La prise de la Bastille promet un changement de gouvernement

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Par Observateur-Continental

Le déconfinement promet un retour progressif de la France à la vie normale. Cependant, le choc de 55 jours de confinement se reflétera forcément sur la situation politique. On dit de plus en plus que le président français Emmanuel Macron remplacera le gouvernement, voire son chef, le premier ministre Édouard Philippe. 

Les récents sondages indiquent que ce dernier est devenu plus populaire que le président. Plus exactement, moins impopulaire – 60% des Français désapprouvent Emmanuel Macron contre 52% pour son premier ministre. 

La hausse de la popularité pendant la quarantaine est révolue, alors que la colère contre les autorités grandit, elle. Ce qui est le résultat psychologique logique de la peur vécue et des pertes déjà subies ou encore attendues. Plus de 70 plaintes ont été déposées à la Cour de justice de la République, le seul organe en droit d’enquêter sur les actes des membres du gouvernement dans l’accomplissement de leurs fonctions. Il est impossible de porter plainte contre le président, qui dispose d’une immunité, mais parmi les responsables visés – le premier ministre, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, l’ancienne et l’actuel ministres de la Santé Agnès Buzyn et Olivier Véran, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer et la ministre de la Justice Nicole Belloubet. 

Plus les membres du gouvernement devaient agir et faire leur apparition dans l’espace médiatique, plus grande était l’irritation provoquée au final. En conséquence, le meilleur moyen pour le président d’y remédier consiste à changer de cabinet. 

Cela devrait arriver cet été, aux alentours de la fête nationale du 14 juillet, qui a été pointée par Emmanuel Macron comme point de départ d’une nouvelle vie du pays. Pour les deux années qu’il lui reste le chef de l’État a besoin de terminer son mandat de sorte à pouvoir prétendre à sa réélection en 2022. Une autre question est de savoir qui sera chargé de constituer le nouveau gouvernement. 

Les frictions entre le président Macron et le premier ministre Philippe sont évoquées pratiquement dès les premiers jours de leur travail conjoint. Cette question a été également soulevée pendant la crise des « Gilets jaunes » et pendant les protestations contre la réforme des retraites. Mais elle a été ouvertement posée pour la première fois à Édouard Philippe lors d’une conférence de presse du 7 mai, quand le gouvernement annonçait le déconfinement. Manifestement irrité par l’absence de tact du journaliste, le premier ministre a répondu: « Depuis trois ans qu’il m’a été donné de pouvoir travailler avec le président de la République en tant que chef de gouvernement, j’ai toujours constaté dans nos relations une confiance et une fluidité qui, je crois, a peu de précédents. […] C’est toujours le cas et j’espère que ce sera toujours le cas et je crois que ce sera toujours le cas. » De son côté, le président Macron a souligné plusieurs fois qu’il existait une mésentente entre lui et le premier ministre – dernièrement lors de la réunion officielle, le 17 mai, en présence d’Édouard Philippe lui-même et du président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand. 

Quoi qu’il en soit, on parle de plus en plus d’un changement de gouvernement imminent avec un autre politique à sa tête. C’est ce qu’écrivent notamment des journaux français, Le Temps suisse et La Repubblica italienne. Nombre de sources proches du président pensent que le premier ministre actuel est devenu trop autonome et actif. Dans plusieurs cas de figure il passait au premier plan en annonçant de nouvelles restrictions, en défendant au parlement les pouvoirs extraordinaires, en organisant des conférences de presse régulières, tandis qu’Emmanuel Macron préférait garder ses distances. D’un côté, cela a contribué à la popularité du premier ministre, de l’autre – cela l’a mis en position de « méchant flic » par rapport au président. 

Les experts se demandent déjà qui pourrait le remplacer. Parmi les candidats – le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, parce que la reprise du pays nécessitera des efforts extraordinaires précisément dans le domaine économique. Ce dernier a déjà commencé à travailler dans ce sens et tente actuellement de sauver plusieurs usines françaises que Renault compte fermer. Le ministre a prévenu que la compagnie recevrait l’aide promise de l’État seulement si ces usines restaient ouvertes, et a exigé d’annuler le versement des dividendes aux actionnaires. 

Parmi d’autres candidats au poste de premier ministre on parle de Jean-Yves Le Drian, le seul membre du cabinet qui reste au gouvernement depuis la présidence de François Hollande. Il est autoritaire mais plus très jeune (72 ans), et ce n’est pas prouvé qu’il accepte le poste « suicidaire » de premier ministre en pleine crise. 

En revanche, le ministre des Finances Gérald Darmanin a déjà fait allusion à ses ambitions. Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Journal du Dimanche il a exigé une « politique pour le peuple », en proposant au lieu d’une nouvelle augmentation de taxes de passer à la participation des travailleurs au capital actionnaire des entreprises afin de les intéresser directement par leur succès économique. Il est évident qu’un tel programme pourrait être réalisé uniquement en étant à la tête du gouvernement. 

Le sort d’Édouard Philippe se décidera aux élections municipales prévues pour le 28 juin. Au second tour il reste le candidat le plus probable à la mairie du Havre. La victoire aux élections serait une occasion pour lui de partir avec les honneurs ou de marchander avec le président, alors que sa défaite compliquerait sa perspective de garder le poste de premier ministre. 

C’est une situation étonnante quand les résultats d’une ville, qui ne fait même pas partie des dix plus grandes du pays, influenceront le sort du pays: en fait, on y assistera à la fois aux élections du maire et du premier ministre.

Observateur-Continental

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