Alcool, cannabis, cocaïne… la prise de substances pour tenir au travail concerne tous les métiers…

Le travail est-il devenu synonyme de souffrance ? On pourrait le penser au vu des « boosters » divers et variés, utilisés pour supporter le stress, les horaires, la pression etc..

Au travail, il y a les drogues que François (le prénom a été changé) administre à ses patients, et il y a celles qu’il prend. Evoquant les somnifères pour« ne pas perdre une minute à ne pas dormir », les injections de glucide « pour tenir une journée sans pause déjeuner », et la cocaïne pour, cette fois, « ne pas dormir pendant les douze heures de garde », l’infirmier anesthésiste tient à faire sa mise au point : « Je ne suis pas un cas isolé. »

Dans les réponses à l’appel à témoignages lancé par LeMonde.fr au sujet du recours à des substances licites et illicites au travail, les professionnels de la santé sont légion. Il y a, par exemple, cette stagiaire qui « piochait dans la pharmacie de l’hôpital ». Et ce médecin « retrouvé faisant un malaise sur son lieu de travail parce qu’il était shooté au Diprivan », un anesthésiant puissant, dont l’usage est réservé au personnel médical.

Mais la santé n’est pas le seul secteur touché. Loin de là. Le recours à des produits psychoactifs concerne « tous les métiers », comme le relève Marie Pezé, docteure en psychologie et psychanalyste, autrice de Burn-out pour les nuls (First, 2017). Cette dernière, qui regrette qu’aucune étude d’envergure ne soit menée sur les pratiques addictives au travail, a constaté que les salarié(e)s de certains secteurs ont davantage recours à des produits psychoactifs que d’autres : elle cite le bâtiment et les travaux publics (BTP), l’agriculture et la pêche, la restauration ou encore la sécurité.

L’alcool au travail, première substance consommée

Alcool, cannabis, cocaïne, somnifères, anxiolytiques… qu’est-ce qui pousse des salarié(e)s à consommer de telles substances ? Certaines « habitudes » ancrées dans le milieu dans lequel on évolue peuvent avoir une influence. Julien (le prénom a été changé), par exemple, cuisinier de 34 ans, qui enchaîne depuis dix ans les petits boulots de saisonnier, l’hiver dans des stations de ski, l’été dans des stations balnéaires, explique être « devenu alcoolique en moins de temps qu’il ne faut pour le dire » dans un milieu où « les patrons préfèrent te payer des verres plutôt que tes heures supplémentaires ».

« Bien sûr », l’alcool, il en buvait dans un cadre privé. « Les personnes qui consomment des substances au travail connaissaient généralement le produit avant », confirme Laurent Karila, psychiatre spécialiste des addictions et coauteur de Tous addicts et après ? (Flammarion, 2017). Puis, la consommation du saisonnier a « glissé » dans la sphère professionnelle. Si ces trente dernières années la prise d’alcool a diminué en entreprise, elle reste la substance le plus consommée dans l’univers professionnel, selon Renaud Crespin, sociologue au CNRS et coauteur de Se doper pour travailler (Erès, 2017).

Organisations du travail et objectifs intenables

Mais l’usage de psychoactifs sert, bien souvent, à chercher à améliorer la productivité. Ou, tout simplement, à « tenir ». Dans le BTP, l’agriculture et la pêche, la consommation d’alcool ou de cannabis permet de « se mettre en mode automatique pendant des tâches répétitives » ou de « surmonter des conditions de travail éprouvantes physiquement », souligne Marie Pezé. Dans la restauration ou la sécurité, la cocaïne, particulièrement présente, permet de « tenir malgré des horaires décalés ».

Pour la docteure en psychologie et psychanalyste, cette situation tient, pour une large part, aux mutations des organisations du travail où « les objectifs intenables deviennent la norme ». « Nous avons vu émerger ces dernières années une idéologie managériale reposant sur un incessant dépassement de soi », explique-t-elle, regrettant qu’il soit désormais acquis que « pour ne pas perdre son travail, il faut accepter de perdre sa santé ».

