[Réflexion] Privatisations ..

Mieux vaut tard que jamais pour agir dans le bon sens. Partagez ! Volti

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Par Clément C pour Le Billet des Montagnes

Depuis que je suis gamin, dans les années 90, j’entends parler de privatisations. EDF, France télécom, ASF… Pourtant tout ces biens communs n’ont pas été privatisés. On a concédé une licence d’exploitation. Mais les actuels locataires ne vont ni emmener le bien, ni le clôturer pour en empêcher l’accès. Un bien dont la seule fonction est l’usage commun est difficilement privatisable.

Qu’est-ce qu’un bien  » privatisé » ? Un bien auquel les citoyens avaient accès, ou avaient légitimement droit, et auquel ils n’ont plus accès. Un bien auquel nos parents avaient accès et auquel nos enfants n’auront plus accès.

Si je regarde ce qu’on eu mes parents, mes grands parents, et ce qu’auront, probablement, mes enfants, Je constate que si la liste des choses privatisées est longue, elle est bien différente de celle défendue par les acteurs de notre démocratie:

  • fin de l’ascenseur social. Maintenant c’est fusée ou rien. Avant 10% réussissaient à percer et se faire une place. 1% aujourd’hui. L’espoir de voir son statut et celui de ses enfants s’améliorer nous a été enlevé.
  • Fin de l’open hour sur les ressources naturelles. Depuis 100 ans tout le monde se gave, et c’est notre jeune génération qui va devoir ET consommer beaucoup moins, ET résoudre les problèmes créés ( pollutions, guerres, corruptions, dépendance financière etc .)
  • Fin de l’emploi public à vie. On galère tous les jours face à des rouages du système qui sont soit de simples parasites incompétents, soit carrément des prédateurs malhonnêtes. Les pauvres hères qui continuent à faire leur boulot, à essayer de faire tourner la machine, sont de moins en moins nombreux. En même temps, on ne bénéficiera pas de la stimulation économique et du bien être social qu’ont pu apporter notre pléthorique fonction publique.
  • Fin de l’histoire et TINA. L’espoir de la lutte, la croyance en notre capacité à changer notre société a disparu. Déni démocratique, corruption sans gène, partialité excessive du système judiciaire, affichage éhonté des réseaux de collusion, répression violente en toute impunité, censure effrontée d’internet, prostitution ridicule des médias au profit du pouvoir, dégénérescence des élites progressistes… L’espoir a disparu.
  • Abdication démocratique. Nous vivons au quotidien en ayant intégré notre nouvelle « normalité ». Les politiques mentent et ne feront jamais ce qu’ils ont promis. La justice n’a plus aucun moyen et n’est plus rendue. Chaque rouage du système dépense plus d’énergie à faire semblant pour maintenir sa place qu’à remplir sa fonction. Le réseau et le diplôme valent plus que n’importe quelle valeur ou compétence. Si t’as pas de potes, t’as pas de postes. Toutes ces choses nous les avons intégrées. Le spectacle continue de nous agiter sous les yeux ces oripeaux, qui n’ont d’autres fonctions que de maintenir un discours général d’égalité et de légalité. Derrière ce discours, les prédateurs agissent librement. Devant ces discours, le citoyen lamda en retire deux certitude: une partie du monde est hors de sa portée, et toutes les raisons invoquées par ceux qui sont de l’autre coté sont bidons et pipeau. L’anormalité pathologique du prédateur, aveugle narcissique, a contaminé une part désormais majoritaire du tissu social. Les réalités factices sont devenues la norme, et l’évocation de l’histoire réelle et vécu des prédateurs est assimilée à du complotisme.
  • inversion des lumières du progrès. Depuis 50 ans, le progrès technologique portait des espoirs de réussite, d’enrichissement personnel et collectif, d’amélioration des conditions de vie et de la condition humaine… Aujourd’hui, le progrès est porteur de destructions sociales, l’enrichissement s’est concentré à son maximum, et nos espoirs portent surtout sur la compensation, par la technologie, des conséquences dramatiques de l’inconséquence technologique de nos prédécesseurs. S’ajoute à ça la gestion croissante des dilemmes innovation/risque/éthique. L’eldorado s’est transformé en champs de mine. Si on a pu espérer auparavant que le progrès allait éclairer le monde et libérer l’homme de sa condition, le ressenti actuel est en ombres chinoises: allons nous réussir à passer entre les gouttes des catastrophes suffisamment longtemps pour que la technologie nous permette de fuir la planète que nous ont laissé nos parents ?

