OTAN 2030: «Il faut stopper ce train fou avant qu’il ne soit trop tard!»

Source Observateur Continental via R-I

Dans une lettre ouverte à Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, plusieurs haut gradés de l’Armée regroupés au sein du Cercle de Réflexion interarmées s’insurgent contre le projet OTAN 2030 qui affaiblit la souveraineté de la France selon eux.

Le général (2S) Dominique Delawarde – Ancien chef «Situation-Renseignement-Guerre électronique 19» à l’Etat-major interarmées de planification opérationnelle, écrit «personnellement, je suis de ceux qui en approuvent totalement les termes», «de toute façon, l’OTAN, son secrétaire général et les chefs des Etats membres de l’OTAN doivent comprendre que ce n’est pas avec des généraux qui ne croient pas en la stratégie qu’on leur propose que l’on gagnera un bras de fer ou un conflit ouvert contre un ennemi fabriqué de toute pièce au plus grand bénéfice de l’empire américain».

Le jeudi 18 février 2021 l’étude OTAN 2030, produite à votre demande, vous [Jens Stoltenberg] a été présentée. Elle indique ce que doivent être les missions de l’OTAN pour les dix prochaines années. D’entrée, il apparaît que toute l’orientation de l’OTAN repose sur le paradigme d’une double menace, l’une russe, présentée comme à l’œuvre aujourd’hui, l’autre chinoise, potentielle et à venir. Deux lignes de force majeures se dégagent de cette étude. 

La première, c’est l’embrigadement des Européens contre une entreprise de domination planétaire de la Chine, en échange de la protection américaine de l’Europe contre la menace russe qui pèserait sur elle. 

La deuxième, c’est le contournement de la règle du consensus, de plusieurs manières: opérations en coalitions de volontaires ; mise en œuvre des décisions ne requérant plus de consensus ; et surtout la délégation d’autorité au SACEUR (Commandant suprême des Forces alliées en Europe, officier général américain) au motif de l’efficacité et de l’accélération de la prise de décision.

Mais la lecture de ce projet OTAN 2030 fait clairement ressortir un monument de paisible mauvaise foi, de tranquille désinformation et d’instrumentalisation de cette «menace Russe», «menace» patiemment créée puis entretenue, de façon à «mettre au pas» les alliés européens derrière les Etats-Unis, en vue de la lutte qui s’annonce avec la Chine pour l’hégémonie mondiale.

C’est pourquoi, Monsieur le secrétaire général, avant toute autre considération sur l’avenir tel qu’il est proposé dans le projet OTAN 2030, il est important de faire le point sur les causes et la réalité de cette menace russe, par les quelques rappels historiques ci-dessous. 

En effet, l’histoire ne commence pas en 2014, et c’est faire preuve d’une inébranlable mauvaise foi historique concernant les relations euro et américano-russes, que de passer en une seule phrase (au tout début du paragraphe «Russie») directement du «partenariat constructif» lancé par l’OTAN au début des années 90 à l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, comme s’il ne s’était rien passé entre 1991 et 2014, entre «la gentille Russie» de l’époque, et le méchant «Ours russe» d’aujourd’hui.

C’est bien l’OTAN qui, dès les années 1990, s’est lancée à marche forcée dans son élargissement vers l’est, certes à la demande des pays concernés, mais malgré les assurances données à la Russie en 1991 lors de la signature du traité de Moscou, et qui d’année en année a rapproché ses armées des frontières de la Russie, profitant de la décomposition de l’ex URSS.

C’est bien l’OTAN qui , sans aucun mandat de l’ONU, a bombardé la Serbie pendant 78 jours, avec plus de 58 000 sorties aériennes, et ceci sur la base d’une vaste opération de manipulation et d’intoxication de certains services secrets de membres importants de l’Alliance, (le prétendu plan serbe Potkova et l’affaire de Racak ), initiant ainsi, contre toute légitimité internationale, la création d’un Kosovo indépendant en arrachant une partie de son territoire à un état souverain, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, humiliant ainsi la Russie à travers son allié serbe.

Ce principe serait-il à géométrie variable, lorsqu’il s’agit de la Crimée composée à plus de 90% de Russes, et rejoignant la Russie sans un coup de feu?

C’est bien l’OTAN qui en 2008, forte de sa dynamique «conquête de l’est», refusa la main tendue par la Russie pour un nouveau Pacte de Sécurité européen qui visait à régler les conflits non résolus à l’est de l’Europe (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), en échange d’une certaine neutralité de la Géorgie, de l’Ukraine, de la Moldavie – c’est à dire de l’immédiat «hinterland» russe – vis-à-vis de l’OTAN.

Et c’est toujours avec ce même esprit conquérant, perçu comme un réel étranglement par la Russie, qu’il a été choisi, en 2010, d’encourager les graves troubles de «l’Euromaidan», véritable coup d’ Etat qui a abouti à l’élimination du président ukrainien légalement élu, jugé trop pro-russe, en vue de continuer la politique de rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN.

La lettre continue sur l’architecture globale de défense antimissile balistique en Europe (BMDE), les sites de lancement des missiles antimissiles balistiques (ABM), en contradiction flagrante avec le traité INF, l’entreprise de séparation de la Russie avec l’Europe, patiemment menée au fil des années, et accuse l’OTAN, sous l’autorité constante des Etats-Unis, en donnant les exemples, de toujours élaborer une stratégie antirusse primaire pour arriver à cet objectif. 

Comme le général (2S) Dominique Delawarde, l’explique, «ce texte court et percutant représente aussi la position de très nombreux généraux français tenus, pour certains, au devoir de réserve». C’est, donc, une lettre à lire en entier pour comprendre la situation géopolitique qui scelle le destin de la France, notamment, via l’OTAN vis à vis de la Russie. C’est aussi un signal venant de militaires français qui voient le danger poindre à l’horizon si rien n’est fait pour revenir sur des bases saines avec la Russie et d’autres nations. 

Grégoire Diamantidis, Général de Brigade aérienne (2S), pour Cercle de réflexion interarmées (CRI)

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Source: https://reseauinternational.net/otan-2030-il-faut-stopper-ce-train-fou-avant-quil-ne-soit-trop-tard/ 

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