Un petit SMS ? Pamphlet nucléaire contre les Écrans, les SMS et la folie cataclysmique du moment ….

Sylvain Rochex, donne sa vision sur cet outil mis à la disposition de tous, pour permettre la discussion instantanée et, c’est pas brillant. Ça a le mérite de faire réfléchir. Partagez ! Volti

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Sylvain Rochex pour Déscolarisation.org

Depuis le temps que j’écris des pamphlets et autres libelles, sachez que j’aimerais réussir à balancer la plus grande baffe que j’ai jamais mise. Une baffe dévastatrice, une baffe qui soit l’équivalent d’un cyclone qui rase tout ou d’un volcan qui réduit tout en cendre. Une baffe sûrement encore plus grande que celle que j’ai mise dans la gueule des profs. Une baffe définitive contre le mésusage qui est fait des SMS et autres petits messages (de merde) adressés à quelqu’un par voie numérique dans un but de soi-disant communication.

Mon enfoiré de frère, complètement addict à ces merdes de petits messages stupides me dit que je procède par de multiples sophismes…

Comment est-ce que ça pourrait être ainsi tant ce cri du cœur et de la raison me vient du plus profond de mes tripes ? On pourrait aussi tenter de me dire que j’abuse du raisonnement sur ce sujet mais la cause est évidente : tenter de convaincre un addict à ces petits systèmes pourris de messagerie, c’est aussi difficile que de faire dévier de sa route un témoin de Jéhovah ou autres religieux fanatiques. Pour espérer, un déplacement d’un micron de la croyance du fanatique, il faut y aller à coup de butoirs d’arguments et de raisonnements, prenant le risque de parfois se planter ou de parfois tomber dans la mauvaise foi passagère.

« Tragédie de ceux qui, s’étant portés par amour du bien, dans une voie où il y a à souffrir, arrivent au bout d’un temps donné à leur limite et s’avilissent.» (Simone Weil). Et en face des défenseurs de la technologie (qui sont aussi les défenseurs de l’État, de l’École de Jules Ferry, de l’Idéologie du Travail et de l’Argent…), il y a à souffrir et à atteindre parfois ses propres limites. Face à ces alcooliques du Mail et du SMS, oui, il y a à finir par s’avilir d’essayer de les convaincre de quoique ce soit : car on ne réussit pas à retirer une prothèse vitale à quelqu’un sans danger. Nous sommes à ce moment de l’histoire technique où ce qui avait toujours été à 100% exosomatique (en dehors du corps) est vécu endosomatiquement. En clair : la prothèse est désormais vécue intérieurement comme une greffe par l’utilisateur. Lui arracher, c’est le tuer. Tenter de lui arracher, c’est le menacer de mort. On en est là avec les SMS et les Mails (et autres messageries à la con — car il y a toute une ménagerie de messageries dans ce monde de merde).

Voilà bien longtemps que je tente de dénoncer ces mésusages destructeurs. J’avais écrit une fois un papier contre le téléphone mobile pour dire qu’il engendre une destruction du soin et de l’attention à cause de la multiplicité des vies potentielles qu’il contient en permanence.

Le principal avantage de la suppression du mobile est un phénomène intense de re-concentration des actes/gestes quotidiens, une régénération de mon attention et d’une dose substantielle de soin : le retour d’un engagement total de ma personne dans chacun de mes gestes et de mes choix. LE RETOUR en fanfare du vrai CHOIX.

Le mécanisme en est archi-simple : le téléphone mobile est ce pharmakon qui nous place en permanence TOUS dans un état de conscience où nous sommes constamment envahis par une énorme quantité d’autres éventualités – infinie en fait, puisque le mobile c’est aussi l’espoir secret que « Jésus », ou autres envoyés divins subjectifs, se décident enfin à nous contacter personnellement pour nous donner une promotion affective, financière, en terme de pouvoir et de « réussite » ou autres – . Nous faisons quelque-chose, mais le téléphone mobile contient la possibilité de faire des milliers d’autres choses. Nous voyons quelqu’un, mais le téléphone mobile contient la possibilité de voir des centaines d’autres personnes. Nous vivons, mais le téléphone mobile contient en permanence UNE AUTRE VIE – MEILLEURE ÉVIDEMMENT – EN POTENTIEL. Et donc, nous ne vivons pas la vie que l’on a, et je pense sincèrement que nous nous méprisons tous les uns les autres via cet outil : car nous en avons (presque) tous un, l’insulte est donc réciproque, c’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’elle fonctionne.

