À Bure, les opposants se préparent à l’arrivée des bulldozers

Source REPORTERRE

Déclarations d’utilité publique et d’intérêt national, terres rachetées, maisons rasées… Autour de Bure, l’emprise de Cigéo est de plus en plus palpable. Les opposants promettent de se défendre « jusqu’au bout » contre les expulsions.

Entre Bure (Meuse) et Cirfontaines-en-Ornois (Haute-Marne), reportage

Les années à venir s’annoncent chaudes dans le sud meusien. Et le réchauffement climatique n’en sera pas le seul responsable. Car autour du projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo, dessiné par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), les nerfs se tendent. La raison ? La publication le 8 juillet 2022 des décrets accordant l’utilité publique (DUP) et « l’intérêt national » (OIN) [1] au projet.

Derrière cette « étape administrative » se cache une multitude de nouveaux leviers pour l’Andra, lui permettant de déloger agriculteurs, opposants et militants à tour de bras [2]. Après plus de 20 ans « d’accompagnement et de développement du territoire », le laboratoire de l’Andra montre finalement un tout autre visage.

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À la Maison de Résistance (BZL), site historique de contestation du projet, la nouvelle s’est répandue rapidement. « Nous savions que la procédure allait avancer, et nous l’avons anticipé. Une équipe et des recours juridiques étaient préparés de longue date, pour contester ces décrets », assure Paulo [*], un habitué des lieux. Mais des inquiétudes subsistent. Notamment autour du bois Lejuc, où se sont déroulés les précédents conflits attenants à Cigéo, avant que l’Andra n’en prenne réellement possession courant 2021.

Situé au-dessus de la future zone de stockage des déchets, il doit être en partie défriché pour servir de zone de soutien aux travaux, appelée « zone puits »« Depuis les occupations, le bois n’a jamais vraiment quitté nos esprits, et on surveille de près ce qu’il s’y passe », assure Paula [*], qui habite également BZL.

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Fin juillet, une équipe d’experts aurait notamment réalisé une étude d’impact environnemental en son sein ; une étape nécessaire avant de pouvoir commencer des travaux de défrichements. Mais pour l’heure, la forêt trône toujours paisiblement sur la plaine. « Le jour où les bulldozers viendront, nous serons prêts », promet-on dans la Maison.

Et le bois Lejuc n’est pas le seul à être menacé par l’avancée du projet de l’Andra. Au total, près de 3 500 ha de terres sont couvertes par l’OIN — dont une majeure partie est déjà aux mains de l’Andra, permettant à l’agence d’y réaliser les aménagements nécessaires à l’installation du centre de stockage. Mais il lui manque encore plusieurs zones maîtresses [3].

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« Aux dernières nouvelles, les terres situées au niveau de la liaison intersites, du transformateur, et de la gare de Luméville, ne sont toujours pas sous contrôle de l’Andra », détaille Jean-Pierre Simon, agriculteur haut-marnais et opposant historique au projet Cigéo. Des zones cruciales à l’arrivée des déchets nucléaires, qu’elle va désormais pouvoir s’approprier, avec ou sans l’accord de ses occupants. Enfin presque. « Nous avons entrepris de gros travaux pour barricader la gare », informe-t-on à la Maison de Résistance. Courant juillet, entre 200 et 300 personnes ont ainsi participé à la « semaine des barricades », afin de transformer le lieu en véritable bastion de résistance.

« C’est notre lieu de vie, nous le défendrons jusqu’au bout »

« L’OIN permet à l’Andra d’expulser les derniers habitants de terrains qu’elle convoite avant 2037, précise Paulo, mais nous ne nous laisserons pas faire. » Pour autant, les opposants ont le temps de voir venir. « La procédure d’expulsion sera longue, ils ont des contraintes administratives qu’ils ne peuvent pas éviter », se rassurent les opposants. « De toute façon c’est notre lieu de vie, nous le défendrons jusqu’au bout », complète Paula.

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