Sauvez le Jardin Botanique de Nancy !

Le Tramway de Nancy. Gabegie des deniers publics ? Théorie du complot ? Petite leçon de manipulation des masses ? Fabrique du consentement ? Chronique d’une faillite annoncée ? Comment mutualiser les dépenses et privatiser les profits ? Ou comment ferais-je si d’aventure je voulais soutirer l’argent de mes con citoyens avec leur consentement.

Préambule ?
Oui préambule pour poser le décor.
Nancy est une ville de taille moyenne de l’Est de la France, soit en Lorraine. C’est la ville dont les gens de Metz, ville voisine équivalente se gaussent encore d’avoir récupéré il y a quelques années le musée décentralisé « Centre Pompidou » alors qu’il était pourtant destiné dans un premier temps à la ville de Nancy. Mais celle-ci l’a refusé. Chacun a les élus sur le déclin qu’il mérite… Fallait pas voter.
Mais cela est une autre histoire.

D’aucun garde en mémoire les péripéties du Tramway sur pneus de l’agglomération de Nancy, prototype élaboré par la société Bombardier et dont la principale innovation était de pouvoir se déplacer en guidage monorail ou de manière autonome par décrochage des rails du galet de guidage.
Le prétexte retenu pour le choix de cette technologie était la déclivité trop importante par endroits de la pente de la colline de Brabois sur laquelle trône l’hôpital public et ses annexes et vers lequel le Tramway devait monter.

L’inauguration (pré-campagne électorale des municipales 2001) de ce Tramway avait eu lieu en grandes pompes sous l’égide et parrainage de Madame Chirac en décembre 2000, alors première dame de France.
Mais la déconvenue qui en avait suivi était tout aussi catastrophique que celle du refus du Musée Pompidou quelques années plus tard.
Déraillements succédant aux déraillements, usures prématurées des galets d’entraînement, enfoncements de la zone de roulement sous le poids du Tramway, incendies de compartiments électriques, blocage des galets…

La décision administrative d’arrêter l’exploitation de ce Tramway avait alors été prise, sans garantie d’autorisation de remise en fonctionnement. Une année aura été nécessaire pour tout reconfigurer aux normes… et c’était loin d’être gagné.
Sa remise sur « rail » a vite fait comprendre aux décideurs de leur erreur de jugement mais cela ne sera avoué du bout des lèvres que bien des années plus tard.
Le nombre de rames était insuffisant au regard de la population transportée en heure de pointe avec l’obligation de laisser passer plusieurs rames bondées pour pouvoir accéder enfin à celui-ci.
Les problèmes techniques récurrents n’arrangeaient rien à l’affaire, la déliquescence annoncée du projet dès le départ s’avérait pleine et entière dans sa réalité.
La ville de Caen, autre et seule ville ayant adopté ce Tramway l’a vite abandonné, les élus étant conscients des limites de cette technologie nouvelle et acceptant de fait leur erreur de jugement.
L’agglomération de Nancy a ainsi fait l’acquisition de quelques rames du Tramway de Caen pour s’en servir comme pièces détachées, l’entreprise Bombardier ayant abandonné rapidement toute idée de commercialiser cette ineptie technologique.
Les lignes de Tramway 2 et 3 qui devaient compléter les premières lignes ont été remplacées par des « BHNS » (bus à haut niveau de service)… bref des « Trolleys réinventés »…

Aujourd’hui, ce Tramway est arrivé au bout de sa vie et il doit être remplacé alors que l’agglomération de Nancy rembourse encore le financement de ce désastre pourtant annoncé…

Et c’est là que ça commence et que ça devient plus intéressant.
Alors Moi, comment pourrais-je m’y prendre pour faire avaler les couleuvres, c’est-à-dire faire accepter un projet hors normes, dépassant de loin les capacités économiques et structurelles de la ville ? Pour des raisons qui ne regarderaient que mon Ego…
Je rentrerais en campagne en mettant sur pieds une opération bien structurée que j’appellerais… heu… « Opération piège à cons » »

ACTE I
A grands renforts d’annonces puis de concertations via des réunions de quartier, j’informerais la population du Grand Nancy de la mise en route du projet de remplacement du Tramway.
Ce premier essai mettra avant le choix d’un Tramway classique mais avec « une rupture de charges » au pied de la colline de Brabois surplombant la ville. La pente est toujours trop importante sur quelques dizaines de mètres pour qu’un Tramway classique puisse monter.
Cela signifiera: « Tout le monde descend et marche ». C’est le projet le moins onéreux.

