Dépossession, la 2ème contrainte qui sabote les États. Le lobbying

Le livre de Liliane Held Khawam est important, il permet de savoir et comprendre qui sont les spoliateurs/profiteurs qui dictent leurs lois aux gouvernements. Liliane nous à déjà offert des extraits de son livre Dépossession, elle récidive avec un nouvel extrait qui met en lumière tous les intervenants qui œuvrent dans l’ombre, pour s’accaparer le pouvoir et ça leur est facile face aux états soumis et à leurs marionnettes. Même si vous vous sentez impuissants, ne manquez pas de lire ce dossier, vous apprendrez que le multilatéralisme ne profite qu’à des vampires qui n’en ont jamais assez. Merci Liliane. Partagez ! Volti

******

Liliane Held Khawam

Le monde multilatéral accueille différentes sortes de partenaires dans sa gouvernance. Le partenariat multipartite vient se greffer au multilatéralisme et amène les gouvernements à inviter des partenaires privés non gouvernementaux à collaborer à la gestion du monde. Ceci inclut des banques, des hedge funds, des multinationales et leurs ONG-satellites ou autres think tanks.  C’est grâce à cette collaboration étroite que le super-État planétaire, business et financier, se forme en partenariat avec le monde des entreprises (corporate) et de la société civile (lobbies, ONG, think tanks, etc.).

L’ONU, par exemple, insiste dans son approche sur la notion de partenariat multipartite[1]. «Encourager et promouvoir les partenariats publics, les partenariats public-privé et les partenariats avec la société civile, en faisant fond sur l’expérience acquise et les stratégies de financement appliquées en la matière »[2]. Les États font  de la place à des tiers. La conséquence inéluctable en est que la position de l’État s’affaiblit au profit de puissantes entités supranationales privées, qu’il est obligé d’associer à sa gestion (partenariat public-privé).

Voici les partenaires sponsors d’évènements supra-gouvernementaux.

Des partenaires du Programme de Développement durable 2030 de l’ONU s’étaient regroupés sous la bannière Impact 2030. Nous lisions sur leur site « Our Founding Partners have conveyed their commitment to the mission of IMPACT 2030 through a meaningful donation to help establish this global initiative. These companies have also displayed a commitment to making human capital investments to impact communities around the world. Founding Partner status is retained for the 15-year duration of IMPACT 2030. » Et voilà quelques noms de sponsors de l’ONU:

Ainsi donc Dow et Chevron, 2 pollueurs célèbres de la planète, sont engagés dans ce fameux programme planétaire qui révolutionne chaque recoin de la vie. De fait, toutes les entreprises globales sont engagées dans ce juteux projet qui promeut le business vert.

La chose est officielle et légalisé par des textes de lois supranationaux tels que ceux de l’ONU ou de l’OMC. Du coup, la souveraineté de l’État est remisée, et l’avènement au cœur de la gouvernance politique mondiale d’organisations commerciales (les multinationales de la finance par exemple) et non commerciales (telles que Open Society Foundation de George Soros, ou celle de Bill et Melinda Gates)  est entériné.

Voici un exemple de mise en place du principe du partenariat multipartite au niveau local. Il est suisse. « Les cantons, les partis politiques et les milieux intéressés sont invités à se prononcer sur les actes législatifs importants et sur les autres projets de grande portée lors des travaux préparatoires, ainsi que sur les traités internationaux importants[3]. » Les milieux intéressés, que sont les entreprises d’un certain poids et la société civile, peuvent ainsi être représentés par des lobbies de manière tout à fait officielle. Nous pouvons considérer dès lors que les décisions sont prises conjointement entre les États, leurs partenaires privés souvent issus du marché financier globalisé, et la société civile.

