Une Justice au taquet dans une France inégalitaire

Merci à Juan D.

Par H16

Au moins l’affaire n’aura pas traîné : pour un acte commis le 8 juin, l’auteur est immédiatement arrêté, porté devant la justice le 10 juin, condamné dans la foulée et directement mis sous écrou. La France va pouvoir reprendre le cours normal de sa déchéance douillette.

Oh, bien sûr, on devra se réjouir que la Justice française n’aura ni temporisé dans son action, ni hésité dans sa sanction : deux jours seulement après avoir collé une petite gifle au président Macron dont il s’est fort vite remis, Damien Tarel est condamné à quatre mois de cellule dont il verra bien les murs puisqu’il y a été placé au sortir de son procès qui n’a guère duré. Pas de doute, quand la Justice peut faire vite et ferme, elle fait vite et ferme.

Certes, la personnalité bousculée, symbolique, appelle probablement à un traitement rapide et exemplaire  que voulez-vous, « quand président fâché, lui toujours faire ainsi ».

Malheureusement, si l’on peut admettre que Damien Tarel aurait essentiellement giflé un symbole et qu’il paye donc cher à ce titre, force est aussi de constater que, d’une part, le symbole n’est pas aussi reluisant et exemplaire qu’il devrait l’être, et que, d’autre part, il arrive un moment, à force de dévalorisation de la fonction, où le symbole se détache de l’homme qui le porte pour ne plus laisser que ce dernier, dans sa chemise et son petit pantalon, entouré d’une garde prétorienne au passage un peu à la ramasse dans ce cas présent.

Est-il besoin de revenir sur les (beaucoup trop) nombreuses occasions où Macron n’a justement pas réhaussé la fonction qu’il occupe, depuis la myriade de petites phrases idiotes ou assassines qu’il a sorties avec régularité, jusqu’aux situations grotesques, équivoques ou insultantes pour le peuple français dans lesquelles il s’est pavané avec une sorte de gourmandise d’enfant terrible cherchant absolument à casser les bibelots de famille juste parce qu’il le peut ?

Si l’acte de Damien Tarel est probablement condamnable au moins sur le principe, il n’en est pas moins parfaitement compréhensible, surtout par contraste avec les précédents présidents : là où Hollande incarnait surtout la mollesse, l’indécision et les petites combines, Sarkozy les gesticulations et les petits coups de mentons peu suivis d’effets, aucun des deux précédents présidents n’ont aussi ouvertement évoqué le mépris de tout un pan du peuple comme les comportements et les raisonnements de Macron le laissent transpirer. Il est probable qu’en terme de nombres bruts, il existe actuellement dans le pays beaucoup plus de Damien Tarel potentiels envers Macron qu’il n’en a jamais existé envers les précédents occupants de l’Élysée, et le saupoudrage populaire par LBD et grenades de dispersion en 2018 et 2019, les confinements arbitraires et le délire bureaucratique total des 18 derniers mois n’ont certainement pas aidé.

Il n’en reste pas moins que le contraste est très fort entre cette justice rapide et ferme pour le président (et pour les élus médiatiques en général) et celle de la justice quotidienne éprouvée par les Français du peuple, ces non-introduits, sans-réseau voire sans-dent, qui est systématiquement plus molle, tant en temps de réaction qu’en sanctions réellement appliquées.

On pourrait ainsi s’étonner du calme plat de certaines épopées judiciaires (celle concernant Benalla vient immédiatement à l’esprit, plusieurs années après les faits). On pourrait, de même, s’interroger sur la cohérence d’ensemble de la justice lorsqu’on multiplie dans l’actualité, au moment même où le gifleur présidentiel est arrêté, déféré, jugé et incarcéré, les affaires sordides de multirécidivistes qui défrayent la chronique après l’un ou l’autre meurtre, et toutes ces affaires dont les jugements ont permis à tant de (pourtant) condamnés récidivistes de dormir chez eux, à tant de voyous, de racailles, de petites frappes de continuer leurs exactions, à tant de victimes de se retrouver sans le moindre espoir de réparation sinon physique du moins morale.

Ces colonnes et beaucoup d’autres ont déjà fourni nombre d’exemple d’affaires ignobles où la justice aurait dû être au moins à moitié aussi véloce que pour protéger le petit corps présidentiel, et au moins à moitié aussi sévère que pour punir le gifleur que les médias ont déjà agoni de sobriquets (ne manquant pas l’inévitable « complotiste » devenu indispensable par les temps qui courent). Il n’en a rien été et il n’en sera rien une fois que l’écume des jours sera passée et que cette petite péripétie de Macron au full-contact des Territoires sera oubliée de tous.

Et c’est bien l’un des plus graves problèmes de la France actuelle dont certains s’émeuvent (un peu tard) qu’elle se partitionne : les pauvres contre les riches, les provinciaux contre les urbains, les solvables et ceux que la justice ne loupera pas contre les éternels exemptés de ces quartiers émotifs pour lesquels la police n’existe plus, ceux dont on attend fermement qu’ils continuent à se fondre, corps et âme, dans la République contre ceux dont on tolère (surtout par calcul politique) qu’ils se communautarisent, ceux qui payent contre ceux qui touchent, …

La France meurt de ces métastases multiples d’un Deux Poids, Deux Mesures que le Moyen-Âge le plus caricatural n’aurait pas renié, de ces passe-droits, privilèges et exonérations qu’on distribue à certains et de ces vexations, taxations et coercitions qu’on use sur les autres, bien distincts des premiers. La France, celle de ces tribuns la bouche toujours ouverte à réclamer l’égalité voire l’égalitarisme jusque dans les chiottes, les pronoms, les taxes et l’orthographe, se meurt de ne voir nulle part les plus essentielles des égalités (devant les devoirs, les ponctions, et les sanctions) respectée et appliquées effectivement.