Depuis l’avènement de cette invention de malheur, quel nouveau donné entre nous vraiment nauséabond ! : nous nous voyons cher ami, mais nous savons toi et moi que nous avons beaucoup d’autres chats à fouetter et que ceux-ci peuvent apparaître d’une seconde à l’autre. C’est LE POSTULAT RÉCIPROQUE du : j’ai toujours à faire ailleurs et avec d’autres que toi, ne m’en veux pas ! …

Eh bien, il faudrait peut-être commencer à s’en vouloir un peu plus car ce n’est pas NORMAL cette histoire : c’est même vicieux et méchant au dernier degré !

D’ailleurs, je parle d’insulte réciproque (qui fonctionne grâce à sa réciprocité); c’est intéressant étant donné que maintenant en ce qui me concerne je n’en ai plus : je me consacre donc à 100% aux gens que je vois, mais eux, non ! Charmant !

C’est en fait la très vieille problématique philosophique de : tous les choix conservés = aucun choix réel, qui se trouve portée à son extremum avec le pharmakon du téléphone mobile.

Et donc quel véritable bonheur, de se remettre à choisir telle ou telle activité/geste ou de voir telle ou telle personne, afin de s’y consacrer à 100% en éliminant pour cela toutes les autres potentialités … Ce qui est normalement un des premiers piliers de la sagesse, voire même plutôt de LA VIE ! … de tout ce qui est vivant, … de la néguentropie !!! Imaginez tels ou tels éléments du cosmos qui essaieraient d’évoluer en conservant (plus ou moins « consciemment », matériellement), en stock, toutes les potentialités… Vous voyez bien que c’est le contraire radical de la vie.

Aucun Écureuil mâle de la forêt n’est arrêté dans sa chasse pour niquer sa comparse, par un SMS qui l’orienterait tout à coup dans un autre coin de forêt !!! Non, ce serait trop entropique (désordre) pour maintenir LA VIE. L’harmonie serait attaquée en son ADN. …

Ce problème de l’absence de choix, on le trouve aussi dramatiquement de plus en plus depuis un demi-siècle concernant l’espace et l’habitat : on veut garder en potentiel le fait de pouvoir aller à la mer, à la ville, à la campagne, à la montagne, sur toute la terre et dans tous les pays, et donc, on ne parvient pas à s’implanter, à construire, et à prendre racines (et on se dessèche… dans les transports…).

En d’autres termes, le téléphone mobile pose le problème philosophique du désir. Ascétiquement, on sait que le désir est notre plus grand ennemi. Ne rien « désirer » est le cap de sagesse suprême. Eh bien, le téléphone mobile est ce qui maintient en permanence la puissance concomitante de tous les désirs (au sens de « ce qui pourrait être/ce qui devrait être »).

Quand je pense aussi au désastre affectif que peut représenter cette toxicité du téléphone mobile, je suis pris d’effroi.

Nous avons basculé dans un monde où quand Sylvie est avec Mathieu, elle pense que Bruno pourrait lui téléphoner d’une seconde à l’autre, pendant que Mathieu pense qu’il va bientôt envoyer un SMS à Lydie (sachant que Bruno et Lydie, eux-aussi, sont dispersés et ainsi de suite). Nous avons basculé dans un monde où quand Hervé va voir sa mère, il consulte ses emails (et ses SMS, voire en envoie) pendant qu’il fait mine d’écouter sa mère et il pense à tous les coups de fils important qu’il pourrait recevoir ou qu’il pourrait donner (il dira à sa mère : « Attend, excuse-moi, c’est important ! » voire ne dira rien du tout !! Il répondra !). Nous avons basculé dans un monde où un nombre substantiel de gens font l’amour tandis que les smartphones vibrent ou sonnent à cause de SMS envoyés par des amants ou prétendants… Nous avons basculé dans un monde où les jeunes sont joignables en permanence par leurs parents (et s’ils ne répondent pas ils se feront gronder : « pourquoi tu n’as pas répondu ?? il faut que tu répondes. » Ça, et mille et une autres situations du même genre où LE SOIN, l’ATTENTION, la concentration, à l’autre ou à ce qu’on fait se sont étiolés, voire ont complètement disparu.

