Catharsis. Ou le crépuscule du soleil noir

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Pour illustration/Pixabay

Les ténèbres s’abattent sur l’Occident… Noces de sang chez les rois du Monde. Festin nu dans les
pompes funèbres. Âmes errantes sillonnant les rues en criant « Dieu est grand ». Sans-domicile
autour d’un feu. Retraités faisant les poubelles. Les clowns en costume hypnotisent les foules,
monopolisent les ondes pour tenir les ombres captives. Chacun vogue d’espoir en désillusion
tandis que le collectif somnambule vaque à son autodestruction.

Du couteau d’Abraham levé sur Isaac à la mise en croix de l’agneau Christique. De la signature
des accords d’Haavara entre de riches sionistes et le régime nazi en vue de la création d’un foyer
juif en Palestine, à la perpétuelle recherche de boucs-émissaires afin de resserrer les liens des
communautés. Ou plus récemment, du programme d’inoculations génétiques inaugurant l’ère du
transhumanisme à l’aube d’une nouvelle conflagration mondiale comme prétexte à l’instauration
globale d’une grille de contrôle numérique : nous écrivons d’un holocauste à l’autre une Histoire
en forme de sempiternel recommencement.

Prisonniers d’un conditionnement multiséculaire et de réflexes archaïques, peu d’entre nous
ressentent combien violence, traumatismes et culture sacrificielle sont autant d’empreintes
profondément inscrites dans notre mémoire génétique. La croyance que d’un mal peut naître un
plus grand bien n’est qu’une antique superstition, souvent l’apanage de personnes confondant
religion et foi, mais aussi l’instrument pernicieux de manipulateurs versés dans l’art d’utiliser les
ressorts de la psyché humaine pour assouvir une insatiable soif de domination.

Agressivité, plaintes, crises de nerfs, d’angoisse, addictions, rumination, chantage, médisances,
mise en danger de soi ou d’autrui… Qui ne s’est jamais surpris à répercuter sa souffrance dans
toutes les chambres d’écho possibles, selon son éducation, ses penchants héréditaires et son
tempérament ? Le mal se distille par tous les canaux, creuse le lit d’un enfer dans lequel nous
nous entretenons sans en voir la source ni l’embouchure. Beaucoup extériorisent la douleur en
la transférant sur autrui. D’autres l’intériorisent et la laissent peu à peu gangréner leur âme.
Seule une infime minorité d’individus est capable de la laisser les traverser sans se l’approprier
ni la fuir. Nombreux sur Terre sont les soldats. Rares sont les guerriers.

Malades de notre propre mental sans être capables de le regarder en face, nous avons projeté
alentour nos propres démons jusqu’à donner corps à des structures politiques, économiques et
sociales de plus en plus destructrices. Toute complaisance à cet égard n’est plus de mise : le
monde qui nous entoure dans toutes ses composantes, toutes ses horreurs et toutes ses beautés,
n’est que le reflet de notre condition intérieure : de notre attachement à notre confort, de tous
nos petits renoncements, de notre paresse et de nos peurs, mais aussi de notre candeur infantile,
d’espoirs continuellement nourris en l’action d’autrui, ainsi que de notre amour si égotiquement
exprimé.

Ceci ne nous apparaît que rarement, car l’incarnation nous ancre dans l’illusion d’être séparés de
ce qui nous semble extérieur. Au moment de notre naissance, nous sommes encore pleinement
unis avec le grand Tout, puis le sentiment de dissociation s’accentue à mesure que se développe
l’individualité. Notre croissance s’accompagne d’un lot de tourments toujours plus grand jusqu’à
la maturité physique. Puis nous souffrons, encore et encore, sous l’influence de stimulations de
toutes sortes, jusqu’à la prise de conscience de la responsabilité de notre propre état. La dualité
nous apparaît alors comme la condition et le terreau du développement de notre libre-arbitre.

Que serait l’Humanité, où serait l’Amour si nous ne faisions pas l’expérience de cette séparation
pour mieux nous retrouver ? L’initiation n’est pas à rechercher dans un quelconque occultisme,
auprès de l’érudition des savants ni à travers l’auto-flagellation de l’ascèse. Elle éclot à chaque
intersection de notre parcours terrestre, à chaque instant de vérité où nous nous découvrons,
nettoyés du fard des habitudes et de l’écorce de nos personnalités. Elle est un lever de rideau sur
ce que dissimulent nos peurs. Un immense éclat de rire fissurant la galerie des glaces.

Par un subtil jeu de miroir entre la matière et l’esprit, la peur est utile à l’évitement du danger
tant que nous ne comprenons pas qu’elle en est l’aliment – lorsqu’elle n’en est pas la cause. De
même, la souffrance est nécessaire à l’apprentissage jusqu’à l’atteinte d’un certain niveau de
conscience. Une fois cette étape franchie, c’est à la joie de devenir la roue motrice de l’évolution.
Encore faut-il être attentif, et discerner ce qui relève en nous de schémas préinscrits de ce qui
nous élève au-delà et nous permet de nous rencontrer. Nous quittons alors le besoin compulsif
de renforcer notre ego pour épouser l’univers sans forme de l’éternel renouveau de la Vie.

