Cabannes : il accueille sur son terrain les laissés pour compte

Et si l’idéal pour ceux en galère était les « communauté non communautaires » sur ce modèle? Il y a des alternatives, des villages qui offrent à certains une échappatoire à ce système qui ne ressemble plus à grand chose, juste une illusion biaisée de ce que pourrait être réellement le monde si l’argent ne passait pas au dessus des bonnes volontés. Car le problème, si certains se retrouvent rejetés par ce système, où peuvent-ils se rendre? À part se retrouver SDF sans garantie d’être un jour relogé sous un toit au loyer abordable, les solutions sont limitées. C’est pourtant ce que propose David via son association, un emplacement offrant le minimum du confort utile.

Combien de citoyens se retrouvent dans une telle situation chaque année et se sentent abandonnés, oubliés, à croire qu’il y a réellement « des français de seconde zone » qui n’émeuvent pas pour un sous nos politiques…

20160316_1_2_7_1_1_obj11274793_1David Collard (à dr.) a fait de son terrain agricole « un refuge ». Même s’il ne respecte pas toutes les règles. Photos valérie farine

L’autocar blanc est planté au milieu des cognassiers, sur un verger bordé de hauts cyprès pour couper le mistral. Olivier, originaire de la Loire, vit à l’intérieur de ce véhicule aménagé. Adossé au cadre de la porte latérale, vêtu d’un t-shirt du Che, ce gaillard de 36 ans raconte : « J’ai travaillé pendant 15 ans dans le secteur du bâtiment. Et quand j’ai eu mon accident, ils m’ont jeté. Ce qui me révolte, c’est qu’on vous explique que vous êtes inapte au travail mais que, parce que vous ne connaissez pas bien la loi, on ne vous donne rien. » Alors avec pour seule ressource son allocation spécifique de solidarité de 500 €, il a tout plaqué et pris la route avec sa compagne et ses cinq filles. Après des galères (« On a passé un mois au bord de la route après être tombés en panne, le temps qu’on répare »), il a été l’un des premiers à trouver refuge à l’automne dernier aux Grandes Terres. C’est le nom que David Collard a donné à l’association qu’il a créée sur son terrain perdu dans la campagne cabannaise.

 

« On s’adapte aux revenus »
Aujourd’hui, ils sont 36, dont 16 enfants d’un à 15 ans (scolarisés à Cabannes et Saint-Andiol) à avoir leur adresse dans ce champ pas plus grand qu’un terrain de football.

Ce ne sont pas des gens du voyage mais des routards, venus de toute la France, après avoir répondu à une annonce sur le site Le Bon Coin. David reconnaît « avoir un peu sélectionné, pour éviter les problèmes. Mais il y a de tout : des gens qui travaillent, d’autres qui sont au RSA… On accepte la société comme elle est ». Même s’il reconnaît « quelques engueulades, ce n’est rien de grave, les gens veulent rester ». Le quadragénaire ajoute : « Si un jour il y en a un qui me ramène les flics parce qu’il a fait une connerie, il s’en ira. »

Moyennant un loyer de « maximum 200 € versés à l’association, mais on s’adapte aux revenus », les résidents sont tous reliés à l’eau et l’électricité. Une fosse septique commune permet l’assainissement. Le reste du budget est réinvesti, assure-t-il, dans les équipements communs. Les allées ont été sommairement aménagées avec du gravier noir de chantier. Une balançoire en bois a été posée entre deux arbres. Quelques clôtures délimitent les parcelles. David Collard ne veut pas aller au-delà de 50 occupants. Le mode de fonctionnement est participatif : « Quand on bricole, ceux qui veulent donner un coup de main viennent. » Olivier apprécie : « Ce que j’aime bien, c’est que ce n’est pas communautaire. On vous donne une parcelle de jardin, c’est chez vous. »

 

« Utopique et marginal »
Artisan plaquiste depuis 25 ans, David Collard a pas mal bourlingué après une formation initiale d’éducateur spécialisé, des Antilles à Cuba, avant de se fixer à Jonquerettes, dans le Vaucluse, puis à Cabannes. Pourquoi s’est-il lancé dans ce combat ? Certains imagineront forcément que l’optique est financière. « Non, j’y suis de ma poche. Mais je suis de gauche. Ça me tient à coeur. C’est vibrant. Je pense qu’on doit apporter un peu de douceur dans ce monde de brutes. » En marchant au milieu des arbres qui commencent à fleurir, il résume son ambition : « C’est culotté, utopique, marginal. »

Pas de quoi émouvoir Christian Chasson, le maire de Cabannes, qui est même plutôt en colère. La semaine dernière, les deux hommes ont eu une première explication après une coupure d’électricité impromptue et deux PV dressés par le premier magistrat. « Ce Monsieur n’est jamais venu me présenter son projet, insiste ce dernier. Il a installé des gens sur un terrain agricole, sans assainissement, sur un terrain en zone inondable à côté de la Durance. C’est fait à la sauvage de façon illégale. C’est tout à fait aberrant. » Pour le maire, il s’agit de prendre ses responsabilités : « Un jour ou l’autre, s’il y a un gros problème, je veux être couvert. S’il se passait un truc, on dirait que je n’ai rien fait. » Les PV ont été transmis au procureur de la République.

