Le Printemps arabe arrive en hiver

Source Observateur-Continental

Les manifestations, qui ont éclaté au Liban en raison d’un nouveau confinement décrété à cause de la pandémie, ne cessent pas depuis une semaine. Au cours de cette période, les affrontements avec les forces de l’ordre ont fait plus de 400 blessés et un mort. Il y a eu également des victimes pendant les manifestations en Tunisie. Dans ces deux pays les autorités en accusent les provocateurs et les instigateurs. 

La semaine de manifestations à Tripoli, au Nord du Liban, a fait plus de 400 blessés, dont plus de 10 policiers et près de 70 enfants, ainsi qu’un mort. C’est l’une des villes les plus pauvres du pays, et les manifestations y éclatent constamment. Cette fois le prétexte était un nouveau confinement, décrété d’abord par les autorités du 14 au 25 janvier, puis prolongé jusqu’au 8 février sur fond d’un des taux de morbidité par habitant les plus élevés dans le monde. 

La pandémie de coronavirus et le confinement ont achevé l’économie libanaise déjà délabrée. L’été dernier déjà les experts de l’Onu faisaient remarquer que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans le pays en 2020 a pratiquement doublé en un an et a dépassé 55% dans une population d’environ 6 millions d’habitants. Le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême a triplé en passant de 8% à 25%. D’après le Fonds monétaire international, le PIB du Liban a chuté en 2020 de 25%, alors que les prix notamment de la farine et du pain ont augmenté de 144%. 

Les institutions financières internationales attendent l’apparition au Liban d’un gouvernement capable de mener les réformes nécessaires, mais les politiques libanais n’arrivent pas à trouver un compromis depuis presque six mois. 

D’autres régions du pays ont soutenu Tripoli, où les protestations ont rapidement dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre et en saccagements des établissements administratifs. Vendredi, le président libanais Michel Aoun a appelé les forces de sécurité à arrêter « tous les instigateurs qui se sont infiltrés parmi les manifestants pacifiques et qui ont provoqué les émeutes à Tripoli » et à enquêter sur toutes les circonstances des « casses et des incendies des établissements ». Le ministre de l’Intérieur Mohammed Fahmi a déclaré que les « émeutes de Tripoli » résultaient des provocations qui n’avaient rien à avoir avec la « révolution des affamés ». 

En parallèle, le weekend dernier, des manifestants ont protesté à Beyrouth devant les résidences des politiques influents, dont Mohammed Fahmi, en exigeant de libérer les personnes interpellées. Les activistes ont écrit sur les murs des maisons et sur les routes des quartiers habités par des Libanais influents:  » Notre sang est votre responsabilité. » Ce hashtag devient également populaire sur les réseaux sociaux. 

Tout comme au Liban, les manifestations tunisiennes ont d’abord éclaté dans les quartiers les plus pauvres. Et ce malgré le couvre-feu décrété à cause de la pandémie de coronavirus. Ce pays considéré comme l’exemple le plus remarquable de la victoire du Printemps arabe ne parvient pas à surmonter les problèmes économiques, le taux de chômage parmi les jeunes a dépassé 30%, et le taux de pauvreté est supérieur à 20%. La situation s’est aggravée davantage avec la pandémie, notamment à cause d’une chute des revenus touristiques. Alors que les gouvernements se succèdent dans le pays, le Fonds monétaire international (FMI) a appelé mi-janvier la Tunisie à mettre au point un plan de réformes pour stabiliser l’économie. 

Les autorités ont tenté d’entamer un dialogue avec la population en colère, en reconnaissant le droit de manifestation pacifique et en condamnant ceux qui organisent des émeutes et des pillages. Sur ce point, malgré les différends intérieurs, les politiques tunisiens sont unanimes. Ainsi, le président du parlement et le chef du parti islamiste Ennahda Rached  Ghannouchi a noté la semaine dernière que les jeunes manifestants étaient une victime de l’effondrement du système éducatif et social, tout en soulignant que le suivi de ces jeunes et leur retour à la vie normale devaient devenir un devoir de l’Etat avec le soutien de la société civile. Ces propos ont été entendus par les manifestants. Lors d’une marche de protestation samedi dernier ils ont scandé des slogans non seulement contre la police, mais également contre Rached Ghannouchi. Le dialogue a échoué.

Alexandre Lemoine

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Un commentaire

  • Quand on n’a rien à perdre… Ils nous montrent l’exemple, comment se sacrifier pour sauver -peut-être – la peau des autres. La violence, bien sûr. C’est bête de devoir en arriver là car ce n’est pas voulu, c’est une explosion, c’est tout.
    Nous avons sans doute encore quelque chose à perdre…