De l’antisémitisme chronique en occident

          De l’antisémitisme chronique en occident

 

En Europe, nous revendiquons d’être les héritiers de la culture gréco-romaine ancienne. Or, il convient à ce sujet de rappeler quelques faits mis au jour par les recherches des historiens. Premièrement, que les grecs de l’époque dite classique, l’époque tant admirée durant les siècles suivants par le reste des européens, celle de Pythagore, Alcibiade et Léonidas, ces grecs-là dis-je, un peuple indo-européen, ont fait la guerre sur les cotes méditerranéennes pendant quasiment quatre siècles et demi à un peuple sémite nommé les phéniciens. La raison de ce long affrontement semble se trouver dans une volonté des deux parties d’instaurer un monopole sur les voies de commerce maritime en méditerranée. Quoi qu’il en soit, 450 ans d’hostilité durent forcément marquer la culture grecque d’une façon peu objective envers les abondantes populations sémites de l’époque. Or, il se trouve que la civilisation grecque produisait des chroniqueurs et des historiens beaucoup plus que la civilisation phénicienne, ce qui confère un certain avantage sur la postérité…

Quelques siècles après, lorsque la civilisation romaine et les peuples latins prirent le relais des grecs sur le sol européen, ils entrèrent également en conflit armé avec une partie des phéniciens (les habitants de la grande ville de Carthage, appelés les carthaginois) pour le contrôle du commerce en Méditerranée. Ce conflit dura environ un siècle et se solda par la complète destruction de Carthage et l’incorporation des phéniciens aux population obéissant à Rome. Mais avant cela, durant tout ce siècle, l’issue du combat fut souvent très incertaine et la ville de Rome elle-même se retrouva assiégée par l’ennemi. Or les romains sont connus pour pratiquer la calomnie de leurs ennemis les plus dangereux et, de façon analogue à leurs récits de sacrifices humains concernant les druides celtes, ils gravèrent dans l’argile des récits de sacrifices infantiles et de magie noire concernant les carthaginois. Ces récits sont sans cesse de plus en plus démentis par les archéologues actuels.

Puis les romains conquièrent la Palestine à l’époque de César et y effectuent des déportations. L’esprit et l’idéologie farouchement indépendants des juifs de l’époque les emmenèrent à entrer souvent en rébellion contre le jeune empire romain, ce qui entraîna de longues représailles contre ce peuple réticent depuis toujours à obéir à une autorité centrale. Fidèles à leur stratégie de discrédit médiatique des peuples qu’ils jugeaient trop insoumis, les écrivains et chroniqueurs romains de l’époque de Sénèque accusèrent épisodiquement les juifs de pratiquer des sacrifices humains et des banquets cannibales.

Que ce soit par rivalité commerciale dans le cas des phéniciens ou bien par incompatibilité idéologique comme dans le cas des juifs de Palestine (dont la doctrine religieuse leur interdisait de se soumettre à une autorité politique), il se trouve donc qu’une certaine forme plus ou moins inconsciente d’anti-sémitisme couvait déjà dans l’esprit des européens grecs puis romains bien avant l’avènement du christianisme.

Quelques siècles passèrent et aux alentours de l’an 300 après J.-C. le christianisme devint la religion d’état dans un Empire romain qui commence à imploser. En tant que religion d’état, il se transforma en une institution organisée de façon martiale, avec une hiérarchie dont le commandant suprême est à cette époque l’empereur romain. Or, cette religion des romains et des grecs (l’empereur vient à ce moment de transplanter la capitale de Rome vers la Grèce) va tout faire pour se démarquer de ses origines juives et sémitiques en semant progressivement l’antisémitisme en Europe (notamment à travers la liturgie et le folklore) ce qui entraînera à partir de l’an 500 environ, par moments et par endroits, le pouvoir politique à prendre des mesures ségrégationnistes plus ou moins sévères envers des communautés juives.

Il semblerait que la situation aurait pu se tasser avec l’assimilation progressive plus ou moins forcée de ces minorités sémites qui habitaient alors en Europe dans les royaumes récemment formés par les peuples germaniques sur les ruines de l’empire romain. Mais, vers l’an 600, la compétition extérieure pour l’espace vital en Méditerranée allait de nouveau être enclenchée par un autre peuple sémite, les arabes, qui durant les 120 années à venir, vont conquérir toute l’Afrique du Nord, presque toute l’Espagne et quasiment tout le proche-orient, et unifier ces territoires sous une langue commune et sous une seule religion, l’islam. La main-mise sur le commerce de la Méditerranée n’était dès-lors plus le monopole de l’Europe chrétienne (cette dernière étant d’ailleurs à cette époque très divisée entre les royaumes germanico-latins catholiques et l’empire greco-bizantin orthodoxe, mais ceci est une autre histoire).

Passés ces 120 ans de domination arabe sur les autres peuples convertis à l’islam, l’épicentre du pouvoir politique dans le monde islamique passera ensuite, d’un point de vue ethnique, aux perses (un autre peuple indo-européen ancêtre des iraniens actuels) puis aux turcs à partir des années 1200. Mais il est vraisemblable que, dans l’inconscient collectif de l’occident gréco-latin médiéval, la naissance de l’islam en tant que sempiternel rival commercial et militaire en Méditerranée restera cristallisée comme un événement provoqué par un peuple sémite.

Faisons à présent un saut de quelques siècles, à l’époque de la première guerre mondiale. L’empire turc est alors allié à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie contre la France et l’Angleterre. Les populations arabes se trouvent soit sous la domination des turcs au sein de l’empire ottoman, soit colonisées par la France et l’Angleterre environ un demi-siècle auparavant. Devant l’issue très incertaine de la guerre, les puissances coloniales vont faire le pari de contribuer dans la mesure du possible au développement d’un nationalisme arabe qui conduira à ce qui est appelé la grande révolte arabe contre l’empire ottoman et à la création d’un nouveau front au sud de ce dernier. Mais une fois la guerre gagnée, les pays où vivent les populations arabes resteront sous une sévère domination coloniale française et anglaise.

C’est après la seconde guerre mondiale, durant la décolonisation, que le projet de construction d’un état arabe unifié semble trop dangereux pour les principales puissances industrielles occidentales qui avaient besoin des abondantes ressources minières (métaux, minéraux et hydrocarbures) du proche et du moyen-orient. D’autant plus que les idéologues du nationalisme arabe prônent l’égalité entre tous et le socialisme comme vecteurs de progrès, ce qui rendrait bien plus ardue toute tentative de corruption financière des autorités politiques par des groupes d’intérêts privés. Au tout début du 21ième siècle, lorsque l’occident latino-germanique pensera ne plus pouvoir freiner par le jeu des intrigues le projet de création d’un état arabe unifié et disposant de la souveraineté sur les ressources se trouvant dans son sous-sol, cet occident procédera à l’invasion militaire méthodique et planifiée de ces territoires et à une dispersion du capital humain qui œuvrait là-bas à mettre en place une société démocratique.

 

 

 

Tous les articles, la tribune libre et commentaires sont sous la responsabilité de leurs auteurs. Les Moutons Enragés ne sauraient être tenus responsables de leur orientation.

6 commentaires

Laisser un commentaire