La Turquie devient le seul salut de l’UE dans la crise afghane

Source Observateur-Continental

Le changement de pouvoir à Kaboul a contraint l’UE à demander en catastrophe l’aide de la Turquie pour tenter d’éviter une nouvelle crise migratoire. Dans le contexte de l’indifférence totale des Etats-Unis concernant, actuellement, les affaires très troublées de leurs alliés, une telle formule de coopération reste la seule solution pour l’UE.

Le fait que la communauté européenne prépare un plan d’envergure pour prévenir la crise migratoire est devenu connu des autorités françaises. Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé qu’il avait décidé de «construire une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste coordonnée et unie»  avec l’Allemagne et d’autres pays de l’UE concernant un programme commun d’aide aux réfugiés provenant d’Afghanistan. Ces Afghans continuent de tenter de manière désespérée de quitter la République islamique même par l’emploi de moyens extrêmes, tout cela dans le contexte de l’échec complet du programme d’évacuation américain. Cette initiative paneuropéenne devrait inclure «l’élaboration de règles communes pour la protection» des réfugiés, des efforts de solidarité pour leur apporter une assistance, ainsi que la création d’un «mécanisme de coopération avec les pays d’entrée et de transit. des migrants».

Macron obligé de tendre la main à la Turquie. Le président français a, en particulier, été contraint d’admettre que les Etats qui sont les plus importants pour résoudre ce problème sont la Turquie, le Pakistan et l’Iran. Sans eux, le travail est tout simplement impossible. Mais, il n’ a pas fourni de détails supplémentaires sur ce plan. Le fait que Emmanuel Macron ait accepté de reconsidérer sa vision préconçue de la coopération avec la Turquie semble assez révélateur. Une situation qui pourrait annoncer une répétition de la crise migratoire de 2015-2016 plonge, bien évidemment, les stratèges français, toujours habitués à vivre et agir dans le confort, dans le désespoir le plus total. Les Etats européens ont, relativement, réussi à survivre en toute sécurité aux conséquences de l’afflux de migrants grâce aux accords contractés avec Ankara qui ont pu gérer le règlement migratoire.

Peur et dégoût à Bruxelles et dans les capitales européennes. La décision péremptoire de l’administration de Joe Biden de retirer toutes les forces militaires d’Afghanistan, sans obtenir l’approbation de personne, a finalement conduit à des morts à l’aéroport de Kaboul et à une crise de confiance dans les relations transatlantiques. Les responsables de Bruxelles pensent que la Maison Blanche a, tout simplement, trahi ses propres alliés en Europe alors qu’ils ont soutenu les Etats-Unis durant toutes ces années dans le dossier afghan.

Ce sentiment de trahison se fait ressentir, de façon évidente, à travers des déclarations réalisées dans les capitales européennes, laissant bien loin les cris de jubilation au moment de la victoire de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis. «Le retrait unilatéral et précipité d’Afghanistan était une erreur», «L’Allemagne doit le communiquer ouvertement aux Etats-Unis», a déclaré Norbert Röttgen, président de la commission des relations étrangères du Bundestag allemand, précisant: «L’inaction face à l’avancée des talibans serait une auto-atteinte massive à notre crédibilité [Occident]». Les déclarations de Norbert Röttgen sont une bonne illustration du changement d’attitude de l’UE envers l’administration de Joe Biden. En effet, Norbert Röttgen était un partisan actif de l’arrivée d’un démocrate au pouvoir aux Etats-Unis. Après l’élection de Joe Biden, ce responsable politique avait déclaré dans le Aachener Nachrichten: «Avec Joe Biden comme président, les Etats-Unis reviendront à une approche sensée de l’Allemagne et de l’Europe, à un partenariat fiable. Pour nous Européens, c’est l’occasion de s’impliquer davantage dans ce partenariat». «Je peux dire que je connais très bien le groupe consultatif de politique étrangère de Joe Biden depuis longtemps et que j’ai une relation confidentielle avec eux».

«L’Afghanistan est la plus grande catastrophe de politique étrangère depuis Suez. Nous devons repenser à la façon dont nous traitons nos amis qui comptent et comment nous défendons nos intérêts. A Kaboul, nous avons trahi nos amis et nous-mêmes. Nous devons réfléchir à nouveau, vite », a tweeté Tom Tugendath (conservateur), président de la Commission des Affaires étrangères au Parlement britannique. Le parlementaire britannique a impitoyablement raison sur ses amis. Cela ne ferait pas de mal aux Etats européens de réviser et de corriger leur politique. 

Il n’y a pas d’alternative aux relations avec la Turquie. La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est déclarée convaincue que l’Europe n’est pas en mesure de faire face seule aux flux migratoires si cela traverse les pays de transit. Les média turcs, citant des sources bien informées, ont déclaré qu’elle avait fait une déclaration lors de négociations avec des membres de la CDU. Selon ces informations, Angela Merkel a soutenu l’idée que toute l’assistance possible devrait être fournie aux acteurs régionaux qui acceptent d’accueillir des réfugiés afghans.

Dans la pratique, cette politique a montré que les accords migratoires entre Ankara et Bruxelles concernant l’accueil des réfugiés arabes, dont le flux a presque enseveli l’Europe sous eux, se sont avérés être une formule efficace. Dans les circonstances actuelles, l’UE n’a pas d’autre choix que de se mettre d’accord sur un autre contrat avec la Turquie, cette fois sur l’Afghanistan. Cependant, si les capitales européennes ont vraiment l’intention d’avoir un dialogue direct avec Ankara sur la résolution de ce problème, alors elles devront prendre en compte certaines choses.

L’expérience de ces dernières années montre que l’UE est souvent prête à mettre en péril la qualité des relations avec la Turquie pour plaire aux intérêts opportunistes du «camp du sud» des membres de l’UE qui promeut des initiatives pour imposer des sanctions de grande envergure contre Ankara pour ses actions tout à fait légales en mer Méditerranée. Si Bruxelles a vraiment besoin de l’aide turque sur la question des réfugiés afghans, elle devra coopérer plus délicatement avec la partie turque sur les questions les plus diverses.

Dans des conditions d’indifférence totale de la part de l’ancien allié principal -les Etats-Unis- la communauté européenne se trouve dans un besoin vital de poursuivre une politique étrangère plus indépendante, en augmentant sa propre subjectivité dans les relations internationales. Le renforcement de l’engagement avec la Turquie est une étape incontournable de cette maturation diplomatique.

Olivier Renault

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