Matthieu 16:25 et les écrans….

Sylvain Rochex de Déscolarisation.org que l’on ne présente plus, nous invite à réfléchir sur l’impact des écrans sur notre quotidien. Vos avis et critiques sont attendus. Partagez ! Volti

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Auteur Sylvain Rochex pour Déscolarisation.org

« Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera » (Matthieu 16:25)

L’écran fait écran entre soi et la réalité. L’écran n’est rien qu’une barrière de protection et c’est pour cela que nous les utilisons de façon démesurée. L’écran est cette possibilité d’accéder à des choses qui ne menacent en rien notre vie. L’écran, c’est le culte de l’innocuité, du sans douleur. L’écran, c’est la même chose que la barrière installée au zoo entre soi et les singes capucins.

L’écran, c’est le refus de vivre.

Voici sur mon écran : une photo de mon cousin, une vidéo d’un guépard, une conversation SMS, un tutoriel sur le fendage du bois,… Me voilà à l’abri de mon cousin, du guépard, de Magalie avec qui j’échange des SMS et de l’enseignant qui me montre comment on fend du bois. J’accède à eux et j’en prends un peu, le si peu qui peut passer par écran. Si je voulais en prendre plus et qu’ils m’en prennent aussi, ça se passerait forcément sans écran. Mais je me contente de ce que l’écran me fournit car l’écran me donne aussi en même temps la protection. Car ce qui compte pour moi avant tout, c’est de protéger ma vie, de ne rien risquer.  Cet universel usage morbide des écrans convoque directement le passage évangélique Matthieu 16:25 sus-mentionné.

Voici un frère et une sœur âgés de 8 et 6 ans dans une pizzéria. Ils ont pris les smartphones de Papa et Maman et ils se divertissent en regardant plein d’images (photos, vidéos etc.). D’un bout à l’autre, ils restent amusés, rigolards. Ce qu’ils voient sur l’écran leur provoque uniquement des émotions douces et calmes majoritairement positives : des rires souvent. Ils ont aussi un pouvoir de commentaires spontané infini à propos de ce qu’ils voient. Ils sont inconsciemment protégés de ce qu’ils voient et ce qu’ils voient est protégé d’eux (pas de relation). Il est intéressant de tenter d’imaginer quels seraient leurs comportements, leurs émotions, leurs états intérieurs si tout ce qu’ils voyaient sur cet écran leur était proposé en réalité et, surtout, en relation, en médiation directe avec eux. Basculant en médiation directe, ils découvriraient la vérité de l’assertion biblique Matthieu 16:25 : il découvrirait ce qu’est vraiment la Vie, c’est-à-dire la véritable intensité des choses, la vraie puissance créatrice du monde. Ils se découvriraient humbles parmi les humbles (de Humilis, « près de la terre »). Ils découvriraient à quel point ils n’ont pas prise sur les choses et que leur existence n’est pas garantie, mais ils découvriraient en même temps toute l’étendue de la beauté, toute la vérité de ce qui est. Ainsi, en ne cherchant plus à protéger leur vie, ils trouveraient la Vie. Mais ils ne veulent pas la Vie.

Le phénomène des écrans me passionne car je le trouve qu’il est un des marqueurs les plus évidents de l’Apocalypse dans lequel nous sommes. Il faut souvent rappeler que l’Apocalypse, c’est la révélation, c’est le moment où les erreurs des hommes sont révélés aux hommes. C’est le moment où la vérité, déjà venue, qui fut mise en attente, commence à sortir de son silence car elle se met enfin à coïncider avec le réel. Ce moment où l’erreur, enfin débusquée, mise à nue sans être dissimulée à nouveau, convoque la vérité. Eh bien cette vision de l’homme sur écran qui protège continuellement sa vie et la perd, contient un bon morceau de la révélation : La révélation à propos de ce que nous faisons mal, de ce que nous ne devons plus faire et de ce que nous devons faire. Quoi faire donc ? Prendre le risque de perdre sa vie en arrêtant de vouloir l’assurer et ainsi trouver la Vie, conformément à Matthieu 16:25. De ce point de vue là, l’argent est de même nature que les écrans (et inversement), mais jusqu’à la fin du XXème siècle il y avait déjà l’argent mais pas encore les écrans : c’est que nous poursuivons notre lente descente vers la Révélation.

