Vous avez dit écologie ? « Avant de jouer au lanceur d’alerte, réfléchissez-y à dix fois. » ..

Aux grands maux les grands remèdes dit-on mais, malgré les assurances « la main sur le cœur » de nos dirigeants pour préserver la planète, il y a la triste réalité, avec les gros bonnets de l’industrie, qu’elle soit chimique, industrielle, bancaire ou gouvernementale, qui font du n’importe quoi en toute impunité, quitte à ruiner la vie de ceux qui lancent les alertes et avertissent l’opinion publique. On l’a vu avec Snowden, Assange, Maning, Claire Séverac et d’autres, on pourrait rajouter deux noms, ceux de L’agronome Louis Robert et celui de Karim Ben Ali, tous ont vu leur vie basculer après avoir dénoncer des pratiques dangereuses ou, plus que discutables. Partagez ! Volti

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Source L’Express par Émilie Ton

Alerte/Pixabay

La vie ruinée de Karim Ben Ali, lanceur d’alerte à ArcelorMittal

L’intérimaire Mosellan voulait dénoncer la pollution des sols par ArcelorMittal. Après une dépression et un burn-out, il se retrouve à son tour sur le banc des accusés.

Si c’était à refaire, il s’abstiendrait. « Cette affaire m’a beaucoup trop coûté, souffle Karim Ben Ali, en touillant nerveusement son café. « J’ai perdu toute confiance en moi et plus personne ne veut m’employer. » L’ancien chauffeur de camion le sait : son procès est celui d’un petit face aux grands.

Et lui, cet homme dont le souci principal est l’avenir de ses enfants, a déjà trop payé. Ni écolo, ni engagé, l’intérimaire mosellan avait accepté de travailler en décembre 2016 pour un sous-traitant d’ArcelorMittal, l’un des principaux employeurs de la région, avec l’espoir de pouvoir offrir une console de jeux à son aîné. A l’époque, il n’avait pas idée des missions qui lui incomberaient. Remplir des cuves, conduire le camion, les vider à l’endroit indiqué. Mais interdiction de divulguer leur contenu, ni de communiquer publiquement sur ces substances déversées dans un crassier, au beau milieu de la forêt de Marspich. 

« Lanceur d’alerte » : il n’a appris ce mot qu’après avoir perdu son énergie et sa santé. Et, peut-être bientôt gagné une ligne sur son casier judiciaire. Le 8 janvier dernier, cet homme de 37 ans a proféré des menaces à l’encontre du géant de l’acier. Ce mardi, le jugement sera rendu par le tribunal de Thionville (Moselle). « Un comble » pour Karim Ben Ali qui a lui-même déposé plainte en décembre pour mise en danger d’autrui contre ArcelorMittal, déjà condamnée pour pollution de l’air à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), avec l’espoir « de faire connaître la vérité ». 

De l’acide, en plein milieu de la forêt ?

Il y a deux ans encore, ce père de famille est un parfait anonyme, embauché en intérim par une filiale de Suez Environnement pour transporter les déchets produits par les aciéries de Florange. Mais quelque chose l’inquiète dans ces chargements qu’il doit conduire au crassier de Marspich, à quelques kilomètres de là. Lorsqu’il ouvre les vannes de sa citerne, un liquide jaune fluorescent s’écoule. Il s’en dégage une fumée étrange, irritante. Les bons de livraison délivrés par les salariés de l’usine indiquent « boue de fer » ou « boue d’épuration ». À l’ombre des hauts-fourneaux bientôt démantelés, à mesure que le produit chimique s’écoule sur le sol terreux de cette fosse dissimulée par la forêt, il voit des rochers éclater. Le soir, lorsqu’il rentre chez lui, ses yeux sont rouges et il saigne parfois du nez. …/….

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Source l’Express

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Auteur Gérard Monpetit pour pressegauche.org via Mondialisation.ca

Québec, Canada – Lanceurs d’alerte et pesticides

« L’agronome Louis Robert, un expert dans le secteur des grains, avait condamné l’ingérence du privé dans la recherche publique sur l’usage des pesticides. Le 24 janvier, il a été limogé, par décision du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, pour avoir transmis un document confidentiel à un journaliste, ainsi que pour avoir contrevenu aux obligations de discrétion, selon la lettre de congédiement rendue publique… »[1] Depuis, les passions se déchaînent : M. Robert est-il un lanceur d’alerte qui a le bien du public à cœur ? Ou est-il un délinquant qui mérite d’être congédié ?

