« La misère, pas la précarité… » L’édito de Charles SANNAT

La vraie signification des mots, pour décrire les maux. La novlangue a tendance à édulcorer la gravité des maux de notre société et, c’est voulu pour minimiser les différences abyssales entre, ceux qui profitent de tout, ceux qui ont un « passage difficile » et, ceux qui n’ont vraiment rien. Les remettre à leurs places et dans leurs contextes, nous donne une toute autre vision de ce dont on nous parle. Partagez ! Volti

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Charles Sannat pour Insolentiae

Mes chères impertinentes, chers impertinents,

En cette année 2020, je vous propose que nous nous lancions à corps perdus ou presque, dans la grande bataille des mots et de concepts pour décrire nos maux et reprendre le pouvoir sur la réalité.

Les mots imposent implicitement le cadre de réflexion et imposent par conséquence le cadre d’action qui en découle. Tout ceci est terriblement sérieux.

Le poids de tous ces mots de toutes ces idées est tel, que quand on y réfléchit bien c’en est presque effrayant. Terrifiant.

Aujourd’hui nous allons parler du mot précarité.

Avant, nous avions les clochards, les nécessiteux ou les miséreux.

Vous avez, nous avons et parfois nous sommes ou devenons des SDF, des précaires. Nous avons remplacé des mots précis qui désignaient des maux tout aussi clairs, par des concepts fumeux et des initiales froides, sans saveur et sans humanité.

La précarité c’est quoi ? Selon le dictionnaire est précaire ce « dont l’avenir, la durée, la stabilité ne sont pas assurés »… tu es précaire donc un peu instable. Rien de bien méchant donc.

La misère c’est quoi ?  Selon le dictionnaire c’est « un état d’extrême pauvreté, indigence, ou encore un état marqué par une grande insuffisance, un grand manque dans le domaine social, psychologique ». Cela semble donc terrible. Vous savez pourquoi ?

Parce que la misère est terrible. Pas la précarité.

C’est pour cela que l’on ne parle plus de misère mais de précarité. Pour effacer les terribles réalités.

Nous allons parler de la précarité donc, mais d’une précarité particulière… celle de la précarité dite énergétique.

Je rappelle, à tout hasard, qu’il y a dans cette édition un article consacré à la création d’un fichier des locataires indélicats qui ne payent pas leur loyer. Un sujet passionnant digne de déclencher tous les hurlements sociaux de rigueur. Pourquoi faire ce rappel ?

Car la véritable misère touche peu les villes et même peu les banlieues. Elle touche peu les locataires figurez-vous qui bénéficient du chauffage central du HLM même si ce dernier ne donne que 18 ou 19° surtout si les canalisations n’ont pas été curées.

La véritable misère est dans les campagnes et dans les zones périurbaines éloignées, là d’où a jailli le mouvement des Gilets Jaunes et qui a surpris tous nos mamamouchis bien au chaud et à l’abri de la ceinture fortifiée que représente le périphérique parisien. Rempart moderne contre la misère, reléguée au-delà de ces murailles virtuelles et bien réelles.

La « précarité énergétique » touche en réalité des propriétaires pauvres et miséreux, hors logements sociaux et généralement hors des grandes villes et grandes agglomérations.

Cette « précarité énergétique » se rajoute à la « précarité médicale », à la « précarité de la mobilité »…

Et si l’on traduisait ces « précarités » ?

Quelle est la traduction de ces « précarités » ?

Simple.

Nous parlons ici des misères que l’on a laissé se développer.

Il ne faut pas parler de la précarité énergétique mais de la misère énergétique parce que les gens n’ont plus de quoi se chauffer alors ils caillent.

Il se caillent et tremblent de froid.

Les technocrates n’ont qu’une idée… Interdire les « foyers ouverts » une expression d’imbéciles pour parler de … cheminées.  Car pour Greta et ses apôtres les cheminées cela pollue. Pas celles des usines mais celles du gueux qui tremble de froid sous les frimas de l’hiver, heureusement peu rigoureux cette année (grâce au réchauffement ?).

