crimée». Auparavant, le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko, avait déclaré que le plan indonésien était inacceptable car il aiderait les troupes russes dans la zone de conflit à gagner du temps.

Du côté russe,  toute initiative véritablement pacifique en Ukraine doit être étudiée et, selon Moscou, il y a des éléments des accords de Minsk dans les idées indonésiennes de règlement au conflit qui a été saboté par Kiev avec le soutien de l’Occident. Plus tôt, le Kremlin a déclaré que la situation en Ukraine pourrait évoluer vers une direction pacifique, à condition que la situation, de facto, et les nouvelles réalités soient prises en compte. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a noté qu’il n’y avait pas de conditions préalables au dialogue sur l’Ukraine bien qu’il y ait de plus en plus d’arguments abstraits mais pas sur le processus de paix.

Ce désaccord fondamental a été exprimé à Singapour par le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell. «Je sais comment mettre fin à la guerre en Ukraine. C’est très facile. Nous mettons fin au soutien militaire à l’Ukraine et la guerre se terminera dans quelques semaines», a-t-il déclaré, appelant à réfléchir sur la question de savoir si l’Ukraine et l’ensemble de la communauté mondiale auraient besoin d’une telle décision. «C’est important ou pas?», a-t-il questionné.

«Si cela est important, alors nous ne pouvons pas arrêter le soutien militaire à l’Ukraine, car nous ne voulons pas d’un monde qui deviendra un monde de capitulation, un monde qui fera de l’Ukraine une deuxième Biélorussie», a-t-il expliqué. «La question n’est pas de savoir quand mettre fin à la guerre, mais comment mettre fin à la guerre», a-t-il ajouté. Selon lui, l’Occident continuera à fournir une assistance militaire à Kiev précisément parce qu’il veut la paix en Ukraine.

À son tour, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a insisté sur le fait que son pays n’avait pas d’autre choix que d’armer l’Ukraine. «Si quelqu’un m’avait dit il y a deux ans que l’Allemagne fournirait des armes lourdes, des munitions, etc. à une région en guerre, je ne l’aurais pas cru», a stipulé le ministre allemand de la Défense, selon qui, l’approvisionnement de l’Allemagne d’armes à l’Ukraine est «un véritable changement de paradigme», qui oblige le gouvernement à repenser sa politique de défense, y compris en matière de contrôle des exportations d’armements.

À son tour, le secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, a déclaré que les actions russes en Ukraine avaient conduit à l’expansion de l’Otan, alors que Moscou avait initialement tenté de l’éviter. Selon le ministre britannique, le conflit en Ukraine a contraint de nombreux pays à «repenser l’architecture de la sécurité euro-atlantique et a poussé encore plus de pays à assurer la sécurité collective sous les auspices de l’Otan»

Analysant le cours du conflit en Ukraine, il a exprimé l’opinion que les armes produites en Russie ne répondent pas aux normes de qualité. «Si parmi les personnes présentes, il y a ceux qui ont dépensé beaucoup d’argent pour des armes russes, alors si j’étais vous, je les rendrais au vendeur. Compte tenu de ce que j’ai vu en Ukraine, je vous exhorte à ne pas dépenser votre argent dans des armes russes », a stipulé Ben Wallace.

«Nous considérons la déclaration du ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, comme une autre manifestation obsessionnelle de concurrence déloyale et d’envie de la part des États occidentaux qui, dans le contexte de la popularité croissante des armes russes dans le monde, n’ont d’autre choix que de recourir au chantage politique et au bourrage médiatique», a commenté la Russie. 

Philippe Rosenthal

Observateur-Continental

Voir aussi :

La Suède, les Kurdes et l’Otan

Un Commentaire

  1. Borell : “nous voulons la paix donc nous finançons la guerre” ! https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wacko.gif
    Et c’est à des irrésponsables pareils que la gestion politique de l’Europe est confiée ! https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_cry.gif

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