Les livres du malheur. Par Sylvain Rochex..

En fait ce ne sont pas des livres du malheur, mais des ouvrages qui ont apporté du réconfort à Sylvain, dans les moments difficiles.

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A 37 ans, je peux dire que j’ai énormément lu dans ma vie. A l’adolescence, ça a commencé doucement avec Gaston Leroux et Stephen King, puis est venu Jostein Gaarder (Le monde de Sophie, Le mystère de la patience) et je peux dire que Le mythe de Sisyphe d’Albert Camus (lu vers 17 ans) fut mon premier « vrai » livre de philosophie abordé pharmacologiquement, c’est-à-dire comme un remède à la vie, pour mieux souffrir la vie.

Et depuis, je n’ai cessé de lire et de lire encore, selon des phases plus ou moins intenses. Je me suis passionné pour des auteurs toujours plus nombreux, explorant leur œuvres, fouillant leurs écrits et leurs vies. Il y aurait tellement, tellement, à raconter concernant toutes ces merveilleuses rencontres philosophiques et littéraires.
Si j’écris ces quelques mots ce soir ce n’est point pour raconter toutes ces rencontres, mais pour dire que lorsque je choisis d’extraire du tourbillon littéraire quelques livres pour les mettre en pleine lumière, c’est un choix d’une énorme intensité, vu mon rapport au livre en général.

Je voudrais simplement vous nommer les livres (selon un classement) qui sont avec moi quand le malheur est là ou quand il se rapproche. Il s’agit donc des livres du malheur.

Comme vous tous, le malheur fait (aussi) partie de mon existence. Comme le dit si parfaitement et si divinement Simone Weil*** : « Chaque seconde qui s’écoule entraîne un être dans le monde vers quelque chose qu’il ne peut pas supporter. »

La perte d’un être cher, la maladie, la déchéance, les mutilations, la perspective de la mort, les accidents mortels, les crimes, les viols, la torture, les attentats, les chagrins d’amour inconsolables, la trahison, l’abandon, l’adultère, la solitude, le rejet, le bannissement, le harcèlement, la souffrance pénale, la souffrance psychique, l’esclavage, l’exil, la servitude, l’incarcération… et j’en oublie, mais bref, toutes ces choses qui nous crucifient, qui nous tuent alors que nous sommes toujours vivants… Toutes ces choses qui n’admettent aucun remède alors que nous en voudrions un… Bref, ce qui est universellement : le malheur.

Je ne peux pas ne pas parler au monde de ce livre qui, depuis de nombreuses années, me remet miraculeusement un sol sous les pieds quand il se dérobe par le malheur, car, qui sait, peut-être que ça marchera aussi sur vous. Il s’agit de La pesanteur et la grâce de Simone Weil. Ce livre ne se lit pas comme un essai ou tout autre livre, le rythme doit être lent pour véritablement plonger dans la profondeur incommensurable de chaque idée. Ce livre m’a tellement donné. Il m’a même appris à progresser concernant toutes les tâches du quotidien. Bref, ce livre offre véritablement des ressources inespérées pour tout ce qui est dur dans la vie, voire pour ce qui nous tourmente au dernier degré. Simone Weil, dans La pesanteur et la grâce, comme dans le reste de son œuvre insiste sur l’importance de ne pas chercher de consolation dans le malheur, et pourtant, sacrée ironie, je vous écris aujourd’hui pour vous dire que les mots de Simone Weil pourraient bien être la plus grande des consolations.

Il y a un autre livre qui nous intime également de ne pas chercher de consolation et qui est donc tout aussi ironiquement un livre du malheur qu’il me faut citer. Il est totalement connoté chrétien, c’est pour ça que je le place en numéro deux, car il pourra sûrement bloquer culturellement certaines personnes. Il s’agit de l’imitation de Jésus-Christ de Thomas A Kempis, un livre du XVème siècle. Là aussi, j’ai toujours été troublé par la capacité de ce livre à venir apaiser mon âme qui me semblait alors impossible à apaiser. Ça m’est déjà arrivé de me dire que ces livres ne réussiraient pas à m’apaiser (alors qu’ils avaient pourtant déjà fait leur preuve), et, me « forçant » à les lire, il se produisait toujours quelque-chose. Leur preuve augmentant donc au fil du temps, il me fallait me résoudre à en parler autour de moi.

Pour terminer — car je ne voulais pas être long, juste vous glisser quelque-chose à l’oreille — je voudrais dire qu’en numéro 3, je mets l’œuvre de Krishnamurti. Je la reprends moins souvent et il m’est impossible de la mettre au même niveau que Simone Weil ou de l’imitation (il s’agit bien d’un classement) mais je ne pouvais pas ne pas témoigner de son pouvoir guérisseur incroyable dans les pires moments de l’existence.

Des livres magiques, qui changent la vie et qui soignent, des auteurs qui sont comme des frères comme pour moi, j’en connais tellement d’autres (Tolstoï tu n’es pas loin sur ces questions aussi… ou Ellul avec L’Espérance oubliée …), mais je voulais simplement vous donner les deux ou trois références véritablement magiques qui m’accompagnent dans ce qui fait mal.

Et comme je sais que nous avons tous mal. Étant donné que « Chaque seconde qui s’écoule entraîne un être dans le monde vers quelque chose qu’il ne peut pas supporter. »

Je te rends grâce Simone, et à toi aussi Thomas du XVème… de réussir à agir miraculeusement sur la pesanteur…

Sylvain pour Déscolarisation.org **

Pour ne pas confondre avec Simone Veil, la femme politique française.

***Simone Weil, Né le : 03/02/1909. Décédé le : 24/08/1943
Philosophe française (1909-1943). Sans avoir renié formellement la religion juive, elle évolua vers un mysticisme chrétien teinté d’hindouisme et de gnosticisme, et milita pour la justice sociale. Elle rejoignit Londres et la France libre en 1940.

** Le site déscolarisons est toujours en panne, je prends donc l’initiative de cette demande. S’il y a parmi vous un connaisseur pour aider Sylvain à solutionner cette panne et  remettre le site en ligne, contactez moi: Merci beaucoup. aavoltigeur@gmail.com

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