Cela donne ce reportage de France 3 qui, en dehors de la maladresse des mauvais mots pour décrire nos maux, a le mérite de jeter la caméra sur nos miséreux et nos nécessiteux du chauffage.

C’est en Franche-Comté que se passe ce reportage.

Mais cela pourrait être dans mon coin reculé de Normandie, où beaucoup consacrent énormément d’énergie à se procurer du bois pour se chauffer. On ne parle pas ici de l’acheter mais de le trouver gratuitement parce que l’on ne peut pas le payer.

Vous remarquerez également que l’aide est « privée » et qu’il s’agit de dons. Je discutais avec le Maire de l’une de nos petites communes du coin. Il a demandé à ses ouvriers municipaux de ramasser tous les bois de coupes ou de tailles pour les conserver… et les donner aux plus miséreux qui viennent le chercher pour l’hiver, parce que les maires, eux, savent souvent qui a du mal à joindre les deux bouts.

Ils sont nombreux.

Trop nombreux.

C’est pour cette raison qu’il faut désigner chaque chose par le mot qu’il convient.

Nous ne parlons pas de la précarité.

Nous parlons de la misère qui touche les nôtres.

On ne lutte pas de la même manière contre la précarité que contre la misère.

Il n’y a pas la même urgence à se battre contre la précarité que contre la misère.

La misère n’attend pas. La guerre des mots non plus.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Ceci est un article « presslib » et sans droit voisin, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

6 commentaires

  • bonjour

    le « poids des mots » dans chaque circonstance.

  • L’étymologie et la légende biblique du serpent et de la pomme :
    Dans l’original du livre fameux, cette histoire n’existe pas. Elle a été inventée à l’époque de la décadence gréco-romaine et a été introduite dans la version grecque faite deux siècles avant notre ère, on ne sait par qui, quoique l’on nous dise qu’elle fut faite par 70 docteurs, d’où son nom de Version des Septante.
    Il s’agissait de cacher un épisode se rapportant à la vie sexuelle. L’original disait brutalement que l’ardeur sexuelle, qui régnait dans toute la nature, tourmentait les hommes. C’est de cela qu’on fera le serpent, l’esprit tentateur qui va séduire Eve et l’entraîner avec lui, vers ses œuvres basses. Mais tout cela va être retourné : c’est la femme qui sera la tentatrice, ce n’est plus l’homme, c’est elle qui va l’inviter à mordre à la pomme de luxure.
    Pourquoi cette pomme ? Parce que, dans le texte primitif, le péché de l’homme entraîne une déchéance morale, trouble son cerveau, l’incite au mal. Tout cela est exprimé en latin par le mot « Malum ».
    Ouvrez un lexique latin et vous verrez que ce mot signifie mal, péril, fléau, calamité, malheur, châtiment, peine ; « malum habere » (être puni du plaisir) ; tort, dommage, préjudice, faute, vice, pernicieux, funeste, etc..
    Mais, si « malum » veut dire tout cela, il signifie aussi pomme. « Malum punicum », grenade ; et en général graines, semence contenue dans la pomme (Malus, arbre, pommier).
    C’est sans doute parce que cette graine, sacrifiée par l’homme, a été l’origine de toutes sortes de malheurs, que Malus (pomme) est devenu le symbole de la discorde.
    « Malum discordiæ » est la pomme de discorde qui a divisé les hommes et les femmes. Donc le pommier (Pyrus malus) sert de point de départ à toutes sortes d’équivoques, de jeux de mots. Ainsi on rapproche de Malus le mot mât parce que le mât s’élève comme l’obélisque chez les Égyptiens, où il symbolise aussi le sexe mâle.
    En persan, le mot « mul » (poire) prêtait à la même équivoque, et ce mot est resté pour désigner le sexe et la bêtise.
    Patrick Burensteinas nous explique que dans toutes les représentations alchimiques, et même symboliques au sens le plus large, le vert est la couleur du secret, de la connaissance cachée, de l’envers des choses : facile à retenir, l’envers est ce qui est en vert ! La langue des oiseaux se régale des multiples homophonies de cette couleur : dans le vert on entend aussi le verre, qui symbolise la transparence, puisque la lumière passe « à tra-vert ». Tendez l’oreille : c’est la couleur du verbe, de la vertu et de la vérité. Ce qui est tout vert est ce qui est ouvert, c’est à dire l’inverse du verrou. C’est la langue verte et fleurie des troubadours… et des trouvères. les biens nommés, qui excellaient dans l’art des messages codés.
    Finissons par rappeler que le nom de « Hiram », que l’on trouve dans la Bible, doit se lire de droite à gauche comme lisent les Hébreux et non de gauche à droite suivant L’usage des Européens : « Hiram » alors devient Maria ou plutôt Myriam. Le heth final, H, en hébreu se prononce A.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/