Voici une des raisons pour laquelle je soutien la révolte des gilets jaunes, tout en émettant des réserves sur les objectifs comme sur les moyens.
Le monde dans lequel nous vivons ne nous permet plus de vivre décemment. C’est logique. Le travail, la finance, la production, tout ce qui justifiait nos existences, a disparu. S’est transformé. Nous sommes obsolètes. Le monde a énormément changé, sauf les sociétés et les humains. Ceux qui construisent demain veulent un changement radical de paradigme. Votre souffrance en est le coût, mais avant tout le carburant. Car en toute chose la mécanique est la même: créer le besoin avant d’ouvrir le marché.

Or, la question n’est plus de changer la société et de façonner le monde à leur image pathologique: c’est fait.

Nous l’avons vu plus haut. Nous avons intégré comme « normaux » des fonctionnement cérébraux desquels le respect de l’engagement, le bien commun, l’empathie, la bienveillance, la conscience des conséquences de ses actes et la simple conscience d’autrui comme un être légitime et respectable sont absent.
Non seulement absent, mais dévoyé, ridiculisé, et retourné contre lui même:
Dans nos sociétés, les gens gentils sont piétinés, ceux qui respectent leurs engagements sont escroqués, ceux qui par empathie souffrent du monde fou autour d’eux sont pathologisés, la bienveillance est devenue suspecte, suite d’un PTSD (**Stress et désordres post traumatiques**) social, la conscience des conséquences de ses actes nous rends peu offensif et donc non compétitif, idem pour la conscience d’autrui.

Ces attributs, eux, ont bien été privatisés. Ce sont eux qui doivent être mis en lumière. Plutôt, leur absence. Depuis 40 ans nous acceptons, nous fermons les yeux, nous abdiquons. Par notre incapacité à empêcher la dérive narcissique de notre société, nous avons tous crée notre condition de Gilet Jaune.

Car lorsqu’un prédateur entre dans notre système, il est prêt à en brader n’importe laquelle de ses parties pour son intérêt personnel à très court terme. Toucher un pot de vin pour laisser s’implanter une décharge ou accorder un droit de bétonner pour 20 000ans, laisser un prédateur sexuel en place afin de pouvoir le faire chanter, les exemples sont quotidiens et innombrables. La logique court termiste de la corruption n’est plus à démontrer.

Mais dans notre société Française, lorsqu’un prédateur arrive au pouvoir, une des ressources les plus amples à sa disposition est.. la délégation du pouvoir, par le biais de l’embauche sous toutes ses formes. C’est ainsi qu’au fil des années, inéluctablement, un nombre toujours plus important de postes de la fonction publique, et donc de rouages sociaux, ont été confiés dans le but de servir un intérêt privé plutôt que sa fonction publique intrinsèque.

Je ne sais pas quel est le seuil de rouages inactifs et, pour certains, hautement contre-productifs,  au delà duquel un système ne peut plus fonctionner. Gamin, j’ai compris ces deux seules certitudes: ça va pas tenir leur histoire, sans que je n’ai aucun moyen d’anticiper.

Mais si le système implose sous nos yeux en ce moment même, ça ne sera pas à cause des gilets jaunes, des taxes, ou de la V république.

Ca sera car le seuil de prédation supportable par le système a été franchit.

C’est dans la tête de ceux qui sont prêts à tout pour le pouvoir, comme dans l’impuissance de ceux qui ne sont pas prêts à tout, que s’est joué notre présent drame.

C’est nous, le souci.

Car notre impuissance à lutter, dans la matière, contre la prédation n’implique pas d’abdiquer dans nos têtes.

De refuser la malveillance et l’inconséquence. Le mensonge et la manipulation.

De le voir bien en face. De le dire haut et fort quand on peut.

Ca n’est pas en luttant tous les 50 ans contre la floraison finale des élans prédateurs de quelques malades que nous construirons un monde décent pour nos enfants.

C’est en refusant chaque jour, à chaque instant, sans concession, les actes de prédation et d’inconséquence que nous planterons les germes durables d’une société au service du plus grand nombre.

Non par la législation et l’inquisition, mais par la prise de conscience individuelle que ce sont nos actes, mais surtout les innombrables inactions, silences, détours de regards, qui ont permis à une infime minorité malade de nous mener tous au bord du précipice.

Clément C.

Voir aussi :

Culpabilité individuelle, déni collectif.

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