Cette France partitionnée, inégalitaire semble autoriser sans sourciller de faire charger les CRS sur des jeunes qui s’amusent en groupe sous prétexte qu’est arrivée l’heure du couvre-feu (mesure parfaitement inutile et inique), pendant qu’au même moment, à quelques kilomètres de là, quelques privilégiés bien en cour peuvent apprécier les dépassements d’horaire aux Jeux du Cirque moderne, brisant ainsi ce même couvre-feu qu’il semble indispensable de faire respecter ailleurs à coup de lacrymogènes.

Dans ce cadre, la gifle présidentielle est peut-être la cerise démonstrative sur le gâteau d’iniquités que la France est devenue. Rarement dans l’Histoire du pays de telles inégalités ont ainsi été jetées à la face de ceux qui payent et subissent.

Décidément, « Liberté, égalité, fraternité » : la France de cette devise est morte.

H16

16 commentaires

  • « Décidément, « Liberté, égalité, fraternité » : la France de cette devise est morte. »
    Rappelons qu’il s’agit de la devise de la révolution ténébreuse et marchande qui se substitua à la primitive révolution « lumineuse et spirituelle », et qui balaya les institutions traditionnelles en quelques heures.
    La Liberté est une illusion qui devient évidente aujourd’hui, malgré cette banalisation et cette tolérance extrême pour toutes les anormalités, mais qui, se multipliant et se juxtaposant, arrivent à créer une atmosphère chaque fois plus irrespirable.
    L’Égalité inséparable de la démocratie n’est finalement qu’un système d’uniformisation, vers le bas, des êtres humains et des esprits, tels des robots, produit typique de nos sociétés, et fantasmé par ceux qui dirigent le monde et leurs prosélytes du transhumanisme. Mais rappelons avec René Guénon, que la théorie « égalitaire » si chère au monde moderne depuis le XVIIIème siècle, est contraire à tous les faits les mieux établis, et qui est même démentie par la simple observation courante, puisque l’égalité n’existe nulle part en réalité.
    Il est inutile de démontrer en quoi la Fraternité est une hypocrisie, tant l’égoïsme, cette préoccupation du moi ou du mien, et les jouissances matérielles qui l’accompagnent dominent, en dehors de toute idée morales élevée. La doctrine du « tout pour moi » est celle qui règne dans nos sociétés modernes. Chacun la pratique comme il peut, dans la limite de sa puissance. Ce sont les femmes et les enfants qui en sont victimes, parce qu’ils sont dans l’impuissance psychologique de lutter avec les mêmes armes.
    L’altruisme engendre la liberté.
    L’égoïsme engendre l’esclavage.
    Toutes les mœurs des peuples dépendent de la mise en pratique d’un de ces deux amours.
    L’altruisme commence à la politesse et finit au martyr.
    L’égoïsme commence à la grossièreté et finit à l’assassinat.
    La jalousie est une des manifestations de l’égoïsme, l’altruisme ne la connaît pas.
    Souhaitez-vous aller plus loin ? : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/psychologieetloidessexes.html
    Sinon, passez votre chemin, continuez de faire de beaux rêves et de penser ce que vous voulez.

  • Encore un excellent article qui met bien en avant le fait que la justice n’en est pas une. « Selon que vous soyez puissant ou misérable… »
    Damien ne s’en sort pas trop mal, il devait le savoir et il a pris ses responsabilités. Peut-être restera-t-il dans l’histoire, le « héros qui a giflé le président » ? https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_yahoo.gif
    A moins que ledit président sorte de l’histoire (il ne mérite pas d’y rester) et donc son gifleur ferait de même ?

    • A moins que ledit président sorte de l’histoire (il ne mérite pas d’y rester) et donc son gifleur ferait de même ? https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_scratch.gif

      • Jean Xana

        Même si Freluquet sort de l’histoire, Damien y restera, parce que son geste a été courageux et des millions de Français n’ont pas osé le faire, même s’ils le voulaient.

        Nous avons décapité Louis XVI, qui était un bon roi un peu trop faible.
        Pourquoi ne décapiterions-nous pas Freluquet, qui est un mauvais roi, et un traître à la France ?
        Au moins son règne aurait une fin morale.

        • Bien d’accord !!
          Je me console parfois en me disant qu’il a une série d’épées dans le dos (une expression) mais j’ai vu un chef de centre qui en avait presque autant. Et à part une occlusion intestinale, « l’animal » (oh pardon les animaux !https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_heart.gif) était toujours vivant !!
          Comme quoi, si les énergies tuent, il y en a qui sont vaccinés contre elles ! Oui, sûr, quand on n’a pas d’âme, pas d’émotions… on est sans doute blindés ? Possible…

  • CryptoKrom

    Si vous étes vaxxiné, « appeler le centre anti-poison » !

    SM-102, toxic !
    https://stateofthenation.co/?p=66476

    https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wacko.gif

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