Je devrais introduire dans cette analyse les deux concepts de « fidélité » et d’ « investissement », mais le sens de ces deux mots a tellement été tordu par d’autres voies et ils sont un peu difficiles à utiliser.

L’absence de soin, d’attention, de concentration, d’investissement et de fidélité : c’est ce qu’on appelle d’un seul mot : L’INCURIE, qui donne aussi incurieux.

Le téléphone mobile (à fortiori le smartphone) généralisé, c’est l’incurie généralisée.

Alors quelle joie de se consacrer corps et âme, EN ENTIER, à ce qu’on fait et/ou avec qui l’on se trouve. Quelle joie d’aimer ! D’être présent avec les présents. D’être des présents les uns pour les autres.

Sauf que l’autre que je vois demeure pour le moment armé de son téléphone ! Mais fort heureusement, c’est désarmant !

Ce discours sur le mobile étant fait, il apparaît qu’un téléphone mobile et un téléphone fixe sont des objets fondamentalement différents, voire selon cette analyse totalement opposés. Le téléphone fixe, placé à un endroit bien choisi de notre abri (chambre, maison), et branché quand on le décide, permet justement de corréler : retrait du monde et le retour potentiel de la multiplicité des choix concernant le monde. Il faut que ça soit uniquement le désoeuvrement, le vide, et l’absence totale de relation qui donnent son essence au téléphone et qui provoque son usage déterminé. De cette manière, vous obtenez un juste équilibre (vital, sanitaire) entre action/inaction, relation/non-relation, intérieur/extérieur, relation avec untel = non relation avec tel autre.

C’est souvent lorsqu’on réalise une action en apparence ennuyeuse qu’on est tenté d’apprécier la béquille du téléphone, or la voie juste est celle donnée par Simone Weil dans la deuxième partie de la citation : « Croire qu’on s’élève parce qu’en gardant les mêmes bas penchants (exemple : désir de l’emporter sur autrui) on leur a donné des objets élevés. On s’élèverait au contraire en attachant à des objets bas des penchants élevés. »… Ce qui veut dire : intéresse-toi à la manière dont le joggeur qui passe devant toi s’est essuyé le front, plutôt que d’attraper ton téléphone mobile… Concentre-toi, prends-soin, considère (étymologiquement : porter son regard ensemble vers l’infini des étoiles), sois présent.

J’ai révélé à mon frère l’intention d’écrire un papier intitulé : « Gloire au téléphone des années 70 ! » pour dire combien l’usage du téléphone à cette époque était bon, et voici les horreurs qu’il m’a répondu : « Dans les années 70, un gars comme toi a sans doute écrit un article qui disait « halte à la tyrannie du téléphone ». Il devait dire : « il y a en marre de ces intrusions dans nos vie, de n’importe qui, qui peut nous déranger à n’importe quel instant, et qui pénètre comme cela, au cœur de notre foyer. Alors même que l’on mange en famille, tous ensemble ; alors même que l’on se douche, ou que les enfants viennent de s’endormir, que l’on lit un super bouquin, que l’on s’engueule, que l’on discute sérieusement avec sa fille, la sonnerie stridente (pourquoi stridente d’ailleurs, ça ne pourrait pas être un petit chant d’oiseau) retenti dans la maison, et oblige, oui oblige, telle une injonction, à ce que l’on réponde.

Peut-être est-ce grave, peut-être est-ce Tatie qui donne des nouvelles… ou peut-être est-ce George qui nous harcèle tous les jours, ou René, qui est incapable de comprendre que l’on a pas deux heures devant soi, ou Jean-Michel, qui passe son temps à nous parler de ses problèmes…..