C’est parce qu’il était confronté à « une charge de travail de plus en plus élevée », qu’Olivier, cadre supérieur de 52 ans, dit avoir commencé à « prendre de la cocaïne au bureau », lui qui n’en avait « jamais pris au travail » en plus de vingt-cinq ans. Ce sont les nombreuses mutations dans l’organisation de son travail de chargée de mission en assurance, que Marie-Pierre, 60 ans, quarante ans de carrière, met en avant pour expliquer son alcoolisme et la souffrance qui a suivi :
« Je parle du stress, des objectifs de plus en plus ambitieux, d’un management inapproprié, de la pression insidieuse, des horaires de plus en plus flexibles, de la mise en concurrence des employés, de ma situation de femme dans un milieu masculin… »
Face à ces évolutions, où l’hyperconnectivité occupe une place de choix, la prise de substances apparaît comme « une obligation », « un besoin », « une nécessité », dont on « ne peut pas se passer », témoignent les personnes concernées. Parce qu’elle « n’y arrivait tout simplement plus », Marion, 30 ans, a pris pendant deux ans des anxiolytiques, pour gérer « la solitude » et « les journées de seize heures » induites par son travail de commerciale en Europe.
Des produits selon les heures et les besoins

Selon le sociologue Renaud Crespin, les substances peuvent parfois s’additionner au gré des injonctions professionnelles, à l’instar de cette employée en période d’essai qui consommait de façon excessive du café le matin, puis un peu de cocaïne en fin de journée pour « travailler jusque tard dans la soirée », avant de fumer un joint vers 2 heures du matin, afin de s’endormir.

Dans son livre Steack machine (Goutte d’or, 2017), le journaliste Geoffrey Le Guilcher raconte quarante jours de travail dans un abattoir où nombre d’ouvriers tournent à la bière, au whisky, aux joints, mais aussi au LSD ou à la cocaïne, pour surmonter une souffrance à la fois physique et psychologique.

Certains ont aussi recours à des substances « pour tuer l’ennui au travail », souligne Renaud Crespin. « Je suis malheureux à mon travail », résume laconiquement Philippe, agent administratif à Saint-Leu, à La Réunion, qui consomme deux à trois joints avant de commencer sa journée de travail.

 

Lire l’article complet

 

Source Le Monde.fr publié par Crashdebug 

 

Voir:

Stress au travail : plus de la moitié des salariés présentent des « niveaux élevés d’anxiété »

Cash Investigation : « Quand les actionnaires s’en prennent à nos emplois »

25 commentaires

  • Mouton hardos

    Bonjour,
    Hors sujet mais important pour moi, quand à la distinction des produits évoqués.
    Le Cannabis ou la coca, par exemple ne sont pas des drogues au même titre que les autres, car ce ne sont pas des produits transformés, fabriqués ou chimiques.
    Les deux cités sont bio-compatibles, n’ont aucun effet négatif prouvé à long terme.
    Pour le Cannabis que la médecine, même occidentale connait bien, c’est très souvent la solution ( sans rien de plus) à de gros problèmes de santé, sommeil, tension, glaucome, asthme, allergies, affections du système immunitaire comme la sclérose en plaques, cancers, etc…
    Tout ça est déjà expérimenté, vérifié, et connu de très nombreuses personnes, constaté par les médecins qui vous traitent alors parfois de personne atypique, le grand mot magique. Que d’atypiques alors.
    Alors oui, le cannabis a aussi un effet psychotrope, mais pas pour tous! Je ne définirais pas l’effet sur le cerveau avec ces mots, mais comme une association des neurones à la molécole, mais pas avec un effet négatif. Tous les gens honnêtes savent que le cannabis bien géré aide à la concentration, emmène à un traitement différent de l’information. Soit à focaliser sur un point précis par exemple, mais aussi le contraire, a emmener à des visions d’ensemble, une plus grande facilité à lier des points, etc…
    Pour parler de moi, j’ai fait pas mal de chose dans ma vie. Des jeux vidéos, et après une pose de 25 ans, j’ai repris la création mais aussi le développement d’un jeu vidéo, presque fini. Entre temps, j’ai fait plein d’autres « boulots » dont des travaux intellectuels, ou construit ma maison sur mes plans. Et bien, je fait bien plus de khonneries sans avoir fumé, quand je ne pouvais pas faire autrement. J’ai quand même 30 ans de recul pour voir la différence sur ma capacité d’analyse et de réflexion.
    Ça c’est confirmé par le passé avec les fameux tests de QI que j’ai eu la chance de faire en milieu professionnel, avec des résultats sympas mais intrigants en trichant ( pétard avant), bien meilleurs, au point d’éveiller la curiosité des psys testeurs, une fois avec des résultats qui l’ont poussée ( psye) à me faire faire les tests sans limite de temps, normalement réservés aux gens en douance avérée. Ou une autre fois à me traiter de tricheur. J’ai dut expliquer ( Banque de France) quand au fait qu’une fois qu’on avait pigé le principe, c’était facile, et j’ai refais une partie des tests mieux surveillé du coup :).
    J’ai refais l’expérience y pas longtemps mais avec de très bons sites de QI. Les résultats sont payants mais pas besoin de payer, vous recevez deux mails dans les jours qui suivent pour encore vous appâter, avec les infos lâchées, et vous s’avez combien vous valez avec. Je fais ça par curiosité pour ma gosse qui a besoin d’être prise en charge à 16 ans, bien plus douée, mais encore plus paumée).
    Bref, je claque les scores de 15-20 points, à chaque fois que je suis vraiment HS…pour les autres. On peut le refaire 50 fois, avec ou sans psys.
    Enfin, vous connaissez quelqu’un qui se soigne efficacement d’une seule des pathologies que j’ai cité plus haut? sauf le sommeil peut-être :).
    Le cannabis n’est pas une drogue, même si on peut l’utiliser en tant que tel.

