Et si la BNS faisait faillite ?

Par Liliane Held Khawam

Les décisions politiques qui tuent l’économie locale par effet domino

Le Conseil fédéral a décrété le bouclage des commerces non essentielles. Ce faisant, il va tuer par effet de dominos un grande partie des acteurs de l’économie locale. Tout le monde comprend que lorsqu’un restaurant est sommé de fermer et donc de faire faillite, l’ensemble des membres de la chaîne de ses fournisseurs finira les pieds devant.

Ainsi, lorsque les restaurateurs sont sommés de ne plus être en capacité d’honorer leurs factures, les prestataires de service dont ils sont les clients sont sommés de faire faillite (exemple les fiduciaires) à leur tour.

De même, lorsque les restaurants font faillite, ils seront suivis de très près par les propriétaires des locaux qu’ils louent et qui ne trouveront plus preneurs à l’avenir.

Mais rassurez-vous, tous ces acteurs seront remplacés par les gros dinosaures venus d’Outre-Atlantique, et qui pourront allègrement faire face à ces turpitudes grâce aux intérêts négatifs que leur offre… la BNS.

La BNS sommée de venir à la rescousse de l’économie locale

Depuis quelque temps, certains responsables du pays sortent de leur torpeur et paniquent en voyant un précipice apocalyptique arriver sûrement à la vitesse V. Alors, ils se redressent et demandent à la BNS de venir à la rescousse de l’économie locale. Ainsi elle est sommée de rendre sa richesse au peuple! Car, certains « experts » ont expliqué ad nauseam, depuis 2011, au  peuple suisse que les richesses de la BNS croissent par magie, et que cela n’a pas de coût.

Fumisterie!

Cela fait 9 ans que cette propagande est soigneusement entretenue par les médias propriété de ceux qui ont profité des largesses de ce qui était autrefois une institution, et qui n’est plus qu’une vitrine vidée.

La création monétaire contre dettes est aux mains des primary dealers, et ils ne comptent absolument pas partager ce privilège impérial planétaire avec qui que ce soit, BNS incluse. Regardez ce que l’on pouvait lire dans le rapport de la BNS de 2012(page 66): « Associer le placement des réserves monétaires de la BNS à des intérêts stratégiques de la Suisse engendrerait un risque de conflit d’intérêts et mettrait potentiellement en danger l’indépendance de la BNS ».

La BNS ne travaille pas dans l’intérêt de la Suisse. On peut même dire que leurs intérêts divergent.

Pourquoi le confinement est une excellente nouvelle pour la BNS?

Alors que l’économie est à l’arrêt et que la BNS participe à booster le marché financier international qui remplit les poches de ses acteurs, il y a une bonne nouvelle. Le trafic des paiements de la Suisse est ralenti. Donc, la BNS qui s’endette auprès de cette structure (remise à la finance internationale) voit la pression sur ses épaules diminuer.

En dépression économique, les capitaux tournent moins vite et sont moins sollicités, alors le financement du bilan de la BNS par les capitaux bancaires locaux peut se poursuivre plus facilement!

Toutefois, le Dr Marc Meyer dit que cela ne durera pas éternellement. Je suis d’accord avec chaque mot de ce qu’il écrit dans ce paragraphe que je vous invite à lire, relire, faire lire, jusqu’à ce que vous ayez intégré ce qui est écrit là:

« Comme la BNS finance ses investissements avec des capitaux d’emprunt, elle est l’un des acteurs faibles du marché. En cas de fonds propres négatifs à la BNS, les banques prêteuses doivent alors procéder à des corrections de valeur de leurs actifs auprès de la BNS et peuvent alors faire faillite du fait de la BNS elle-même.

Par ineptie et obstination, la BNS est tombée dans un piège dont elle peut difficilement sortir. »

La faillite de banques suisses n’est pas à exclure, et elle aura été à 100% de la faute de la BNS, de la FINMA qui rédige en toute liberté des directives qui forcent les banques à détenir des capitaux liquides (ou simili), et bien sûr de UBS qui est le maître d’oeuvre du programme monétaire. UBS qui tient de près les activités financières et monétaires à travers des sous-traitances accordées par la… BNS. Nous n’oublions évidemment pas les politiques, et spécialement Eveline Widmer-Schlumpf ancienne vice-présidente de la BNS avant de devenir conseillère fédérale. https://www.letemps.ch/economie/eveline-widmerschlumpf-allee-loin

La vérité est que la BNS nous ruine, et qu’elle collera le désastre sur le dos de Mme Corona.