Dans le cas de la Suisse, les rapports, que des experts émettent, semblent influencer de manière décisive les autorités fédérales, et en particulier le Conseil fédéral. Dans le cadre d’une « stratégie Santé2020 », un rapport[4] d’experts venus de 4 pays différents (10 Suisses sur 14 participants) semble être devenu une sorte de feuille de route du représentant officiel de la démocratie pour réformer le secteur. Par ce dispositif, les consultations ne se limitent plus aux seuls élus locaux, mais s’élargissent à des experts-technocrates venus de l’étranger.

C’est donc tout naturellement que les lobbies s’installent dans l’espace public afin de fournir les informations nécessaires aux élus. Récemment, un élu suisse au Conseil national admettait recevoir d’un grand assureur quelques milliers de francs d’indemnités lors de certaines séances de travail. Ces pratiques, qui choquent encore les populations, sont pourtant celles de la nouvelle gouvernance.

Dans le monde du lobbying, la palme revient à la haute finance internationale. A Bruxelles, par exemple, une puissante présence, organisée de manière systémique et en réseaux, infiltre les lieux (cf annexe).

Voici quelques graphiques tirés d’une étude sur les lobbies de la finance à Bruxelles. Nous y voyons la puissance de la pénétration de l’espace dirigeant européen. Ceci a fait dire à certains que l’Union européenne est l’espace politique de la haute finance internationale.Rencontres et séances se tiennent sur des bases régulières entre les représentants politiques et ceux qui défendent les intérêts du marché.

Les lobbies de la haute finance sont de loin les plus représentés. Leur force de frappe est écrasante…

Leur toile enserre puissamment les institutions européennes…

Écrasante présence de lobbyistes britanniques

Exemple du réseau de lobbying de la Deutsche bank

La dépense ? En 2014, on comptabilisait 120 millions d’euros annuels, recensés par Corporate Europe Observatory pour un effectif de 1’700 collaborateurs. Evidemment les JP Morgan, Goldman Sachs et autres Citigroup y sont dignement représentés. A relever la forte présence britannique qui s’élève à 140 lobbies sur les 700 recensés[5].

Parler du lobbying à Bruxelles nous oblige à parler de Business Europe[6]. Mastodonte du lobbying, cette organisation qui regroupe entre autres Bayer, BMW, Google, Microsoft, Shell, ou Total a tenu 170 réunions de lobbying avec l’élite de la Commission (commissaires, proches collaborateurs, hauts fonctionnaires) entre décembre 2014 et novembre 2017. Il faut dire qu’il revient à la Commission européenne de rédiger les projets législatifs, de veiller à leur mise en œuvre et d’établir l’agenda politique de l’UE.

Une étude[7] très intéressante a été réalisée en 2011 sur les 50 entreprises qui avaient dépensé le plus pour du lobbying par rapport à la valeur de leurs actifs. Il y était révélé que le retour sur investissement était simplement spectaculaire et comparable aux gains réalisés par un hedge fund de haut rendement.

[1]Partenariats multipartites, in Programme de développement durable de l’ONU pour 2030, Extraits de l’objectif 17, point17.17

[2]Le texte de base a été admis par tous les pays adhérents à des organismes tels que l’OMC, l’ONU, mais aussi aux diverses unions douanières ou de zones de libre-échange. De multiples textes constitutionnels le préconisent.

[3] Art. 147 Procédure de consultation, Constitution suisse

[4] Août 2017

[5] « Comment le lobby financier pèse sur Bruxelles », Le Monde, Avril 2014

[6] « Voici Business Europe le plus puissant lobby de Bruxelles », corporateeurope.org

[7] « The outsized returns from lobbying », Brad Plumer, octobre 2011

Annexe

Dans le cadre de la COP 21, nous trouvions des sponsors dont les activités n’ont certainement pas été célébrées comme respectueuses de la planète. Mais comme l’argent n’a pas d’odeur…

http://multinationales.org/Lobby-Planet-Paris-cartographie-d-une-COP21-sous-influence

Le texte ci-dessus appartient au dossier Dépossession, quelques astuces qui ont permis l’accaparement des richesses financières et monétaires mondiales.

Ce dossier est une compilation d’extraits de :