  • Avatar keg

    Les fauteurs de misère se gardent bien de ne pas se voter des primes de Noël et autres avantages. Ils ont raison,, ils ont et sont le pouvoir esclavagiste. Nous leur avons donné ce pouvoir.

    Du danger de s’en remettre à d’autres. Pour y remédier « organigramme-Nation-International ». 2022 sera ou ne sera pas ce que le Peuple veut, réellement!
    Les cartes sont entre nos mains. Saurons nous les jouer dans le bon ordre?

    18/01/2019 – Hebdo LXII – https://wp.me/p4Im0Q-3nR
    – Il parait que les représentants du pouvoir voudraient devenir ceux du Peuple, malgré leurs marquages à la culotte ! Sentiraient-ils venir le vent de l’Histoire ? Encore des résistants de la dernière heure, voulant se refaire une virginité d’épure hâtive….

  • Avatar Leveilleur

    C’est bien, c’est un bon geste de générosité, cependant tous les précaires ne se chauffent pas au fioul, ceux qui vivent en ville ont souvent recours au gaz par force ou à l’électricité, mais pour ceux-là pas de cadeau, une aide de 200 euros leur est octroyé au printemps pour tout l’hiver, autrement dit ce n’est pas suffisant pour l’hiver entier et la plupart se retrouve avec des impayés de factures qui s’échelonnent d’année en année.

    Pour ma petite anecdote, j’ai un ami qui a reçu une aide financière de ses parents pour payer ses factures de chauffages en retard, après avoir eu un contrôle, la CAF lui demande de rembourser le trop perçu de RSA, autrement dit si vous êtes en difficulté pour payer vos factures, ce n’est pas leur problème, même si à partir du 15 du mois il n’y a plus rien pour vivre.

    Une assistante sociale lui a dit qu’il pouvait bénéficier d’une aide financière de la communauté des communes, après avoir étudié son dossier, on lui a dit qu’il n’avait droit à rien.

    Je ne comprends pas pourquoi on propose aux gens dans la précarités une aide si au final ils n’ont droit à rien, là il faut m’expliquer. Surtout qu’ils ont bien vu que ses revenus ne lui permettaient pas de vivre et encore moins de se chauffer.

    Et bien sûr, tous ces contrôleurs qui sont payés gracieusement par nos impôts pour rechercher les fraudeurs devraient s’attaquer aux frais fraudeurs de notre société plutôt qu’aux gens qui n’ont rien, comment au 21éme siècles avec autant de richesse et tout en sachant qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, on peut encore laisser les gens dans le froid et la précarité, ce manque de compassion n’est plus acceptable.

  • Graine de piaf Graine de piaf

    Une aide de 200 euros ? tu es bien généreux, moi et d’autres que je connais ne touchons que 140 euros.