Et il y a bien-sûr tous les autres objets techniques, toutes les autres prothèses, qui servent à protéger notre vie, en nous évitant de « faire des efforts ». Et nous ne voyons pas, ou toujours trop tard, que toutes ces protections engendrent, chacune, une atrophie : une zone où la Vie n’est plus nourrie et finit par mourir.
Certaines inventions opèrent des atrophies qui appellent directement les ténèbres les plus denses qui soient car c’est l’Esprit qui n’est plus nourri. L’argent est l’une d’elles, les écrans aussi car ils attaquent le cœur de la Vie-même qui peut prendre plusieurs noms : la relation, la médiation, la bonne distance, l’unité de l’un et du pluriel, l’amitié, la philia. On pourrait aussi ajouter le nom de Metaxu (ce qui sépare et relie à la fois) tant cette Idée de la relation n’omet pas la notion de frontière, mais la frontière du Metaxu n’a absolument rien à voir avec l’écran. L’écran est un mur physique qu’on surajoute à tous les Metaxu déjà présents ici-bas au service de « la bonne distance ». Le créateur a déjà prévu ces fertiles Metaxu au service de l’harmonie : en surajouter ne fait que rompre « la bonne distance » initiale.

Vous pouvez, avec tous vos outils, atrophier vos jambes et votre marche en prenant la voiture ; vous pouvez atrophier vos pieds en mettant des chaussures, vos yeux en mettant des lunettes, votre sens de l’orientation avec votre GPS, et tant d’autres choses encore tout en conservant encore un peu de lumière, mais vous n’arrêterez plus la course des ténèbres en atrophiant la relation et la médiation, en mettant entre vous et autrui, entre vous et le réel, un écran, car la relation, c’est cœur profond de la Vie, son dernier bastion. (Sur le même thème : l’Article « L’organisation mondiale de la lâcheté, le tout écran« )

Sylvain Rochex, 17 août 2018

3 commentaires

  • C’est un sujet qui va beaucoup plus loin que les écrans, en effet…
    Plusieurs cas:
    – les enfants qui sont nés avec un écran dans les mains (j’exagère à peine), sont intoxiqués sans aucune autre référence. Ils ne cherchent pas à échapper à quoi que ce soit. Comme ils sont vaccinés (= re-intoxiqués), ils ne connaissent rien d’autre.
    – Une fois jeunes filles et jeunes gens, ils ont l’instinct d’aller voir les copains, par les relations ne peuvent pas se construire sans les objets connectés. Ils sont déjà dans un monde virtuel et ne font, dans la vie réelle, que sur-vivre. On devrait dire sous-vivre.
    – les adultes qui n’ont pas connus cette intoxication: c’est souvent un autre problème. La vie a énormément changée. L’écran devient un écran contre la solitude, un écran contre la frustration, contre l’insatisfaction d’une vie à laquelle on ne sait plus donner de sens. En avait-elle « avant » ? Avant, on n’avait pas le temps de se poser la question du sens de la vie. On bossait jusqu’à ne plus pouvoir, jusqu’à ce que les mains se tordent d’arthrose, ou que le dos soit si cassé qu’on ne peut plus que regarder le sol. Ou jusqu’à la tombe.

    Maintenant, nous avons du « temps libre » et une retraite. Retraite non construite, non créative. La famille est décomposée, chacun vit dans l’angoisse du lendemain. Alors on cherche à s’échapper. Mais l’écran est aussi un lien, faute de lien réel, ou trop difficile à gérer.

  • Leveilleur

    Comme dans tout il y a du bon et du mauvais cependant les enfants qui sont sur des écrans à longueur de journée n’ont pas la facultés de discerner et c’est le rôle des parents de limiter les écrans pour ne pas que l’enfant s’y perde dedans, à moins d’avoir à faire à des parents qui sont bien content que leurs progénitures s’y retrouvent souvent pour goûter un instant de tranquillité.

    Le virtuel est une pensée froide, automatisée, dénuée d’émotionnel, robotisée qui nous coupe de notre âme et je crains fort qu’à la longue les esprits qui sont trop souvent sur écran ne fassent plus la différence entre la réalité et le virtuel, je pense au contraire qu’il faut encourager les enfants à avoir des activités ludiques, créatives qui fassent marcher leur imagination et développent leurs inventivités, ce que le virtuel ne fait pas.

  • boco

    Introduction par un « commentaire biblique » … Vive les écrans ! …
    Il n’y a pas à hésiter.