L’Humanité traverse actuellement les turbulences de son adolescence collective. Nous sommes
des funambules oscillants entre déchaînements pulsionnels et brèves intuitions d’une dimension
dans laquelle nos désirs et nos frustrations n’ont aucune prise. Nous en avons tous eu un aperçu
dans les plus lumineux de nos rêves, tandis que nous courions d’une chimère à l’autre à l’état de
veille. Désormais à mi-chemin entre l’élévation et l’abîme, le choix nous incombe de poursuivre
l’errance dictée par les passions ou de rompre au contraire tout enchaînement et d’évoluer dans
la plus parfaite liberté d’esprit.

De puissantes forces involutives espèrent nous impliquer dans un nouveau conflit global dont
elles sortiraient bénéficiaires. Aussi devient-il plus vital que jamais d’en contrecarrer l’intention
par la manifestation d’une inébranlable paix intérieure. Nulle question ici d’agiter un drapeau
blanc, de signer des pétitions ou de défiler dans la rue. Mais d’acquérir suffisamment de stabilité
émotionnelle pour demeurer imperméable aux paroles, suggestions et vibrations négatives qui
nous entourent.

Trouver la paix ne signifie pas la mièvre passivité ni l’indifférence face aux choses du monde. Il
s’agit de considérer que ce sont nos propres erreurs, et non l’obéissance envers qui que ce soit,
qui nous font nous remettre en cause et progresser. Leur acceptation ouvre la porte à l’humilité.
Au sentiment d’une petitesse aidant à grandir celui qui l’éprouve. Elle constitue le premier pas
vers le pardon, non seulement celui accordé aux autres mais aussi et avant tout le pardon à soi-
même. Au terme de ce long cheminement semblable à un deuil, nous nous laissons pénétrer de
gratitude envers les leçons inculquées par la Vie. Alors se distingue l’amour-propre du véritable
amour de soi : l’expérience intime de ressentir que nous sommes tous les émanations singulières
d’un Amour universel.

L’apparente futilité des préoccupations communes n’est la plupart du temps qu’une façade ; une
manière consensuelle et puérile de croire éviter d’avoir à accomplir ce parcours. Mais quelle que
puisse être la manière de se mentir, nul ne peut échapper à cette nécessité, qui relève de notre
destin d’âme. Ceux qui l’auront fuie tout au long de l’existence charnelle devront y faire face au
moment de leur passage de l’autre côté, avec l’amertume de découvrir n’avoir finalement craint
qu’eux-mêmes. Tôt ou tard, tout ce qui nous échappe encore ici-bas devra nous être révélé.

Dès lors, quels que soient les épreuves et les dangers auxquels nous serons confrontés s’ouvrira
en nous la manne d’une indicible joie. Il nous suffira d’un regard, d’un geste, de la caresse d’un
souffle de vent ou du frisson électrisant de l’arrivée d’un orage pour nous rappeler qui nous
sommes, et nous faire sentir plus intensément que jamais la pulsation du sang dans nos veines.
Nous observerons le bal des macchabées avec la distance de l’observateur caché en coulisse. Et
rayonnerons la sagesse mutique du Sphinx devant la ronde éternelle des constellations.

Rien ne pourra plus éteindre le feu sacré alors allumé en nos cœurs. Nous serons tout à la fois
l’enfant émerveillé par l’envol d’oiseaux à l’horizon. L’oreille et la voix du conteur d’improbables
songes à la belle étoile. Le derviche-tourneur en extase au rythme des mélodies perses. Nous
serons le plein et le vide. L’ivresse et la torpeur. Le témoignage vivant des mémoires les plus
anciennes. Nous serons les frontons des temples, les gitans au maintien noble et impavide. Nous
serons l’hymne et l’oraison des cérémonies païennes.

L’ère des mystifications et des faux-semblants touche à son terme. Pas plus les mensonges des
gouvernants que nos propres autofictions ne tiendront devant l’immense vague de révélations à
venir. Nous n’aurons d’autre choix que d’accepter notre qualité de médium entre Ciel et Terre.
De prendre joyeusement part à la danse cosmique à laquelle nous convient toutes les formes de
vie peuplant l’univers. Une prise d’inspiration profonde, un petit instant d’abandon à la parfaite
affirmation du destin, et nous serons unis dans un pur et magnifique rayon de lumière.

Zénon (octobre 2022)

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Volti

Un Commentaire

  1. Cela me paraît bien compliqué.
    Contentons-nous d’être, et d’exister parfois. Exister, c’est apparaître soudain devant d’autres êtres, pour des tas de raisons. Et puis revenir dans l’ombre de l’être, ce qui est bien plus reposant. Curieusement, nous existerons quand la dernière porte se sera ouverte devant nous, et que nous l’aurons franchie, alors que nous ne serons plus là. Des personnages diront (ou pas) des choses sur nous, vraies ou fausses, peu importe. L’important sans doute est qu’aussi longtemps que des personnes penseront à nous, nous continuerons à exister.

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