  • laspirateur

    Oui nous sommes tous différents quand à l’effet de toutes molécules entrant dans notre alimentation.
    Pour connaître ce qu’il convient à chacun, il faudrait analyser son ADN et définir le positif et le négatif pour chaque cas.
    Un travail de titan!

  • Naao

    Travail : issu du latin populaire « tripaliare », signifiant « tourmenter, torturer avec le trepalium ».
    Evidemment ça passe mieux avec des anti-douleurs.

    Apres pour le corps medical, vu que leur metier est de prouver qu’avec une pilule ca va mieux… évidemment qu’ils se défoncent.
    Déjà à la fac (de mon temps y’a 20 ans de ça, c’est peut-être généralisé depuis), les fêtes de médecine étaient les plus arrosées/défoncées de toutes les soirées étudiantes.
    Et les enfants de médecin n’en parlons pas, un pote de lycée qui a fini depuis hardtox à l’héro, bouffait les cachetons de paracetamol par 5 dès qu’il avait le nez qui coule au lycée. Ca n’a pas été difficile pour lui de bouffer les extasy par 5/10/15 quand 1 ne faisait plus effet.

    Fin bon, en ce qui me concerne, j’ai arrêté le travail, ça rend dépressif, malade, ça sert a fabriquer de la merde qu’ensuite t’es obligé d’acheter pour que ton entreprise ne ferme pas. Bref, le travail, c’est pas la santé, c’est de la merde. (par travail j’entend toute activité subordonnée à but lucratif, pas le fait de cueillir sa bouffe et se fabriquer des mocassins en peau de caribou)

  • Passetec Passetec

    Le Cannabis s’appelle le Chanvre, en français …
    Et le Chanvre (Cannabis sativa) sert à beaucoup de chose y compris à faire des vêtements et des cordes pour pendre les politichiens ….
    Et en plus on peut en extraire de l’huile essentielle merveilleuse, mais il faut 2 tonnes de chanvre pour avoir 1L d’ huile essentielle.
    Cette huile essentielle est anti-inflammatoire +++ , décongestionnante ++ et a un effet relaxant sur les muscles.
    Très bonne pour les inflammations de l’arbre respiratoire++++ et du tube digestif ++

    Mais impossible actuellement d’en avoir en France !!!! la culture étant interdite …

    Ils devraient interdire la culture de la vigne car on fait de l’alcool avec, et aussi interdire la culture de fruits avec lesquels il y a de l’alcool fait ………………………….

    • Mouton hardos

      Tu peux déjà acheter de l’huile de chanvre en magasins Bio, chez BioFlic par exemple.
      Très bonne en salades, à ne pas cuire, ou en soins sur la peau, les cheveux, etc. J’utilise régulièrement ( et aussi une pommade au CBD que je fais venir…d’ailleurs, pour un sale bouton, qui a cessé de grossir depuis).
      En fait, l’huile, elle provient de Chanvre/Cannabis légal, avec taux de THC très bas, mais le reste y est, CBD, etc.
      Il y avait un flou juridique sur les dérivés du chanvre légal, mais comme il viennent d’accepter la clop électronique au CBD ( pas bio, pas bonne, OGM), c’est donc bon pour l’huile, et le reste.
      Elle a gout noisettes :), et pour les novices, doser doucement au départ, c’est extra fort.

  • Billou223

    Personne pour s’insurger des inégalités en matière d’emploi du coup, par rapport au dopage ?