Et puis là, j’étais plutôt triste à l’instant, et pas le courage de remonter le morale à Jean-Pierre. Et là, j’étais hyper joyeux, pas envie d’entendre les jérémiades de Micheline. « 

Alors, oui, il en fallait du courage pour faire un truc hyper pas naturel, hyper désagréable, hyper malsain….

Mais cela donnait du pouvoir à ceux qui n’en avait pas… le pouvoir de s’imposer. alors, en effet oui, je préfère 100000 fois le fonctionnement d’aujourd’hui. Et ce n’est pas une inversion de la tyrannie, cela redonne le choix à tout le monde, de passer le temps qu’il veut avec qui il veut… »

Non, si j’avais été adulte dans les années 70, je n’aurais pas écrit des horreurs pareilles.

Mon frère m’explique gentiment que « le nœud divin qui noue les choses » (saint-exupéry), que la bonne distance, que la philia, le dia-logos, le rapport à trois termes où Dieu est le troisième terme (Weil), la médiation (et donc in fine : Kosmos et Physis), que tout ça va se faire foutre, au profit de son confort à sélectionner au micron ce qui lui fera, NON DU BIEN, mais PLAISIR. Or, par ce crime des singularités, de la complexité et de la diversité (au service de son plaisir), il roule pour l’entropie, donc pour la mort.

Galerie des horreurs aussi car quand il décrit les soi-disant inconvénients des intrusions provoquées par le téléphone des années 70 : il méprise totalement la relation avec l’autre au sens du rejet de la difficulté et des douleurs qui vont avec. Oui, l’autre est différent et singulier, oui l’autre souffre, l’autre est égoïste, donc oui l’autre peut être chiant. Oui, l’autre est un grain de sable souvent, un petit caillou dans la chaussure.

Mais lui, celui qu’il trouve chiant, maintenant il le tue, et il fais vivre celui qu’il ne trouve pas chiant (que dis-je : celui qui lui fait plaisir). Mais pas au travail par contre, là, il fais un effort car il y a l’argent et la reconnaissance sociale vitale à la clé. Or nul ne peut servir deux maîtres : c’est donc pour l’argent qu’il devient digne du « bon rapport », de la « bonne distance » entre les hommes ; c’est pour l’argent qu’il accepte la différence et les singularités et compose avec. Si y’a plus d’argent à la clé et si la technologie lui offre la possibilité de se débarrasser de ceux qui ne lui donnent pas uniquement du plaisir, il fonce.

Mon frère et moi, sommes nés en 1978 et 1980. L’informatique et le développement de la cybernétique s’est fait dans les années 90, nous étions ados. Et que m’offre-t-il ce frère, une fois la maturité atteinte, comme soi-disant relation ? : cette cybernétique beaucoup plus jeune que nous, c’est-à-dire ce gouvernement des choses et des êtres par la machine et le pilotage à distance ; et cette disruption (cette impossibilité de saisir quoique ce soi) qui nous tue.