Évidemment ce sera un tollé général, appropriation du projet par les associations de quartier, tests grandeur nature par les riverains de la montée de Brabois pour valider l’incohérence du projet…
Comment en effet faire descendre 300 personnes par Tramway pour les faire converger en deux minutes là où deux BHNS seraient censés les attendre après s’être frayés un chemin à travers la circulation automobile ?
Là déjà, les nancéiens pourraient se demander comment des ingénieurs, penseurs, décideurs, moultement rémunérés n’auraient pas pris acte dès les premiers traits posés sur papier que cette idée dépasserait la logique la plus élémentaire ? Personne n’irait approfondir cette partie de l’incohérence du projet.

« Opération piège à cons »  Fin de la première phase. Paramètres nominaux.

Acte II
Et soudain je lancerais l’annonce que chacun espérait tant ! Le Tramway nouveau sera sur ses deux rails de bout en bout de la ligne.
A partir de là, les réunions de quartiers, d’informations et de concertations s’enchaîneraient pour proposer deux ou trois trajets.
Ces projets auraient chacun des avantages et inconvénients : Tramway en site propre tout du long de la montée ou en site partagé avec les véhicules ; travaux importants de voirie pour adoucir les pentes ; expropriations ; transfert de la circulation automobile, impacts fonciers et financiers des différentes options, et pourquoi pas une alternative avec la mise en place d’un téléphérique, voire percement d’un tunnel sous la colline…

De gros débats s’engageraient alors chacun voulant que le Tramway ne lui apporte pas de nuisance mais que du confort. Ainsi que disent les Anglais NIMBY : Not in my Back Yard.
Mais ce sera acté dans l’esprit de Tous : le Tramway montera là-haut. Tout le monde s’accordera là-dessus. BINGO ! La populace alentour sera unanime sur ce fait. Elle aura enfin ce qu’elle désirait, même si elle ne profitera qu’à la marge du Tramway. Celui-ci sera principalement destiné à véhiculer toute la population estudiantine et travailleuse (des milliers de personnes) en direction de l’hôpital et toutes les écoles de santé qui le rejoindront.

« Opération piège à cons » Fin de la deuxième phase. Paramètres nominaux.

Acte III
Surprise ! Au sortir d’une période de vacances, alors que tout le monde débattrait du sexe des anges, on en serait presque à choisir la couleur des sièges, une annonce officielle serait faite laissant tout le monde pantois (ou sur le cul c’est selon).
Il me faut ici ouvrir une parenthèse. Il faut savoir que le quartier par lequel passe l’actuel et futur ancien Tramway est jouxté sur sa droite par le Jardin Botanique Jean-Marie Pelt, troisième jardin botanique de France. Fin de la parenthèse.
Il serait donc annoncé l’abandon de tous les projets présentés jusqu’alors pour franchir la colline.
Pour résoudre tous les problèmes de déclivité du terrain il serait érigé un viaduc de 15 mètres de hauteur qui enjamberait le Jardin Botanique sur sa partie gauche et sur lequel passera le Tramway.
Cet écrin de verdure serait donc fortement impacté tant sur le terrain ainsi confisqué que sur l’essence même de ce havre de paix au sein d’une agglomération de plus en plus minéralisée et bétonnée.

Ce projet de viaduc n’aura jamais été proposé à la concertation préalable. Il aura semblé surgir de nulle part… Une vraie prestation de prestidigitation. Personne n’aura rien vu venir. BINGO !
Autre fait marquant, et passant un peu inaperçu au départ, j’annoncerais la création au bout de ce viaduc, en haut de la colline, d’un arrêt au milieu du parking d’une clinique privée.

