Santé et argent magique. Le hold-up de la médecine par la bureaucratie au service de la finance. Le rôle des ARS…

Explications sur le naufrage de notre système de santé. La France, modèle mondial en la matière (c’était avant!) gère maintenant le service de santé comme une entreprise, au détriment des patients. Et ce n’est que le début, puisque 15.000 suppressions de postes sont attendus cette année.(article en cours d’édition)

Dès l’année 2002, les professeurs Even et Debré alertent : « À tous, il rappelle que la médecine doit être sobre, humaine, fondée sur le cœur, le savoir, l’expérience et la raison et centrée sur chaque malade particulier et non pas une démarche technologique d’ingénieurs centrée sur les maladies en général. Hier la première du monde, notre médecine ne sera bientôt qu’un champ de ruines : dépenses galopantes ; urgences débordées ; pléthore extravagante d’hôpitaux souvent délabrés et sous-équipés ; pénurie sévère et désengagement des infirmières et des médecins ; prolifération d’un cancer administratif et informatique envahissant ; manque de lits pour les convalescents, les vieux et les handicapés ; sous-utilisation de la médecine de ville, mais prévention et dépistage des grands fléaux et des cancers quasi-inexistants ; surmortalité masculine précoce insupportable ; formation médicale continue en panne et pervertie par l’industrie ; aide au tiers-monde inexistante, etc. » (réf. n° 8)

Santé démocratie et argent magique. Le hold-up de la médecine par la bureaucratie au service de la finance. Le rôle des Agences régionales de santé. 

A la suite de l’altercation entre le président et des soignants du CHU de Rouen en avril 2018, il nous a semblé nécessaire de rappeler une nouvelle fois quelques pistes pour remettre l’argent de la santé là où il devrait être et libérer le carcan qui étouffe médecins et soignants. Rendre la liberté de soigner, meilleur moyen de lutter contre les déserts médicaux.

Car si le président cherche l’argent, peu lui ont finalement répondu, comme si le problème ne pouvait pas être résolu. Comme après un attentat, maintenant on pleure nos morts aux urgences, mais on refuse de traiter le mal à sa racine. On s’apitoie sur les médecins (espèce en voie de disparition) et les autres soignants en burn-out ou suicidés, les patients victimes étant le plus souvent invisibles. Une prise de conscience est nécessaire, et il faut dénoncer les causes pour y remédier.

Le traitement existe : nécessite une forte volonté politique et surtout un choix de société

Les élus de droite ou de gauche, toujours embourbés dans les fausses solutions (maisons de santé qui resteront vides etc…) qui s’empareraient de ces pistes auraient un boulevard pour gagner la sympathie des français. En effet les citoyens commencent à réaliser que le péril se rapproche d’eux et de leurs familles qui demain, en cas d’urgence, attendront plusieurs heures sur une chaise ou un brancard, quitte parfois à mourir avant d’avoir seulement vu un médecin. A moins que le plafond de l’hôpital ne leur tombe sur la tête (comme à Marseille le 9 avril 2018).

Et pendant ce temps-là à l’assemblée et au sénat, on discute du sexe des anges ou presque. De la possibilité d’inscrire dans la Constitution le droit à l’avortement (et bientôt à l’euthanasie probablement). Mme Veil a pourtant inscrit ce droit il y a plus de trente ans et Mr Leonetti a poursuivi avec sa loi sur la sédation définitive… Pulsions de mort d’une société déliquescente soumise à la haute finance ? Nos élus devraient pourtant constater que bien que le principe de précaution soit inscrit dans la Constitution, cela ne les a pas empêché de voter l’obligation vaccinale pour des nourrissons sans qu’aucun « essai clinique » n’ait démontré l’innocuité d’une inoculation groupée, ni l’âge adéquat pour soumettre un bébé à 73 valences en même temps (groupés dans 11 vaccins). Pourtant au-delà du doute nécessaire [1], le rapport italien sur la vaccination des militaires devrait faire réfléchir…

La médecine va mal, et chacun sait aujourd’hui que nous n’exagérons pas, que tous les appels au secours des médecins et soignants dès les années 2012 et surtout 2015 étaient plus que justifiés [2]. Les 50 000 manifestants soignants, réunis le 15 mars 2015 dans Paris, avant le premier vote de l’abominable loi Touraine, n’ont pas réussi à réveiller le peuple. Délicatement bercé et berné par les promesses de tiers payant, savamment relayées par les médias aux ordres, il a dormi jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à ce que quelques-uns ne s’effondrent définitivement aux urgences ou devant leur téléphone au SAMU.