Comme l’État, comme l’Idéologie du travail, comme l’Idéologie pavillonnaire, comme l’école de Jules Ferry, comme la bagnole, comme les industries culturelles et les médias de masse, les nouveaux outils de la soi-disant communication viennent flatter et chercher ce qu’il y a de plus bas et de plus vil dans l’homme. On nous propose d’être un tyran dans sa tour d’ivoire qui peut cybernétiser ses relations afin d’être tranquille : pourquoi le refuserait-on ?? On peux s’offrir un réseaux de liens, bien poli, bien karchérisé des aspérités ; un réseau de liens qui nous correspond à la perfection, qui s’emboîte parfaitement avec nous : c’est de l’ENTROPIE. La néguentropie vient, elle, de l’aspérité, de la singularité, du défaut qu’il faut.
Grâce à ces outils du démon, on s’est mis à chercher de LA CAUSALITÉ pure dans les relations humaines afin d’être prévoyant et de suivre bien comme il faut ses déterminismes. Alors que l’improbable et l’impossible proviennent eux de la QUASI-CAUSALITÉ (c’est-à-dire : causalité + grain de sable = improbabilité qui devient probable = neguentropie = Vie) — N.B : Cf. Bernard Stiegler. Bref, la Vie provient du grain de sable (scrupulus ?) qui engendre des bifurcations dans un sens inverse à l’entropie. Ouf !! La cybernétisation de ma vie, me permet d’éviter le plus grand nombre de grain de sable possible !! Je suis et resterai un projectile avec un rayon de courbure à la con : déterminé et sage vis-à-vis de l’inertie, qui est mon seul moteur ! Et pour cela : prolétaire je suis et je me dois de tout prolétariser. C’est le drame de tant de familles : prolétarisation (par la scolarisation) : nous sommes ultra-déterminés et nous jouons toujours plus dans le sens de nos déterminismes. Et la cybernétique qui vient parachever tout ça. Merci Google de m’offrir la possibilité de me maintenir dans la causalité pure.

Hier, j’ai eu quelqu’un au téléphone pour des chaussures sur « le bon coin ». Cette personne doit me recontacter aujourd’hui pour me donner les frais de port et son adresse. Y’a 8 chances sur 10, qu’elle bascule sur un SMS afin de m’éviter, afin d’éviter une relation humaine, d’éviter le grain de sable. Surtout que je lui ai demandé son prénom à la fin et que ce genre de demande sent vraiment trop fort la relation humaine (prénom : voie vers la singularité…).

Tous ces pharmaka (inventions humaines à la fois remède et poison), qui permettent de s’affranchir de l’autre, de le faire disparaître ou apparaître au grès de nos envies et plaisir est la pire invention qui soit pour l’humanité (la plus destructrice). Et vous tous, malades, osez en faire l’apologie… aveuglé par vos désirs tyranniques et égoïstes…

Je demande à mon frère et à mes frères humains des relations normales depuis des années… Mais quelle bénédiction absolue que ces inventions de Google et Cie pour tous nous gérer les uns les autres, comme on gère des objets plus ou moins encombrants. C’est bien connu, Jésus aurait dit : « Gérez-vous les uns les autres avec un smartphone ! » Jean 13:34. Ou encore : « Rationalisez-vous les uns les autres au service de vos désirs. »… On a chosifié la Terre en abolissant la distance, et on a chosifié les gens avec nos smartphones et autres ordinateurs. Consommation d’êtres humains pour servir nos plaisirs, un peu comme on choisit d’aller au cinéma ou au resto.

Je dis à mon frère «  avoir une relation normale » , j’entends par là une relation qui neutralise localement (dans la localité d’une relation) l’Épochè technologique pour quelque-chose le plus intemporel possible et cela suppose un effort (donc un amour). N.B : La néguentropie est toujours locale. Nous sommes dans l’Épochè d’Internet qui ne permet pas de juger correctement, une Épochè qui nous perd, qui nous divise, et qui sépare et nous sommes pris dedans. En clair, « relation normale », c’est de se dire : okay l’humanité vit un truc étrange avec le pharmakon Internet, mais il y a un grand risque à ce que j’indexe tous les éléments de ma vie sur cette Épochè, voire sur ces enchaînements brutaux d’Épochè (car dans la disruption ça bouge sans cesse). Pourquoi indexer les gens qui me sont proches dans un truc aussi instable et brumeux dont on ne sait pas ce qui va en sortir et à fortiori le pire ? Car la condition pharmacologique est une condition tragique : pourquoi ne pas me protéger, moi et les miens, le plus possible, de tout ça ?

(N.B : oui, je suis adepte depuis plusieurs années des concepts utilisés par B. Stiegler).

J’enrage au dernier degré contre plein de gens (désormais une majorité!!), qui sont devenus des fous, des MALADES de l’écran et de la communication par écrits numériques. Il m’est arrivé plusieurs de fois de produire un discours anti-SMS a une personne pour recevoir un SMS d’elle dans la journée… !!! Comme pour me dire : « Ta condamnation des SMS me fait mal, et je la rejette à 100% sans même prendre le temps de l’analyser, car j’ai BESOIN viscéralement des SMS, car cet outil est pour moi une protection contre autrui et contre moi-même. Et pour te le hurler silencieusement, je t’envoie un SMS dans la journée.»

