Sapere aude!… Aie le courage de te servir de ton propre entendement!…

Comme signalé dans la note, malgré le temps passé, cet article est d’une brûlante actualité. Si vous avez pris l’habitude, de rassembler toutes les pièces apparemment disparates du puzzle mondial, vous aurez une image très logique de la situation.

Note sans a priori: en faisant des recherches sur les livres du Professeur Wohlmeyer qu’il aurait pu écrire en français, j’ai relu cet article de 2013 … 5 ans ! et de plus en plus d’actualité !! Si l’un des lecteurs du site a connaissance d’éditions françaises des livres de ce Professeur … nous serions « plusieurs » à être intéressés à pouvoir les lire….


Par le professeur Heinrich Wohlmeyer
Celui qui ose actuellement nommer la triade infernale guerre financière – guerre civile –guerre mondiale se voit immédiatement traiter de conspirationniste et/ou de prophète de l’apocalypse ou des deux, en tout cas de perturbateur encombrant.
Les médias, guidés par des ploutocrates mondialistes, transportent cette simplification de la situation réelle dans les cerveaux des citoyens, profitant de leur désir compréhensible de pouvoir maintenir leur projet de vie.
Pourtant, celui qui ose suivre l’appel du siècle des Lumières «sapere aude!» Aie le courage de te servir de ton propre entendement! d’Immanuel Kant se révolte nécessairement, et ceci par pure autodéfense.

Or, les avertissements fatidiques écrits au mur abondent: si la Suisse, agissant toujours avec circonspection au plan international, organise en septembre de l’année passée (2012) un exercice militaire dans tout le pays, préparant à un nouveau scénario de menaces, dont l’idée de base est une Suisse entièrement encerclée de guerres civiles, si le chef de l’état-major russe annonce, au début de cette année (2103), que la tentative de bombarder à raz la Syrie, à l’instar de la Libye, risque de déclencher la Troisième Guerre mondiale – il faudrait au moins se réveiller.

Analysons la situation actuelle en recourant à l’Histoire et aux faits.

Guerre financière

La Première Guerre mondiale a été déclenchée lorsque l’Angleterre constata que son hégémonie mondiale, avant tout sur les océans et dans le domaine industriel, fut mise en danger du fait que les Allemands risquaient de contourner le canal de Suez à l’aide du chemin de fer de Bagdad, menaçant ainsi, suite à leurs droits d’exploitation du pétrole irakien, d’exercer à l’avenir la maîtrise sur le carburant pour navires.
Ayant sous-estimé les coûts et la résistance des pouvoirs de l’Axe, le Royaume Uni s’endetta auprès des ploutocrates d’outre-Atlantique, sacrifiant ainsi des parties considérables de son ancienne position hégémonique.
Lors des traités de paix qui se tinrent dans la banlieue parisienne, ce furent, en effet, les banquiers américains qui dictèrent les conditions.
Dans le domaine des finances internationales la Cité de Londres devint «junior partner» et au Proche Orient les Anglais durent accepter un partenariat en matière de pétrole, même si l’«Irak» nouvellement créé, avec les sources pétrolières les plus riches de l’époque, se trouvait formellement sous protectorat anglais.

Suite à la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sortirent en position d’hégémonie incontestée et purent établir le dollar comme monnaie de réserve mondiale, couverte d’or. Le colonialisme militaire des Européens fut neutralisé par les puissances financières américaines sous la devise de la «libération démocratique», pour le remplacer par le colonialisme monétaire (synonyme de la dépendance financière des pays en voie de développement).

Le Fond monétaire international (FMI) et le groupe de la banque mondiale (le système FMI–BM) formèrent la structure institutionnelle.

A la différence de ce qui s’était passé après la Première Guerre mondiale, le pillage de l’Europe n’eut pas lieu. Tout au contraire, pour la Guerre froide, l’Europe devint la vitrine de l’Occident.

Entretemps, cette situation a complètement changé.

a) L’écroulement de l’URSS a eu comme effet que la Russie ne passe plus pour une menace. Les puissants financiers anglo-américains se sont incrustés dans l’Etat noyau qu’est la Russie et dans les nouveaux États, par le biais des oligarques russes qu’ils financent.

b) Suite à l’avidité pour l’«out-sourcing» de leurs oligarques du complexe financier-industriel-militaire, les États-Unis se sont transformés en un pays défini par le déficit permanent des bilans de commerce et de paiement.

