Faut-il s’attendre à l’apparition d’une troisième force politique aux Etats-Unis

Source Observateur Continental

Les discussions sur la création aux Etats-Unis d’un troisième parti ont commencé pendant la présidence de Donald Trump. Cette idée a été inspirée par son conseiller Steve Bannon (ancien stratège de la Maison blanche qui a beaucoup contribué à la victoire de Donald Trump en 2016). 

Par la suite, Steve Bannon a quitté la Maison blanche, mais son idée est restée. Elle a refait l’objet de discussions dans les médias américains en période de passation de pouvoir à Joe Biden. Toutefois, le conseiller de Donald Trump à l’époque, Jason Miller, avait alors publiquement déclaré: l’ex-président « a clairement laissé entendre que son objectif consistait à rendre aux républicains en 2022 la chambre des représentants et le sénat, et, hormis cela, rien n’est discuté activement ». 

A noter qu’avant son départ Donald Trump a repris contact avec Steve Bannon. Par conséquent, l’idée concernant la création d’un troisième parti pourrait, elle aussi, revenir. Cette idée est d’autant plus d’actualité aujourd’hui que grandit la division au sein de la société américaine dans l’ensemble et notamment dans le parti républicain. 

Des différends profonds ont également lieu au sein du parti démocrate entre les « traditionnalistes » (tels que Joe Biden) et la « gauche radicale » (Alexandria Ocasio-Cortez), mais parmi les républicains la situation est tendue à l’extrême. Ne serait-ce que le fait que certains d’entre eux ont soutenu la seconde destitution de Donald Trump. 

Et sur cette toile de fond l’histoire a connu un tournant inattendu. D’un côté, les républicains ont voté contre la destitution de Donald Trump, de l’autre, ce n’est pas les partisans de ce dernier qui ont ouvertement parlé de la création d’un troisième parti, mais ses adversaires républicains (assez autoritaires et influents de surcroît). L’un d’entre eux a noté: « Je vois la nécessité d’un nouveau parti politique que je n’avais jamais vue. » Cependant, cette thèse a été soutenue par seulement 40% des participants à la réunion, 20% se sont prononcés pour la création d’une fraction au sein du parti, et encore 20% voudraient créer une fraction en dehors du parti, mais sans savoir à quoi cela pourrait ressembler. Ce qui soulève plusieurs questions. 

Premièrement, combien d’adversaires de Donald Trump réunira le nouveau parti? Les auteurs de cette idée comptent sur approximativement un cinquième de l’électorat républicain, ainsi que sur certains électeurs indépendants et démocrates. Sachant que selon un sondage, si Donald Trump créait son propre parti, 64% des républicains, 28% des électeurs indépendants et même 15% des démocrates interrogés seraient prêts à le rejoindre. Comme on dit, sentez la différence. C’est dû en l’occurrence au charisme de Donald Trump en tant que leader. Ce qui est loin d’être le cas de ses concurrents. 

Deuxièmement, un parti sérieux ne peut pas apparaître de nulle part. Cela nécessite une infrastructure régionale développée avec un personnel efficace et des leaders locaux, il faut de l’argent (notamment pour sa promotion) et des relations (au congrès, à la Maison blanche, dans les milieux d’affaires, dans les médias), étant donné que le lobbysme fait partie des fondements du processus politique aux Etats-Unis. Si des républicains influents prenaient les choses en main, tout cela ne serait qu’une question de temps, mais ce facteur pose aussi problème: les adversaires républicains de Donald Trump ne peuvent pas compter sur un résultat rapide. Alors que les démocrates n’attendront pas. 

Peut-être que dans les conditions actuelles l’idée d’un troisième parti a le droit d’exister, mais l’histoire américaine montre que de telles expériences n’ont jamais conduit à rien de bon. Même si les deux partis républicains coopéraient entre eux, il s’agirait tout de même de deux forces politiques différentes loin d’être d’accord sur tout, ce qui permettrait aux démocrates d’agir selon le principe de « diviser pour mieux régner ». Et ce qui faciliterait la monopolisation du pouvoir entre les mains des démocrates pendant de longues années. 

Alexandre Lemoine

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