Ce mouvement interne de lâcheté pure qui caractérise 95% des rédactions de SMS est une abyssale catastrophe. Une catastrophe 100 milliards de fois plus grave que l’avènement de la voiture. La voiture m’affranchit de l’usage de mes jambes. Avec la voiture, la lâcheté se situe dans mes jambes. Pour les mails et les SMS, la lâcheté SE SITUE AU NIVEAU DE MA CAPACITÉ À AIMER, c’est à dire cette capacité qu’on a d’affronter la différence et l’odeur de l’autre : L’AUTRE CET INCONNU (PLEIN D’ÉMOTIONS ET DE SOUFFRANCES). L’autre, ce scrupulus ambulant ; cette source de quasi-causalité permanente (et donc d’effort d’ajustement pour moi).

Je craque complet à propos du mésusage des gens des mails/SMS/Facebook et Cie. Je n’en peux littéralement plus (ça dure depuis trop longtemps). On ne peut strictement plus rien vivre et faire avec des outils en permanence disponibles de PROTECTION et BARRICADEMENT, car au moindre soucis, au moindre truc qui va un tant soit peu mettre à mal LE PLAISIR entre deux personnes : hop, l’un des deux va disparaître grâce à ces outils.

Alors, fini LA POLITIQUE, fini LA PHILOSOPHIE, fini LA POLÉMIQUE (or « Polémos est père et roi de toute chose » — Héraclite). Fini LE LOGOS ET LA PHILIA. Fini la néguentropie, donc fini KOSMOS ET PHYSIS. Fini Dieu. Fini Jésus Christ.

Je l’affirme, je perds pieds devant la mort de la médiation divine entre les hommes, devant la mort de l’amitié, et j’ai du mal à trouver du secours, si ce n’est comme d’habitude, en Jésus-Christ.

…/…

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15 commentaires

  • gnafron

    Volti, je t’aime bien, mais à force d’accueillir et promouvoir tous les tarés de la terre, ben ça va pas le faire…

  • Merci mille fois Sylvain pour ce texte. Il n’y a rien à ajouter sauf que tes mots touchent mon coeur, touche mon quotidien. Un combat encore plus lourd pour des parents qui espèrent le meilleur pour leurs enfants. Comment apprendre et offrir le meilleur alors que partout on les tente, on leur offre le pire. Respecter ses enfants c’est leur permettre de toucher à tout mais quand le tout les rend addict, faut-il devenir censeur, geôlier, ou faut-il les laisser aller au fond de cette déviance en leur montrant de part notre attitude un autre exemple. Je n’ai aucune réponse à mes questions, juste des incertitudes, des doutes. Encore merci pour ce texte.
    Déjà avec ton article sur l’enracinement, tu m’avais enchanté.

  • Graine de piaf Graine de piaf

    Ouf ! je n’ai pas réussi à lire un tel pavé, mais le commencement a suffi pour me faire plaisir car, ayant un portable, je ne m’en sers pratiquement jamais, en tout cas jamais pour les sms car je ne l’ai pas programmé pour, et seulement pour joindre un artisan car sinon c’est impossible de les avoir au bout du fil.

    Avant je le trimballait en voiture au cas où un incident surviendrait, mais je ne pense même plus à le prendre et tant pis pour les conséquences, si conséquences il y a et j’espère que non.

    Quand je vois jeunes et moins, bien moins aussi, jeunes, l’engin collé à l’oreille, je me demande comment ils font pour traîner ce fil à la patte sans arrêt, pour être dérangés quoi qu’ils soient en train de faire, esclaves volontaires enchaînés à un téléphone ! https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif moi je ne pourrais jamais ! j’aime ma liberté, elle est sacrée, et même à la maison où pourtant je reçois peu d’appels, je laisse sonner et je rappelle si cela me convient et au moment où je me sens disponible. J’évite aussi d’appeler sauf occasion exceptionnelle. Je préfère écrire un courriel pour contacter mes amis et prendre de leurs nouvelles. Parfois ils me répondent de la même façon, parfois ils m’appellent mais me connaissant c’est rare.

