Donbass – La RPD donne deux jours de plus à l’Ukraine pour détruire ses fortifications

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Par Christelle Néant pour Donbass-Insider

Photo : Administration du Président ukrainien

Alors que la RPD (République Populaire de Donetsk) avait prévu de détruire elle-même aujourd’hui à coup d’artillerie les fortifications et nouvelles tranchées construites par l’armée ukrainienne en violation des mesures additionnelles de contrôle du cessez-le-feu, Denis Pouchiline a décidé de repousser cette mesure de deux jours, face à ce qui semble être un début de réaction de la part de l’Ukraine suite à l’ultimatum du chef de la République.

Ultimatum de la RPD demandant à l’Ukraine d’éliminer ses violations

Le 28 août 2020, Denis Pouchiline, le chef de la RPD, envoyait un ultimatum à l’Ukraine, lui donnant jusqu’au 3 septembre à 22 h, pour éliminer ses violations des mesures additionnelles de contrôle du cessez-le-feu, faute de quoi la milice populaire détruirait elle-même les fortifications et nouvelles tranchées construites par l’armée ukrainienne.

« Un mois s’est écoulé depuis l’introduction des mesures additionnelles signées par les parties pour renforcer le cessez-le-feu indéfini, qui est en vigueur depuis le 21 juillet 2019. La réalisation la plus importante a été les 30 jours les plus calmes en six ans d’hostilités. Pas un seul civil, pas une seule habitation et pas un seul objet d’infrastructure civile n’a souffert des bombardements des forces armées ukrainiennes », a noté M. Pouchiline.

Si cette réduction drastique des bombardements de la part de l’armée ukrainienne a été saluée par le chef de la RPD, ce dernier a souligné qu’il n’y a presque pas un jour sans violation des autres mesures de l’accord conclu fin juillet 2020, et entre autre l’interdiction de creuser de nouvelles tranchées ou de renforcer les existantes.

« Une attention particulière est accordée aux violations concernant les positions des FAU près du village de Choumy, où l’ennemi déplace ses fortifications (tranchées) vers l’arche de la conduite d’eau « Seversky Donets – Donbass » avec la claire intention de se renforcer face à celle-ci, ainsi que dans la zone de retrait près de Petrovsky, où la MSS de l’OSCE a enregistré un nouvel abri équipé après l’entrée en vigueur de mesures additionnelles sur l’ancienne position des forces armées ukrainiennes, » a ajouté Denis Pouchiline.

Conformément au point n° 5 des accords conclus, la RPD a demandé à l’Ukraine d’éliminer ses violations des mesures additionnelles de contrôle du cessez-le-feu, via le mécanisme de coordination au sein du CCCC (Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu).

L’Ukraine ne réagissant pas à ces demandes, le chef de la RPD en est donc venu à lui lancer un ultimatum, espérant que la menace d’un bombardement de ses nouvelles positions pousserait Kiev à réagir. Denis Pouchiline a alors donné à l’Ukraine jusqu’au 3 septembre 2020 à 22 h pour signer un accord via le CCCC pour éliminer les violations des mesures additionnelles de contrôle de cessez-le-feu.

« Si le 3 septembre 2020 à 22 heures un tel acte ne m’est pas présenté, je serai obligé d’en venir au moins, guidé par le 6eparagraphe des mesures additionnelles, afin de prévenir de nouvelles actions offensives de l’Ukraine en termes de déplacement dans notre direction de ses positions et fortifications, à donner un ordre correspondant aux unités de la milice populaire pour la destruction des tranchées et des abris des FAU, équipés ou nouvellement créés après la signature des mesures additionnelles visant à renforcer le cessez-le-feu le 22 juillet 2020 », avait conclu le chef de la RPD.

La RPD annonce qu’elle va détruire les nouvelles positions et fortifications ukrainiennes

Sans surprise, aucun document n’a été fourni par l’Ukraine à la RPD concernant l’élimination de ses violation avant la fin de l’ultimatum fixé par Denis Pouchiline, obligeant ce dernier à faire appel au 6e point des accords du 22 juillet, à savoir la possibilité pour une des parties de donner l’ordre d’ouvrir le feu en cas d’échec du processus de coordination.

Il est important de se souvenir de cela, pour bien comprendre que l’ordre donné par le chef de la RPD le 5 septembre est totalement légal du point de vue des accords signés, l’Ukraine ayant refusé de réagir aux nombreuses demandes de la République.