Voici un extrait de Dépossession pour illustrer nos propos: « Bref, nous observons que des acteurs considérés comme indésirables (par qui et pourquoi ?) sont évacués de l’échiquier, alors que d’autres sont montés en puissance avec l’aval des États et des banquiers centraux. Peu importe qu’ils soient dysfonctionnels et toxiques, leur immunité contre toute faillite est garantie par l’argent, le patrimoine et le travail des peuples…

Au-delà de l’injustice frappante de ce mode de fonctionnement, la concentration de la gestion des richesses – et en particulier des créances de belle qualité, se poursuit inexorablement. Il est donc tout à fait plausible que le nombre d’acteurs financiers devra diminuer drastiquement ces prochains temps, grâce à des mises en faillite ou des sauvetages sous forme de transferts d’activités et de biens. En Suisse, l’Autorité de supervision des marchés financiers, Finma, s’en est déjà prise à des petites banques avec des procédés pour le moins discutables. Restent les banques cantonales et la riche Raiffeisen. Elles sont progressivement intégrées dans le système grâce à un nouveau management issu des sociétés financières mondialisées. Celui-ci se met progressivement en place, favorisant ainsi une plus grande prise de risques – alors que les banquiers suisses locaux, eux, tendent à être plus frileux sur ce point…

Parallèlement à cette restructuration des agents du marché, l’alliance « grandes banques+banques centrales+asset managers » veut pouvoir disposer des immenses capitaux des différents pays sans risques de retrait desdits capitaux. Une forme de collectivisation, sauf que dans notre cas, celle-ci ne serait pas destinée à un quelconque prolétariat, mais au microcosme qui dirige le marché de la haute finance.

Et dans ce domaine, l’épargne représente bien évidemment un enjeu de premier plan, qu’il s’agit de récupérer. Cette denrée rare doit ensuite être rendue inaccessible à l’épargnant, et ce de manière durable !

 Or, la principale épargne est celle de la retraite[1]. »

[1]Estimation des capitaux de la LPP en Suisse varie selon les sources entre 650 et 800 milliards. Certains vont jusqu’à 1000 milliards de franc…, soit la taille du bilan de la BNS

LHK

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Si l’évaluation est corrigée, la BNS ne dispose déjà pratiquement pas de fonds propres. Dr Marc Meyer

La BNS annonce un bénéfice attendu de 21 milliards de francs.  Bravo!… Pour de vrai?  

Regardons de plus près le portefeuille de la BNS: les devises ont augmenté de près de 100 milliards à près de 900 (!) Milliards de francs, même si le dollar s’est déprécié de près de 10% pendant cette période (l’euro est resté pratiquement inchangé ).  

La BNS ne détaille pas la manière dont elle a investi les investissements en devises.

Une grande partie est représentée par des obligations d’État étrangères et le reste par des actions.

Mais est-ce la tâche de la BNS selon la constitution fédérale de stimuler les bourses étrangères? Je pense que non. La BNS justifie ses investissements étrangers absurdement élevés – qui volent de record en record-  par l’industrie d’exportation prétendument en difficulté.

Le fait est que la BNS était déjà inscrite sur la liste noire des États-Unis en tant que manipulatrice de devises cette année.

Les États-Unis peuvent-ils se calmer avec la nouvelle administration? Je ne le pense guère. Car la grande pression exercée sur les banques suisses par les États-Unis n’a pas eu lieu pendant le mandat des républicains, mais des démocrates.  

Malgré cela, la BNS a été très occupée à acheter des devises cette année – elle s’est découplée de la constitution fédérale, selon laquelle elle doit investir dans l’intérêt général du pays. Et presque personne ne prétendrait sérieusement que la stimulation des économies étrangères par la BNS est dans l’intérêt général de la Suisse.

La BNS a gagné 13 milliards sur ses positions en devises. Les taux de change ayant globalement baissé, les bénéfices se sont donc accumulés sur les marchés obligataires et boursiers internationaux. L’exemple du Dow Jones ou du S& 500 est probablement le plus connu.

Les achats massifs de soutien par les banques centrales, en particulier la BNS, ont soutenu ce marché après la crise de Covid. Les bénéfices de la BNS reposent donc en grande partie sur ses propres achats.

