Le nouveau patron de la CIA changera-t-il la vision américaine de la Russie?

Source Observateur-Continental

L’ancien ambassadeur américain à Moscou, William Burns, deviendra le nouveau directeur de la CIA. C’est ce qu’a annoncé le président élu Joe Biden. William Burns, connu comme un partisan de la détente dans les relations avec la Russie, était considéré encore récemment comme candidat au poste de secrétaire d’Etat. Sachant que c’est un diplomate de carrière qui n’a jamais été directement lié à la CIA. Alors pourquoi Joe Biden a-t-il décidé de l’envoyer à Langley?

Après son investiture, Joe Biden avancera au poste de directeur de la CIA l’ancien ambassadeur à Moscou William Burns. C’est ce qu’a annoncé le site de l’équipe de transition du président élu des Etats-Unis. Il était également prévu de nommer ce diplomate au poste de secrétaire d’Etat, qui a été finalement proposé à Antony Blinken. Rappelons que ce dernier s’est distingué en appelant à contenir la Russie sur tous les fronts. 

A en croire la biographie officielle, William Burns n’a rien à voir avec l’espionnage. Ce qui n’est pas le cas de la directrice actuelle du siège de Langley, Gina Haspel. Si la candidature de William Burns était validée, il deviendrait le premier diplomate de carrière à la tête de l’une des plus grandes agences de renseignement du monde. 

Le futur directeur éventuel de la CIA est né à Fort Bragg, Caroline du Nord, de facto dans la garnison de la plus grande base américaine, dans la famille d’un officier qui a gravi les échelons jusqu’au grade de général de division. Il a obtenu son premier diplôme en histoire et un doctorat en relations internationales à Oxford. Diplomate depuis 1982. William Burns était au départ spécialisé en Moyen-Orient et en Iran. Le diplomate a été ambassadeur en Jordanie de 1998 à 2001, conseiller du secrétaire d’Etat pour le Moyen-Orient. La Russie est devenue sa seconde spécialité. 

Il a dirigé la mission diplomatique à Moscou de 2005 à 2008, pendant la présidence de George W. Bush. Le diplomate parle couramment arabe et russe. Depuis 2015, formellement il ne travaille pas dans la fonction publique et dirige la Fondation Carnegie pour la paix internationale. 

La carrière de William Burns montait en flèche sous les présidents démocrates. A l’époque de Bill Clinton le diplomate occupait le poste de conseiller spécial des secrétaires d’Etat Warren Christopher et Madeleine Albright. Après l’élection de Barack Obama il a été secrétaire d’Etat par intérim (pendant la transition d’un mois entre Condoleezza Rice et Hillary Clinton). On estime qu’avec sa connaissance de la Russie William Burns a fait partie de ceux qui ont persuadé la Maison Blanche de « redémarrer » les relations avec Moscou. 

Par la suite, sous la présidence de Barack Obama, William Burns a été le premier sous-secrétaire d’Etat, avant d’être remplacé par Antony Blinken, candidat actuel au poste de secrétaire d’Etat. Les experts pensent maintenant que Joe Biden fait venir au pouvoir un groupe de diplomates dont il supervisait de près le travail pendant la préparation de l’accord nucléaire très difficile avec l’Iran. Il est question d’Antony Blinken, de William Burns et de Jake Sullivan, qui pourrait être nommé au poste de conseiller du président à la sécurité nationale. Le retour d’un pragmatique et d’un connaisseur de la Russie à un poste clé à Washington pourrait témoigner d’une disposition à améliorer les relations avec Moscou. 

Mais des questions se posent quant aux motifs de sa nomination précisément à Langley. Si William Burns était nommé secrétaire d’Etat, cela aurait été un geste notoire de réconciliation avec la Russie. Ou s’il était devenu secrétaire du Conseil de sécurité nationale pour en faire un organe influent, tel qu’il l’était à l’époque d’Henry Kissinger. 

L’étrange nomination de William Burns à Langley indique seulement que Joe Biden veut transformer cette structure purement d’espionnage en politique – « travailler davantage à travers une analyse de toutes les informations ouvertes en provenance d’autres pays, dont la Russie, des publications, des émissions des chaînes officielles et d’opposition qu’avec des micros installés dans des arbres ». 

La nomination de William Burns est un signal clair que le dossier russe reste prioritaire pour Washington. La Chine était l’ennemi principal pour Donald Trump, et la Russie était seconde. C’est l’inverse pour Joe Biden. C’est la raison pour laquelle pendant sa campagne ce dernier qualifiait la Russie d' »ennemi principal », tout en appelant la Chine « concurrent principal ».

Alexandre Lemoine

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