Malgré ce que Denis Kazanski (l’un des pseudos représentants du Donbass amenés au sein du groupe de contact par l’Ukraine) peut dire sur sa page Facebook en essayant de blâmer la RPD pour la future violation du cessez-le-feu, et de faire croire qu’elle veut à tout prix relancer la guerre, ce n’est pas la république populaire qui est responsable de la situation mais bien Kiev, qui a refusé de se plier aux mesures qu’elle a signées.

Deux jours après la fin de l’ultimatum qu’il avait fixé, Denis Pouchiline a donc publié officiellement l’ordre de détruire les nouvelles tranchées et fortifications de l’armée ukrainienne situées près de Choumy le 7 septembre.

« Nos demandes raisonnables ont été ignorées par la partie ukrainienne. Je m’attendais hier à recevoir du CCCC un document indiquant que les violations ont été éliminées par la partie ukrainienne ou, du moins, que les travaux en vue de leur élimination sont en cours. Je n’ai pas reçu un tel document. À cet égard, je déclare officiellement que, conformément au 6e point des mesures additionnelles, j’ai décidé de donner l’ordre d’ouvrir le feu sur des ouvrages du génie illégalement érigés dans la zone du village de Choumy (à 600 mètres au nord-est du village de Choumy – la zone des positions ukrainiennes nouvellement équipées dont le centre se trouve aux coordonnées suivante : 48 degrés 22 minutes 57 secondes de latitude nord et 37 degrés 56 minutes 55 secondes de longitude est), » a déclaré le chef de la RPD.

Poussant le légalisme jusqu’à l’extrême, Denis Pouchiline a même déclaré que la RPD fournirait les coordonnées et a demandé à l’armée ukrainienne d’évacuer ses hommes de la zone qui sera bombardée, le tout sous supervision de l’OSCE, afin que rien ne puisse être reproché à la République.

« Une notification officielle de cette décision sera envoyée par nos représentants au sein du groupe de contact. Les coordonnées détaillées du lieu d’exécution de l’opération seront communiquées à la partie ukrainienne par l’intermédiaire du CCCC. J’appelle la partie ukrainienne à assurer l’absence de personnel dans la zone spécifiée à partir de 08h00 le 7 septembre 2020. Nous n’avons pas besoin de pertes humaines. Nous n’avons pas besoin de rompre la trêve. Nous voulons seulement que les accords conclus soient respectés. Je demande à la mission de l’OSCE de surveiller cette opération à ce moment-là, » a conclu le chef de la RPD.

Report de deux jours des tirs d’artillerie par la RPD : pourquoi ?

Le 7 septembre au matin, Denis Pouchiline a donné l’ordre de repousser l’opération de destruction de deux jours, en raison de l’activité détectée sur les positions concernées côté ukrainien. La milice populaire de la RPD a en effet détecté une activité des soldats ukrainiens sur les positions situées près de Choumy, sans arriver à déterminer s’ils détruisaient finalement les tranchées et abris creusés récemment ou s’ils essayaient au contraire de les renforcer en vu des bombardements à venir.

La RPD a alors donné à l’Ukraine jusqu’au 8 septembre à 22 h pour éliminer les violations des mesures additionnelles, faute de quoi la milice populaire ouvrira le feu le 9 septembre à partir de 10 h.

Le 503e bataillon de marines des FAU a alors essayé de provoquer le chef de la RPD, en se plaignant bruyamment de l’absence de tirs sur sa page Facebook (le poste a depuis été supprimé), en disant que les soldats et les journalistes ukrainiens s’étaient levés tôt pour assister aux tirs, et qu’il n’y avait finalement rien eu.

En plus de la raison officielle annoncée il semble que d’autres éléments aient pu peser dans la balance et poussé le chef de l’État à prendre cette décision tant commentée.

Malgré les bravades de certains côté ukrainien, il semble que la menace de reprise des hostilités a été prise au sérieux à Kiev, si on en croit le fait que Dmitri Kouleba, le ministre ukrainien des Affaires étrangères a tenu à discuter avec son homologue russe, Sergueï Lavrov en urgence à propos de la situation dans le Donbass, hier, 6 septembre. Officiellement c’était pour discuter de prétendues violations du cessez-le-feu par la milice populaire qui auraient fait un mort et un blessé parmi les soldats ukrainiens.

En réalité, la RPL (République Populaire de Lougansk) a indiqué que l’Ukraine cherche à maquiller ses pertes hors-combat en pertes au combat pour blâmer la république, et que l’OSCE n’a enregistré aucune violation de la part de la milice populaire dans la zone où il y a eu un mort et un blessé parmi les soldats ukrainiens.