M. Robert avait « d’abord dénoncé à l’interne le fait que les intérêts privés ont une emprise sur la recherche financée par vos impôts au sein du Centre de recherche sur les grains… »[2] Pourquoi est-ce que la recherche sur les pesticides payée par nos impôts (c’est également vrai pour les OMG) serait contrôlée par les fabricants de pesticides ? Après tout, les pesticides ont pour objet de tuer certains « parasites » : mauvaises herbes, champignons indésirables ou insectes ravageurs. Ce sont des « poisons » qui doivent être utilisés avec parcimonie en respectant le principe de précaution. En contrôlant la recherche, les manufacturiers de pesticides ont un intérêt à minimiser les effets secondaires négatifs de leurs produits ; par le fait même, ils deviennent à la fois « juge et partie ». La transparence exige des études qui ne soient pas biaisées par des intérêts commerciaux ; celles-ci doivent confirmer ou infirmer les études de l’industrie. Le congédiement de M. Robert signifie que son opinion dérangeait les « vendeurs du temple ». De même, on se souvient de toutes ces études des cigarettiers qui affirmaient qu’il n’y avait aucun lien entre le tabagisme et le cancer du poumon !

Nous avons tous entendu parler des « néonics » (néonicotinoïdes) qui seraient possiblement des tueurs d’abeilles. Sans insectes pollinisateurs pour nos plantes, nous perdrons une grande partie de notre nourriture. Aussi bien en Europe qu’en Amérique, profits obligent, les compagnies font un lobbying du tonnerre pour conserver l’homologation de ces produits. Et le glyphosate, l’herbicide vendu sous le nom commercial de Roundup par le géant Monsanto[3], est le plus utilisé dans le monde, mais des études sérieuses laissent croire que ce produit serait un « cancérigène probable »[4]. Il pourrait être également un perturbateur endocrinien ; d’autres font un lien avec la maladie de Parkinson.[5]

Durant la semaine du 16 au 22 février, Radio-Canada consacre une série de trois émissions (La semaine verte, Les années lumières et L’épicerie) au sujet du Roundup.[6] L’usage des herbicides pour contrôler les mauvaises herbes est une chose, mais l’arrosage en pré-récolte pour tuer le blé afin qu’il mûrisse plus vite est une aberration qui me déconcerte. Jusqu’à récemment, les producteurs de blé mettaient le blé destiné à la consommation humaine en andain. Ce « javellage » permettait à chaque grain de blé d’avoir une maturation et un séchage optimal ; c’est comme laisser le fruit le plus vert sur le comptoir pour l’amener à une maturité égale à celle des autres fruits du panier. Ensuite, il fallait ramasser l’andain avec le « pick-up »( ramasseur) de la moissonneuse-batteuse. C’étaient deux opérations distinctes ! Donc, perte de temps et de productivité ! Mais même d’un point de vue économique, est-ce une bonne idée d’arroser une denrée avec un herbicide potentiellement cancérigène à quelques jours de la récolte ? Lors de l’émission La semaine verte du 16 février, Radio-Canada disait que nos ventes de blé à l’Italie, grand producteur de pâtes alimentaires, ont chuté dramatiquement car 80 % des échantillons de blé canadien contiennent des traces de glyphosate ![6] Tout comme les Italiens, je ne veux pas que mon spaghetti ait un arrière-goût de Roundup ! Ce genre de pratique donne un argument supplémentaire à ceux qui achètent seulement des aliments certifiés « bio ».

Les multinationales protègent leurs intérêts grâce à leur lobby. En contrepartie, le gouvernement a l’obligation de protéger la santé et la sécurité de la population ; le principe de précaution doit avoir la priorité sur la marge de profits des grandes compagnies. Comme les choses ne bougeaient pas à l’interne, M. Robert a dénoncé publiquement. Il faut du courage pour dénoncer l’inacceptable. Si la loi protégeant les lanceurs d’alerte avait existé dans la période de 2006 à 2010, peut-être que nous aurions été prévenus que les gazières expropriaient tout notre sous-sol pour une bouchée de pain. De concert avec les trois partis d’opposition, le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) somme le ministre de faire marche arrière.[7] Comme les contre-expertises du ministère sont essentielles, réembaucher M. Robert, c’est la moindre des choses.

Gérard Montpetit
Membre du comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain
le 18 février 2019

Notes

1] https://quebec.huffingtonpost.ca/2019/02/01/lanceur-alerte-plq-demande-enquete-protecteur-citoyen_a_23658631/?

2] http://plus.lapresse.ca/screens/3acdc8f2-b1f1-4865-a6a9-e022bc3b0e18__7C___0.html?

3 ] Le monde selon Monsanto, par Marie-Monique Robin, Édition Stanké, 2008, 377 pages

4] https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/02/18/glyphosate-une-etude-montre-une-nette-augmentation-du-risque-de-lymphome_5424747_3244.html

5] https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/site/segments/reportage/95966/pesticides-agriculture-maladie-parkinson

6] émission « La semaine verte » 16 fév. 2019 ; http://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/site/episodes/426862/glyphosate

7] https://www.ledevoir.com/politique/quebec/547836/une-petition-en-appui-au-lanceur-d-alerte-louis-robert

La source originale de cet article est pressegauche.org Copyright © Gérard Montpetit, pressegauche.org, 2019 publié par Mondialisation.ca

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