    Vu que les employeurs réclament toujours plus de travail, d’investissement personnel, de productivité, que deviennent ceux qui ne prennent ni nicotine, alcool, THC, caféïnes, et autres drogues, quand ils sont comparés à tous ceux qui se dopent ? Cet situation est comparable à ce qu’annonce le transhumanisme et les prothèses pouvant « augmenter » le corps humain…

    Tous ceux qui ne se dopent pas finiront au chômage et au RSA, en se faisant traiter de fainéants, incapables de garder un emploi car pas assez performants et résistants que la masse de gens qui veulent bien se bousiller la santé pour répondre aux attentes insoutenables de la société…http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wacko.gif

    Jusqu’à ce que les choses soient découvertes et mises au grand jour, cette situation arrange bien les employeurs, sur 10ans de vie active j’ai pu observer beaucoup de gens devoir tenir grâce aux cafés pour lutter contre la fatigue et un système nerveux à plat, la clope pour lutter contre le stress (y compris celui induit en plus par la caféïne), et le cannabis pour soulager leur esprit, que ce soit face à la déprime d’aller à reculons au travail le matin pour un truc vide de sens et avilissant dominé par l’ennui, ou pouvoir souffler et tout oublier le soir… Sans parler de ceux qui noient leur déprime dans l’alcool pour continuer de vivre et tenir, en se lâchant et s’amusant le soir. Rien de nouveau ici bas !

    Toutes ces choses là, séparées ou combinées, sont devenues courantes, et personne ne fait rien de sérieux pour arranger ça, parce que tout ce qui compte, c’est la compétition, la croissance, la productivité, le gain.
    Et après on voit des chefs d’entreprises, des actionnaires, des PDG pester contre les charges liées à la protection sociale. Bah oui, évidemment ! Les gens dans leur grande majorité sont flingués, enlevez leur tout ça, et demain toute l’économie s’écroule ! Tout ça ne fait que retarder leur nécessité d’arrêter de travailler jusqu’au moment ou l’esprit et le corps ne suivent plus du tout, et que le repos et les soins nécessaires sont très lourds, et encore, quand ils arrivent à en revenir. Quelqu’un ayant été brisé, sera fragilisé à vie !

    • Balou

      > Cet situation est comparable à ce qu’annonce le transhumanisme et les prothèses pouvant « augmenter » le corps humain…

      Ce n’est pas exactement ça, si on parle du cannabis par exemple. Le cannabis n’augmente rien, ce n’est pas un dopant. Il contribue au bon «graissage» des connexions neuronales, comme sont censées le faire les cannabinoïdes produits par le cerveau humain. Si cela augmente l’homme, c’est par une voie naturelle non inventée par l’homme. Comme le fait de consommer de l’acérola (cerise d’Amérique du sud, concentré de vitamine C). Ce n’est pas parce qu’on va manger 10 doses d’acérola qu’on va être capable de grimper au rideau. Rien à voir avec le transhumanisme. Toutes les substances nécessaires au corps humain se trouvent dans la nature. Pourquoi certaines ayant une action psychotrope devraient-elles être ignorées ? Le corps humain a besoin de nourriture, tout comme le cerveau. Toute substance bénéfique, sans effets secondaires, devrait être libre d’utilisation. Au lieu de ça, on détruit la santé des gens avec des pilules de merde. J’en connais qui sont accros aux médicaments, que leurs médecins leur déconseillent d’arrêter. Pour la vie.. Je fais ce que je veux de mon cerveau et ne donne mon accord à personne pour décider ce qui est bon ou pas pour moi.
      Sinon, concernant l’alcool, je ne peux qu’être d’accord avec ton message. https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_good.gif

      • Billou223

        Ce qui me gonfle, c’est que tout se tourne vers un débat sur le cannabis… Je me cogne comme de l’an 2000 de faire l’apologie ou pas du cannabis ou vanter ses vertus là n’est pas le sujet, on ne nait pas avec un joint dans la bouche à ce que je sache… Une drogue reste une drogue, et un dopant, qu’importe que ce soit licite ou illicite, là n’était pas le fond de mon intervention, je parle de produits ayant un effet dopant, mettant en concurrence ceux qui en prennent (y compris le cannabis) et ceux qui n’en prennent pas, qui, se retrouvent forcément désavantagés.

        Ce qui pose problème, ce sont TOUTES ces substances pour mieux tenir au travail face aux rythmes et exigences et l’environnement. Les usages récréatifs personnels c’est un autre sujet !

  • laspirateur

    Fût un temps où les ouvriers pouvaient râler et glander sans trop de représailles, aujourd’hui c’est dehors direct, et le turn over des intérimaires arrangent cette économie de nazis!
    Plus vite sur la touche, plus vite un malade à soigner tu seras, ou un suicidé toujours bon pour les pompes funèbres et le PIB!

    Le CNT vite!

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