Il y a donc toutes les chances pour que ces violations totalement imaginaires aient été sorties par Kiev pour justifier cette discussion en urgence avec la Russie, pour ne pas devoir admettre publiquement que les menaces de la RPD effrayent l’Ukraine.

Pourquoi ? Parce que les élections locales doivent avoir lieu en Ukraine le 25 octobre 2020, et que si le parti de Zelensky ne veut pas se prendre une déculottée électorale, Kiev doit maintenir à tout prix la trêve obtenue jusque-là. Si la guerre reprend dans le Donbass, l’échec de Zelensky à appliquer sa principale promesse de campagne – mettre fin à la guerre – sera tellement flagrant que les candidats de son parti pourraient bien en payer le prix lors des élections.

Kouleba a peut-être demandé à Lavrov du temps pour éliminer les violations des mesures additionnelles afin d’éviter une nouvelle escalade qui serait préjudiciable politiquement à Zelensky et son parti. Si c’est le cas, la Russie a sûrement transmis la demande à la RPD, qui fidèle à son principe d’empêcher à tout prix la reprise des hostilités à grande échelle, a décidé d’accepter.

Une théorie renforcée par le fait que le cabinet du Président ukrainien a lui aussi officiellement demandé à la Russie d’intervenir pour empêcher la RPD et la RPL de violer le cessez-le-feu, et que le Kremlin s’est dit inquiet de la violation du cessez-le-feu par l’Ukraine le 6 septembre et le risque de voir la situation s’aggraver dans le Donbass.

L’autre point qui a pu jouer, c’est une information publiée le 5 septembre par la chaîne Telegram du Joker DNR, indiquant que l’armée ukrainienne se préparait à bombarder Donetsk et Gorlovka, y compris des zones résidentielles, en réponse aux tirs prévus de la milice populaire de la RPD.

L’information venait d’un courriel trouvé dans une boîte e-mail du 72e centre ukrainien d’opérations psychologiques et d’information qui a été piraté.

Capture d'écran de l'e-mail

Voici ce que dit l’e-mail :

« Le 07.09.2020, à 8 heures du matin, des groupes armés illégaux de la soi-disant RPD lanceront une attaque d’artillerie sur nos positions à proximité du village de Choumy. Nos unités ont reçu l’ordre de lancer une attaque d’artillerie sur Gorlovka et Donetsk dans la deuxième moitié du 07.09.20 et la première moitié du 08.09.20. Des tirs seront menés, y compris dans les zones résidentielles, ce qui pourrait entraîner des morts parmi la population civile.
Votre unité doit préparer des activités informationnelles pour former l’opinion publique en Ukraine, en RPD-RPL, et en Russie, sur la base des thèses suivantes :
– Les forces armées illégales de la RPD-RPL a provoqué les FAU (Forces Armées Ukrainiennes) à riposter, et sont donc responsables des pertes civiles ;
– Pouchiline est personnellement responsable des pertes civiles ;
– L’artillerie des forces armées ukrainiennes ne frappait que les positions de la RPD-RPL, mais certains obus ont pu s’écarter des coordonnées données en raison de l’utilisation d’anciens équipements militaires soviétiques ;
L‘artillerie des FAU n’a frappé que les positions de la RPD-RPL, et les militants eux-mêmes ont lancé des frappes de mortier et d’artillerie sur les zones résidentielles afin de blâmer les FAU. »

La chaîne Telegram Joker DNR a indiqué espérer que la publication de ce courriel pousserait les soldats ukrainiens à renoncer à leur plan.

Je pense surtout que cela a dû peser dans la décision de Denis Pouchiline de reporter les tirs de destruction. En effet, aujourd’hui 7 septembre et surtout demain 8 septembre, Jour de la Libération du Donbass, plusieurs événements publics sont prévus, surtout à Donetsk, et Saur Mogila. Si l’Ukraine tirait massivement sur les zones résidentielles de la capitale où auront lieu ces célébrations, cela pourrait provoquer un bain de sang parmi les civils. Une chose que le chef de l’État veut à tout prix éviter.

Reste à voir maintenant si l’Ukraine va finalement se plier à ses obligations et détruire ses nouvelles tranchées et fortifications d’ici demain soir. Dans l’intérêt de la paix, il est à espérer que Kiev le fera, car sinon toute réaction inappropriée de l’Ukraine aux tirs légitimes de la RPD visant à éliminer les violations des mesures additionnelles pourrait avoir de graves conséquences.

Christelle Néant

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