Évidemment il y aurait de nouveaux tollés entre les associations de défense du Jardin Botanique, les riverains directement impactés par ce viaduc qui passera par leur jardin, à quelques mètres de leurs maisons les partisans, c’est-à-dire les riverains du Tramway actuel et se satisfaisant fort bien de ce nouveau projet (NIMBY), les riverains situés à la droite du Jardin Botanique et qui ne voudront pas entendre d’un projet de substitution passant chez-eux.
Bref la division totale chez « les gens d’en bas »… pour mieux régner ? Meuh non loin de moi cette idée

Ici aussi une information noyée dans la masse aurait dû immédiatement alerter le citoyen lambda. La création d’une station de Tramway au cœur d’une clinique ? Là aussi se serait autant qu’incompréhensible qu’inconcevable. N’importe quoi !
Dans la foulée je lancerais « l’enquête publique-cause toujours » sur laquelle les gens se précipiteront nimbés du sentiment d’un devoir accompli.
Au fait… Coût initial du viaduc : 100 millions d’euros… BINGO !

« Opération piège à cons » : fin de la troisième phase. Paramètres nominaux.

ACTE IV
La rumeur aurait à peine enflé qu’elle trouverait son officialisation dans la presse locale, appuyée par les premières protestations du personnel de la clinique. En l’occurrence il serait dit que celle-ci devrait quitter le plateau de Brabois pour aller s’installer sur l’autre colline de Nancy, là où se trouve l’ensemble du pôle hospitalier privé. (Et personne ne s’enquerrait du coût de l’opération et de son financement).
Il aura été annoncé que les bâtiments libérés pourraient servir de résidences étudiantes, mais je sais que le nombre d’appartements accueillant les étudiants est déjà excédentaire.
Il sera en réalité beaucoup plus rentable de raser la clinique et de bâtir un ensemble immobilier surplombant le jardin botanique avec tout Nancy comme point de vue. BINGO !
Car c’est ici que situerait le véritable enjeu. Un programme comprenant le viaduc associé à un ensemble résidentiel. Les propriétaires des petites maisons avoisinantes n’auraient d’autre solution que celles de vendre pour ne pas vivre au sein d’un chantier-enfer de plusieurs années et cela sans préjuger par la suite des nuisances dues à une augmentation du trafic et de la population.
La surface destinée au projet immobilier s’en trouverait considérablement augmentée. BINGO !

« Opération piège à cons » quatrième phase. Paramètre nominaux. Lancement de la phase annexe ayant pour nom de code « Opération Jackpot ».

Acte V
Une information extraordinaire surgirait soudainement en laissant derrière elle, je le sais, sidération et sarcasmes.
La ville de Nancy cœur et âme de la Métropole du Grand Nancy, minérale et bétonneuse à outrance et célèbre dans sa déficience quant à sa politique de transports en commun, mais de cela je ne le dirais jamais, se ferait remettre un prix par BFM business : celui du « Grand prix des villes dans la catégorie Mobilité et transition écologique ». BINGO !
Mais hélas, cette belle opération de communication orchestrée au cordeau risquerait au final d’être inopportune, car elle arriverait au moment même où la société exploitante du réseau de transport urbain du Grand Nancy se trouverait en plein cœur d’une polémique. Cette dernière ferait l’objet d’articles quotidiens relatant les invraisemblables dysfonctionnements du nouveau réseau de transport mis en place à la rentrée 2019.

Il serait aisément possible d’imaginer commentaires et doutes quant à l’opportunité de cette récompense censées tomber fort à propos pour justifier la politique actuelle de l’urbanisation de l’agglomération.
Le timing concernant cette communication au plan national ne s’avérerait finalement pas des plus judicieux au moment où la vindicte populaire enflerait envers son réseau de transport.

« Opération piège à cons » Cinquième phase. Flop.
Procédures de communication et de scénarisation à réinventer.
Nb : virer mon directeur de com.

