Les sanctions liées à l’affaire Navalny feront plus de mal que de bien à l’Occident

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Par Alina Nazarova pour Vzgliad (Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider)

La décision de l’Union Européenne d’introduire des sanctions anti-russes en raison de la situation concernant Alexeï Navalny ajoute de la toxicité aux relations entre Moscou et Bruxelles, et les restrictions elles-mêmes peuvent faire plus de mal que de bien aux intérêts de l’Occident, a déclaré le politologue, journaliste et chercheur de l’Université d’Oxford Samuel Ramani.

« Je pense que ces sanctions sont dictées par le symbolisme, elles sont un acte symbolique, parce que les gouvernements occidentaux veulent se présenter comme s’ils prenaient une position dure contre la Russie pour satisfaire leurs intérêts internes. De plus, l’Europe veut démontrer qu’elle peut devenir un leader dans la confrontation avec la Russie, alors que la confiance dans la force des États-Unis s’affaiblit », a déclaré M. Ramani dans un commentaire à l’attention des médias.

Cependant, a-t-il dit, il y a un risque que les nouvelles mesures radicales imposées par l’UE, y compris les sanctions contre six fonctionnaires russes, fassent plus de mal que de bien aux intérêts de l’Occident.

Ainsi, selon M. Ramani, le recours à des sanctions en l’absence d’une enquête officielle de l’OIAC donne l’impression que les pays occidentaux se vengent de la Russie en raison de préjugés anti-russes ou d’une volonté de limiter le pouvoir de Moscou.

« Ce récit mine la crédibilité de toute enquête future et ajoute de la toxicité aux relations entre la Russie et l’Occident. L’introduction de sanctions sans enquête donne l’impression que la politique de sanctions occidentales contre la Russie est déterminée par des pressions politiques internes plutôt que par des preuves empiriques », explique le politologue.

Il a également souligné que les sanctions peuvent provoquer de profondes divisions en Occident.

« Les représentants de la politique étrangère et de sécurité de l’UE et des États-Unis peuvent avoir une position commune sur les sanctions contre la Russie, mais pas les dirigeants pris individuellement. Trump, par exemple, évite cette question, ce qui signifie que les sanctions sont imposées par l’Europe et non par les États-Unis, comme cela a souvent été le cas par le passé. En outre, les risques diffèrent selon les pays européens. L’Allemagne pourrait perdre Nord Stream 2 et connaître de graves problèmes d’approvisionnement en énergie, tandis que le dialogue continu de la France avec la Russie sur des questions telles que la Libye et la cybersécurité signifie qu’elle sera moins affectée. Si les conséquences retombent de manière disproportionnée sur l’Allemagne plutôt que sur la France ou les États-Unis, les pays occidentaux pourraient être confrontés à un conflit sur cette question », ajoute M. Ramani.

L’expert a également souligné que les sanctions sont préjudiciables à l’esprit de coopération qui pourrait se développer à la suite de la pandémie de COVID-19. Ramani a rappelé que l’ONU a demandé aux acteurs internationaux de s’abstenir de prononcer des sanctions unilatérales.

« Bien que ces sanctions soient appliquées au niveau des élites, les conséquences sur les relations UE-Russie entraîneront des coûts économiques pour les Russes ordinaires ainsi que pour certains Européens. L’Union Européenne, qui insiste pour imposer des sanctions aux fonctionnaires russes en violation des recommandations de l’ONU, est un énorme succès de relations publiques pour la Russie, la Chine et les pays non occidentaux, qui va creuser le fossé civilisationnel », a déclaré le politologue.

Il s’est dit confiant dans le fait que le Moyen-Orient, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine se rangeront principalement du côté de la Russie sur cette question ou resteront silencieux, tandis que les sanctions ne seront soutenues qu’au sein des pays occidentaux.

Jeudi, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont appliqué une décision sur les sanctions contre six Russes et un institut scientifique en rapport avec la situation d’Alexeï Navalny. Avant cela, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que la Russie allait répondre aux sanctions de l’Union européenne en ce qui concerne la situation du blogueur Alexeï Navalny. Le Conseil de la Fédération a également promis une réponse symétrique aux sanctions prises en raison de « l’affaire Navalny ».

Alina Nazarova

Source : Vzgliad

Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider

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