Source et fin sur La Provence

En pendant ce temps, certains squattent sur des terrains communaux, s’imposent, ravagent ceux-ci, détruisent s’il le faut pour passer avec leurs véhicules, et ils se retrouvent moins embêtés, cherchez l’erreur….

14 commentaires

  • Yanne Hamar

    Toujours pareil, si tu t’appelles Dupont tu as toutes les chances d’avoir des problèmes. Ces gens semblent vivre sans faire de vague. Alors ?

  • engel

    Ouais….

    Sauf qu’en cas de cru violente se terrain de camping sauvage pourrait peut-être se transformer en mouroir,..solidarité ou pas.

    • Yanne Hamar

      le coup de l’inondation c’est la tarte à la crème des communes qui ne veulent pas attribuer un terrain. Ces risques sont à géométrie variable, suffit de revenir en arrière à une époque de grandes pluies sur le Haut Bugey, où on s’est aperçu que des terrains inondables avaient reçu des permis de construire. Résultat : maisons neuves hors d ‘usage, murs ouverts en 2, familles à reloger d’urgence.
      A quand remonte la crue précédente qui aurait inondé le terrain en question ?

  • JBL1960

    Au moins c’est une tentative de réponse. Le Maire est sur sa position dans le Système, tu m’étonnes que ça lui plait pas. Maintenant, rappelez-vous l’expérience citoyenne de Saillans, dans la Drôme ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2015/12/27/langle-saillans/

    Quand on est exclu du système (totalement, j’entends ; pas de travail, aucun revenu dit d’assistance, quetch) plus on avance en âge et plus c’est flippant… Aussi, une idée comme celle-ci peut être développée, améliorée, y’a pas de doute.

  • Le veilleur

    Il en faut des gens comme lui qui proposent d’autres façons de se loger, surtout que dans le lot il y a sûrement des gens qui ont perdu leurs boulots et qui ne peuvent plus se permettre de payer un loyer et puis il y a ceux qui ne veulent plus être dans ce système et préfère la nature, le grand air et leur caravane.

    La France n’a pas suffisamment de logement pour les Français, de plus, l’état ne peut pas contraindre les propriétaires à louer leurs appartements si ils ne veulent pas, ni les contraindre à baisser leur loyer, car il faut l’avouer, pour celui qui a peu de moyen, payer un loyer aujourd’hui devient un luxe que beaucoup ne peuvent plus se permettre et dans l’avenir nous risquons de voir se genre de communauté se généraliser un peu partout par la force des choses.

    • Un voisin met son appartement à la vente car, à force de le laisser à des gens sans le sous, il doit le rénover systématiquement. Avec des cautions solides, on peut avoir la possibilité de récupérer un peu sur les travaux. sinon, c’est perdu. Il m’ a parlé aussi de l’obligation des propriétaires de laisser les locataires 6 ans dans le logement.
      Il y a de quoi se décourager. Il y aurait certainement beaucoup plus de logements à louer si certains locataires ne se comportaient pas comme des gougnafiers ! Dommage pour ceux qui respectent les lieux.

  • Liloup

    On ne voit pas d’abri sur la photo, à part un gros car; je suppose que tous ne vivent pas là-dedans…

    Sont-ils logés dans des cabanes en dur (à Cabannes, ce serait logique ) ;) ; ou ont-ils leur matos de camping perso..?

    À première vue, cela ressemble à une entreprise de camping sauvage… Je ne sais si la terre est super jardinable, mais si c’est réellement situé en terrain inondable, c’est réellement insensé…

    On peut supposer que pour les résidents, ce n’est pas un choix et qu’ils ne roulent pas sur l’or…
    Bon…Ce terrain n’est pas un trop mauvais investissement pour lui si on fait le calcul : 20 adultes à 100€ par mois, plus ceci, plus cela… ;-)

    Bref, cet article laisse un peu sur sa faim.

  • rouletabille rouletabille

    Après les restaurants on a les logements « du cœur »bientôt les cimetières du cœur.
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      • rouletabille rouletabille

        haha tu as raison,l’incinération (comme pour les déchets)est un progrès pour pas polluer la terre(mais l’atmosphère),évidement cela est de plus en plus inaccessible à cause du prix (un enterrement/incinération est hors de prix pour certains et c’est pourquoi il faut les « CIMETIÈRES de CŒUR » l’incinération aidée par des bénévoles est la solution qui a de l’avenir.
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      • rouletabille rouletabille

        Un exemple de BOCO;LES BUCHERS ,tous des bénévoles ,merci de l’exemple ..
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