Acte VI ?
Alors que les gentils riverains seraient encore à parler du sexe des anges en quémandant la clémence des quelques arbres qui les séparent et les protègent de l’ouvrage d’art en devenir et qui seront forcément abattus, deux nouvelles rumeurs se mettraient à circuler en vue de préparer les opinions.
Une emprise supplémentaire sur le jardin botanique serait envisagée voire déjà actée.
J’organiserais la cession d’une partie du terrain du Jardin Botanique à une société d’Economie mixte qui interviendrait pour finaliser les programmes qui seraient ensuite rétrocédés à l’agglomération.
« Opération piège à cons » sixième phase. Ballons d’essai largués.

Mais tout ceci n’est que projectives, fictions et élucubrations. Je n’oserais me croire capable de telles dérives et manigances pour mutualiser les dépenses et privatiser les profits.
M’enfin…

En attendant la suite de ce feuilleton, un comité s’est formé en vue de défendre le jardin botanique.
Face à l’impressionnante machine qui se dresse contre lui, il a besoin de soutien, d’une équipe de bénévoles spécialisée dans la communication et la défense de l’écologie ou du patrimoine pour étendre l’information au-delà de l’agglomération et la nationaliser.
Cela, à l’heure où tout le monde se gargarise d’écologie, Nancy en premier qui fait semblant de la pratiquer et se justifie en plantant trois buissons et deux prunus taillés tous les ans.
Il ne reste que quelques jours, QUELQUES !, pour déposer son avis sur le cahier d’enquête publique qui se termine le 30 septembre
Toutes les informations et détails de ce qui pourrait être sont là :

https://www.facebook.com/collectif.riverains.10?epa=SEARCH_BOX

https://www.registredemat.fr/DUP-Tramway-Nancy?fbclid=IwAR3nrVcSnpUS4SO8F2JpXLGJYOTMedYm4U6lx7ib-dKN3kwwZuG-lFfilIo

5 commentaires

  • Avatar Montet

    Acte VII
    Il me faudra reprendre la main sur la la communication.
    Je vanterais par l’intermédiaire d’un « publi-reportage » paraissant chez les « copains de la presse locale* les mérites du nouveau Tramway sans le mentionner un seul instant en ironisant sur les défauts de l’ancien Tramway pour pousser les gens à aimer et porter le nouveau projet.
    Bien évidemment il se sera jamais fait mention du nouveau Tramway pour bien passer sous silence les « errements trop bien calculés » du nouveau projet de Tramway… Détourner les attentions.

    Pour faire passer le message j’utiliserais la vieille et bonne technique primaire de manipulation des masses maintes fois éprouvée : C’est pour votre bien-votre santé-votre sécurité–je pense très fort à vous (votre argent).
    J’userais aussi du mode humoristique, une autre technique de manipulation de base.
    C’est celle qui fait ricaner les imbéciles-écervelés et qui terrorise les pleutres qui se tairont/terreront de peur de se faire « moquer » si d’aventure ils osaient contester des faits manipulés de manière à ne pas pouvoir être contestés.

    Devant le déploiement de tant de défauts évidents pour mettre définitivement EN terre l’ancien Tramway dans l’esprit des gens, la populace ne pourra qu’adhérer docilement et bêLement au nouveau projet.
    – « Le nouveau sera bien plus bÔ madame Michu, j’vous dis, il était temps
    – Oh oui c ‘est évident ».

    Ni vu ni connu j’t’enbrouille encore ; c’est tellement trop facile… Heu bêêê ? J’en ai presque honte… presque ; fÔ pas dec quand même… J’entends le doux son des sous s’approcher.

    « Opération pièges à cons  » septième phase réussie : Récupération de la communication réussie. Lancement réel du sous-programme « Embobinage méRdiatique ou alors « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ».… (j’hésite encore)
    Nb : j’ai bien fait de virer mon ancien dir de com

    * https://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2019/09/24/treize-bonnes-raisons-de-detester-le-futur-tram

  • mirzabad mirzabad

    La photo là….
    Ce ne serait pas le tramway de Lisbonne?

  • Avatar Montet

    Oui il est bien plus beau et celui-là monte sans problème

  • Avatar engel

    Il n’y a absolument aucun problème technique pour faire gravir une forte pente à un tramway.
    …Et on sait faire depuis plus de 150 ans !https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wacko.gif

    Nb: Tout le monde à déja vu l’image du tram de St Francisco gravissant ses collines.