En outre, Jordan de la BNS a déclaré cette année que le franc suisse serait «ailleurs» sans l’intervention de la BNS. Ainsi, la BNS a non seulement fait grimper la valeur des devises de son portefeuille, mais aussi le cours de l’action. En supposant que le franc suisse ait été coté 20% plus bas à la suite des interventions de la BNS, cela signifierait que les devises de la BNS sont surévaluées de 20%. Avec 900 milliards de devises, cela signifiait également que les fonds propres de la BNS devaient être réduits de 180 milliards.

Cela signifie que la BNS a déjà un capital nul.

Il en va de même pour les prix des obligations: les banques centrales du monde entier achètent des obligations d’État à des pays de qualité inférieure pour les financer. Cela fait également le jeu de notre BNS, qui réalise de beaux bénéfices sur son portefeuille obligataire.

Il résulte de ces considérations que le portefeuille de la BNS n’est pas correctement valorisé.

La BNS ne peut pas vendre aux taux en vigueur. S’ils vendent, il existe un risque inévitable d’effondrement du cours de l’action et donc des fonds propres négatifs pour la BNS. Comment la BNS et les autres banques centrales financent-elles ces achats? Avec «l’argent sorti de nulle part», comme le proclame naïvement Jordan, notre patron de la SNB? Pas du tout.

Ceux-ci sont financés par des prêts bancaires sous forme de dépôts à vue.

C’est le capital extérieur qui est dû à vue. Penser que la BNS n’a jamais à rembourser cette dette, comme le prétendent Jordan ou Axel Weber de l’UBS, est encore plus naïf. La BNS doit être en mesure d’exécuter à tout moment et à vue les ordres de paiement des banques – c’est ainsi que l’argent est remboursé par la BNS.(Voir ci-dessous les ventes massives d’actions américaines LHK)

Si les fonds propres sont négatifs, la BNS ne peut plus le faire et est donc insolvable (malheureusement, notre Conseil fédéral ne s’en est pas rendu compte non plus, qui prétend de bonne foi que la BNS ne peut jamais devenir illiquide car elle peut toujours générer sa propre liquidité).

La grande tragédie de l’expansion du bilan de la BNS est que la BNS ne sait même pas qu’elle s’endette, même si elle a déjà contracté environ 100’000 francs de dettes pour chaque citoyen afin de parier sur les marchés financiers étrangers.

Pourquoi les banques accordent-elles encore des prêts à la BNS? Parce que même eux n’ont pas encore remarqué que la BNS peut faire faillite.

Dans les médias, diverses options sont désormais proposées sur la manière dont la BNS pourrait aider «les cornichons» ou les «victimes de la couronne». Les trolls anonymes de la BNS tentent désespérément de contrer cela avec des arguments tels que: « Nous avons besoin des réserves de la BNS pour amortir un prochain krach boursier« , etc.  

Mais est-ce vraiment le travail de la BNS d’amortir un krach boursier? Est-ce votre mandat selon la constitution fédérale? Je pense que la BNS devrait d’abord considérer la population active domestique avant de se précipiter au secours des grands investisseurs internationaux.

Dans les années 90, la BNS versait aux cantons environ 5 millions de francs par an. À cette époque (1996), je suis allé à l’Assemblée générale de la BNS à Berne et j’ai demandé à la BNS de payer des intérêts sur son encours de monnaie en fonction du marché – environ 2 milliards. J’ai également dit que la BNS devrait être autorisée à investir en actions.

Cependant, j’ai pensé notamment à des investissements financés au capital et à des investissements nationaux; mais pas d’investissements étrangers financés par la dette. Il n’y a guère d’issue pour la BNS.

Comment la BNS entend-elle se séparer de sa montagne de devises? En raison de l’excédent commercial de la Suisse, le franc devrait à nouveau s’apprécier, notamment face au dollar.

De plus, une correction majeure sur les marchés boursiers peut intervenir à tout moment. Les participants faibles du marché sont alors expulsés du marché.

Comme la BNS finance ses investissements avec des capitaux d’emprunt, elle est l’un des acteurs faibles du marché. En cas de fonds propres négatifs à la BNS, les banques prêteuses doivent alors procéder à des corrections de valeur de leurs actifs auprès de la BNS et peuvent alors faire faillite du fait de la BNS elle-même.

Par ineptie et obstination, la BNS est tombée dans un piège dont elle peut difficilement sortir.

Marc Meyer, observateur de la BNS, 9.1.2021

https://www.snb-beobachter.ch/

Ajout LHK: Vente massive de titres américains au 3ème trimestre 2020. Est-ce que la BNS aurait elle-même besoin de liquidités ?

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