Actuellement, toute dépense étatique est financée à hauteur de 49% par de nouvelles dettes. Dans mon livre paru récemment «Empörung in Europa – Wege aus der Krise» [«Indignation en Europe et voies pour sortir de la crise»], j’ai démontré les voies empruntées pour diffuser ces masses d’argent «imprimé» dans le monde entier. Mais cela n’est possible que tant que le dollar américain continue de maintenir sa position de monnaie de réserve mondiale. Celle-ci est sérieusement en danger! D’un côté, toute personne qui réfléchit reconnaît que des dettes d’État atteignant presque 16,9 billions de dollars (chiffre qui correspond à 16,9 millions de millions!) ne sont pas remboursables de ses propres forces, de l’autre côté, des groupes d’États ont déjà commencé à se séparer du dollar américain comme monnaie d’échange. Le système FMI–BM se voit concurrencer par d’autres systèmes bancaires récemment créés. Les États-Unis se trouvent donc dans une situation pour ainsi dire désespérée. Pour s’en tirer, ne serait-ce qu’à court terme, le pillage de l’Europe, toujours encore une des régions du monde avec le plus haut pouvoir d’achat, est tentant. Nous voilà donc déjà au centre d’une véritable «guerre financière».

Comment on pille l’Europe

A la différence du Japon hautement endetté, les États européens sont endettés surtout auprès des oligarques financiers internationaux. Les limites de cette analyse ne permettent pas de décrire la genèse du piège de l’endettement. On peut pourtant la résumer en une seule phrase: les politiciens garantissent aux ploutocrates un «terrain de jeux sans encombrements» (c’est-à-dire qu’on exonère les ploutocrates de participer au financement de la communauté) et les ploutocrates débloquent des fonds (contre intérêts) afin que les politiciens puissent tenir leurs promesses électorales.

Les étapes du pillage en quelques mots-clés

– Ingérence des banquiers européens en dehors du continent, sociétés régionales, gouvernements et assurances s’engagent sur le marché des produits dérivés dans des investissements financiers «lucratifs», notamment dans des instruments spéciaux dont le résultat négatif est programmé à l’avance.
– Anéantissement de 20 billions (au niveau mondial) des «garanties» imposées (faillite consciente de Lehman Brothers);
– Pousser les États à monnaie dure dans l’euro ainsi que son sabotage en passant par la Grèce (les couvrir de crédits, les forcer frauduleusement à entrer dans la zone euro, transmettre les dettes aux Etats et aux citoyens européens;
– Installer des attrapes financières au sein de la Banque centrale européenne, réaliser la politique des ploutocrates en Grèce et en Italie;
– Abaisser la solvabilité des États à l’aide des agences de notation afin d’encaisser davantage d’intérêts;
– Imposer des «programmes d’assainissement (ou de pillage)» à la charge des citoyens et, en même temps, activer la planche à billets pour le secteur financier à l’instar des États-Unis (expropriation des citoyens à tous les niveaux jusqu’à la «privatisation» des biens communs et l’expropriation par l’inflation rampante);
– Transfert de dettes en catimini à l’aide du système TARGET dirigé par la BCE en direction des Etats financièrement (encore) plus forts;
– Attaques contre la Suisse et l’Autriche en les traitant de «paradis fiscaux» et divulgation des places off-shore européens (à l’exception des places-clés anglaises associées), à l’aide de données de la CIA pour provoquer une fuite salutaire dans l’espace dollar (donc vers les paradis fiscaux non divulgués des Etats-Unis).

Guerres civiles

La guerre financière provoque l’appauvrissement des sociétés européennes.

Face à des taux de chômage juvénile dépassant les 50% et des taux général dépassant les 25% – et ceci sans perspectives d’amélioration – la poudrière n’a plus besoin de mèche, elle explose d’elle-même à la moindre occasion. La plupart des concitoyens aisés ne se rendent pas compte de la violence latente de la «jeunesse sans avenir» ou ils ne veulent pas en prendre connaissance.

Guerre

Les guerres civiles sont un terrain favorable aux guerres (les puissants tâchent de dévier le problème vers l’extérieur, l’ennemi est le vilain). Actuellement, les ploutocrates globaux agissant en arrière-fond menacent même directement la paix mondiale. Avant tout en Syrie, une guerre de procuration horrible a été déclenchée et fait actuellement des ravages, accompagnée d’un potentiel d’infection hautement virulent.

Conclusions contraignantes

Avoir le courage de se poser des questions et de réfléchir, reconnaître et ne pas évincer la réalité, informer courageusement, se redresser et agir, voilà des activités nécessaires à la survie. Les voies de sortie, je les ai décrites dans mon ouvrage «de survie» précité.

Source Horizons et Débats relayé par SansaPriori

Professeur Heinrich Wohlmeyer

Voir aussi:

2573 – L’Union Européenne « ligotée » … La Stratégie des chaînes …

2572 – Notre dignité est en cause

2574 – Escalade en Syrie … jusqu’où les Russes peuvent-ils être poussés ?

2579 – Le Donbass, vous connaissez ? Et pourtant cela vous concerne aussi

et bien d’autres excellents articles