Le Vaucluse envisage de détruire une ferme pionnière en agro-écologie…

Et on nous parle d’écologie, de préservation de la nature, d’une agriculture responsable, etc.. C’est le paradoxe, beaucoup de parlotte dans l’incitation à l’installation de jeunes agriculteurs bio, et on refuse l’installation à d’autres déjà sur place et porteurs d’un projet pérenne, qui ont fait leurs preuves, quitte à faire capoter ce beau projet. On marche sur la tête dans ce pays. Partagez ! Volti

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Sophie Chapelle pour BastaMag

Une lourde menace pèse sur une ferme pionnière en agroécologie, située dans la zone péri-urbaine d’Avignon. Les cinq hectares de terres sur lesquels la ferme de la Durette se développe depuis dix ans appartiennent au Conseil départemental du Vaucluse. Ce dernier envisage de vendre le terrain. Les élus de la majorité – le département est présidé par Maurice Chabert (Les Républicains) – n’auraient pas, pour l’instant, retenu l’offre du collectif qui fait fonctionner cette ferme pilote. Résultat, des locaux situés en plein centre de cette ferme pourraient être vendus au Syndicat mixte d’électrification du Vaucluse, et les terres à un voisin en agriculture hors-sol. Alors que les élus doivent délibérer sur cette vente le 23 novembre, les porteurs du projet alertent : « cette vente empêcherait l’installation des trois jeunes avec le statut d’agriculteurs ruinant définitivement l’ensemble du projet ».

Les trois jeunes agriculteurs en question, ce sont Julien, Maxime et Raphaël. « Pour nous, l’histoire avait pourtant bien commencé », relatent-ils. En 2010, le Groupement régional d’agriculture biologique (Grab) souhaite élaborer des projets de recherche pour répondre à la question suivante : quels systèmes agricoles pour demain ? C’est de là que naît la ferme pilote en agroforesterie, associant des légumes, des arbres fruitiers, des volailles, des bandes fleuries et des haies sur une même parcelle.

Concevoir des fermes plus résistantes au changement climatique

Des agriculteurs, des chercheurs de l’Institut national de recherche agronomique et des experts de la Chambre d’agriculture s’associent alors à la démarche pour concevoir un système de verger-maraicher. « L’hypothèse de recherche est que l’augmentation de la biodiversité peut permettre d’être plus résilient pour gérer les maladies et les ravageurs (moins traiter) et l’adaptation au changement climatique », expliquent les porteurs de projet qui misent également sur la réduction de la consommation d’eau. Des agriculteurs doivent donc s’installer pour tester en condition réelle ce verger-maraicher, avant d’encourager son développement à plus grande échelle.

Depuis le lancement de la ferme agro-écologique il y a dix ans, plus de 500 000 euros de financements publics et privés ont été obtenus pour installer, rénover, planter et acheter du matériel agricole. Le projet prend de l’ampleur en 2014 grâce à une convention de mise à disposition de cinq hectares de terres octroyées par le département pour une durée de 20 ans. Les premiers arbres fruitiers sont plantés.

Augmentation des populations d’oiseaux et d’abeilles sauvages

Aujourd’hui, la ferme fonctionne avec quatre hectares de verger maraîcher et tunnels en production. L’installation de Julien, Maxime et Raphaël, tous trois en couveuse d’entreprises, est prévue en 2019. Ils approvisionnent d’ores et déjà chaque semaine 80 familles avec des paniers de légumes et fruits bio. Ils prévoient de doubler voire tripler ce nombre d’ici quatre ans. Les suivis sont assurés par quinze techniciens et chercheurs, et les premiers indicateurs de biodiversité indiquent une augmentation des populations d’oiseaux et d’abeilles sauvages comparativement aux systèmes agricoles plus classiques. « Tous accordons une importance particulière à faire la démonstration que les systèmes agro-écologiques locaux sont une des solutions pour l’avenir », explique Raphaël.

Mais au printemps 2018, la mauvaise nouvelle tombe. Le site est mis en vente pour 600 000 euros. La foncière Terre de Liens, dont la vocation est d’acquérir des terres agricoles afin de sécuriser l’installation d’agriculteurs sur le long terme, s’associe au Grab pour faire une proposition d’achat. Celle-ci n’est pas prise en compte par le Président du département et sa majorité de droite qui la juge « peu claire et tardive ». Concrètement, si les terres sont vendues à d’autres acquéreurs, les trois jeunes paysans auront pour seule garantie de pouvoir louer les terres sur une durée de quinze ans. Au-delà de cette date, les acquéreurs pourront utiliser comme ils veulent ces terres. « Un projet avec des arbres fruitiers ne se raisonne pas à l’échelle de quinze ans. Pour ces trois jeunes paysans, c’est un projet de vie ! », souligne Kristell Gouillou, de Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

« Il serait inadmissible et incohérent de faire capoter ce projet »

Des élus verts et communistes ont déjà fait savoir qu’ils se prononceront contre la vente de ces terres à « une agriculture hors sol » et au syndicat d’électrification de Vaucluse. « Le Grab s’est installé à Avignon depuis le début des années 1990 », fait valoir Europe Ecologie-Les Verts. « Il est temps vu la demande en France de solutions sur les alternatives aux pesticides, de leur donner beaucoup plus de moyens pour conduire ces études scientifiques sur l’agriculture bio et le maintien de la biodiversité. Il serait donc inadmissible et incohérent de faire capoter ce projet en cours de ferme bio expérimentale soutenu par les autorités scientifiques de l’INRA et d’autres collectivités territoriales. »

Cette vente intervient alors que le Plan agricole territorialisé de la communauté d’agglomération du Grand Avignon, encourage l’installation des jeunes agriculteurs pour un approvisionnement local et bio. Le Vaucluse vient par ailleurs de s’illustrer dans le palmarès de la vente des pesticides en 2017 dressé par Générations Futures. Les trois jeunes agriculteurs, et leurs soutiens, demandent le report du vote de la cession programmé le 23 novembre, afin que leur offre soit enfin considérée. Une pétition est en ligne et sera adressée aux organismes impliqués dans la vente du domaine.

Sophie Chapelle pour BastaMag

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