  • Graine de piaf Graine de piaf

    Merci Sylvain, pour le coup j’ai pris le temps de tout lire et j’adhère absolument à vos propos. https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_good.gif https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_bye.gif

  • senzu

    Et si tout le monde finissait pas se détendre concernant Jésus ?

    Pour la plupart des chrétiens autonomes de l’humanité qui n’ont rien à voir avec les institutions religieuses ; Jésus-Christ n’est qu’un SYNONYME, une incarnation dit-on, de l’Amitié, de la Philia, de la « bonne distance », de l’harmonie, de l’unité des contraires, de la médiation divine, du Dia-Logos, de la fraternité, etc. etc. Il y a beaucoup de mot ou d’expression qui permettent de désigner à peu près la même chose. Le Chrétien a « Jésus-Christ » comme mot supplémentaire, c’est tout. Bref, c’est qu’une histoire de biais culturel, donc tout ça c’est à la surface des choses ; en profondeur, nous parlons des mêmes choses, merci à ceux qui n’ont pas tout à fait la même culture et qui le perçoivent. Les vrais chrétiens sont hors de l’Église instituée (et ils sont anarchistes) : les autres sont des moutons apeurés. Et les vrais chrétiens, — dans les 7 milliards d’humains — sont peut-être majoritaires : l’Église catho et autres foufous illégitimes sont des épiphénomènes déjà condamnés. Bisous à tous. S.R.

  • SANTE

    Bien un peu long à lire. Par contre, je dis àSylvain que le fautif n’est pas le sms mais l’humain qui en abuse.
    Le téléphone mobile reste un outil qui a son utilité dans certains cas.
    La faute incombe aux parents si les enfants ont des mobiles.

    • Graine de piaf Graine de piaf

      c’est vrai santé, mais va dire cela aux parents qui ont de grands enfants capables d’acheter eux même cet objet grâce à leur tirelire ou leur argent de poche ! ce n’est heureusement pas mon cas mais j’en connais pour lesquels c’est un réel problème, et si l’enfant est majeur que faire ? on sait très bien que même un bon exemple ne sert strictement à rien du tout dans ce cas. La tentation de faire comme les autres moutons est trop forte.

  • mianne

    Sylvain, je comprends votre révolte . Quand je pense qu’à l’âge de quarante ans, avec une famille, à distance, réduite hélas à un seul parent qui n’avait pas le téléphone, je n’avais jamais fait installer ni utilisé de téléphone fixe, le seul existant alors, et n’en ressentais pas le besoin. J’écrivais beaucoup et voyais mes amis presque tous les jours. L’arrivée d’Internet, avec sa mine d’informations et la possibilité de lire les journaux étrangers, m’a poussée à installer une ligne téléphonique, une box et mon premier téléphone fixe . J’utilise beaucoup le courrier électronique pour mes démarches administratives et commerciales .
    Quand je vois mes petits-enfants, totalement sourds à leur entourage, l’écouteur quasiment greffé à l’oreille, converser pendant des heures sur leur smartphone avec des amis qu’ils retrouveront pourtant dans la soirée, s’envoyer non-stop des SMS en abrégé ou des selfies grimaçants, jouer à des jeux débiles avec des inconnus, je suis heureuse de ne pas être dérangée par le téléphone portable que je n’ai pas .
    Quant à Jésus Christ et aux autres grands résistants du passé, je n’avais pas pensé que leurs communications avec les vivants pouvaient être parasitées par l’invasion des communications des téléphones portables. Désolée, Sylvain, même sans portable, je n’ai jamais rien reçu de leur part . Ils doivent avoir leurs têtes . Un de ces jours, pour leur tendre la perche en direct, j’irai rechercher ma bonne vieille Ouija Board au grenier .https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_smile.gif

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