Qu’est-ce qui a changé entre l’époque où le système de santé français était au premier rang mondial (vers 1998) et le naufrage actuel ?

Le hold-up de la médecine par la bureaucratie 

Avant 1996 et la création des ARH [3], agences régionales d’hospitalisation, le maire était de droit le président du conseil d’administration de l’hôpital local et le préfet de département (et la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) placé sous son autorité), exerçait la tutelle des établissements de santé assurant le service public hospitalier et la tutelle des établissements médico-sociaux.

Il gérait aussi la permanence des soins et pour partie la question des urgences via un comité départemental, le CODAMU [4] [5]. Officiellement les orientations nationales de santé publique fixées par l’état devaient se décliner sous la responsabilité du préfet, mais il voyait cela de loin sans s’immiscer dans les « choix » médicaux. Les élus locaux avaient encore un poids (relatif car les réformes développées depuis le début des années 80 avaient déjà commencé le travail de sabotage avec les lois de 1984 sur le statut des médecins devenus « praticiens hospitaliers, la loi de 1991 créant la double hiérarchie, séparant médecins et paramédicaux. Nous y reviendrons à une autre occasion).

Le coup de massue fut la création des ARH en 1996, qui donne de nouvelles armes aux technocrates pour définitivement priver les médecins de liberté de soigner.

L’état centralisateur a voulu créer une « autorité dédiée afin de rendre plus lisibles les actions dans le domaine de l’hospitalisation et de « concentrer suffisamment de pouvoirs administratifs ». Il l’exprime clairement !

Elimination des représentants élus dans la gestion des hôpitaux de leur commune ! Trop proche de la plèbe et incapable de fermer leur hôpital de proximité efficace, utile même si pas toujours rentable ! Les ARH sont placées sous la tutelle du ministère de la santé et sous le contrôle économique de l’Etat constituées sous la forme de groupement d’intérêt public (GIP) associant des personnes publiques compétentes dans le domaine de l’hospitalisation : l’Etat (préfets, DRASS et DDASS), organismes d’assurance maladie (caisses régionales et les unions régionales des caisses crées dans la même ordonnance que celle instituant les ARH).

Les ARH sont chargées des missions de planification et d’allocations des ressources hospitalières. Les ARH, et c’est là l’innovation, reçoivent une véritable délégation de pouvoir à l’imitation des recteurs et des préfets, pour mettre en œuvre la politique régionale d’offre de soins hospitaliersd’analyser et coordonner l’activité des établissements de santé publics et privés, de contrôler leur fonctionnement et de déterminer leurs ressources (article L6115-1 CPS.). Fini les pouvoirs des chefs de service, des compétences médicales.

Puis l’ordonnance du 4 septembre 2003 a encore renforcé les pouvoirs des directeurs des ARH, leur transférant un certain nombre d’attributions alors détenues par les préfets.

C’en est fini de la liberté de gestion médicale des hôpitaux publics et privés qui marchait si bien : la multiplication des administratifs se développe de plus en plus à partir de 1995 avec la mise en place des SROSS, schémas régionaux d’organisation sanitaire et sociale.

Elle avait largement commencé entre les années 1975 et 95 : l’hôpital Hérold dans lequel je fus chef de clinique en 1973 comportait près de 400 lits gérés par une quarantaine d’administratifs. La fusion en 1988 des hôpitaux Herold + Bretonneau à Paris s’accompagne d’une réduction de lits se limitant à 360 lits environ à l’ouverture (donc beaucoup moins que les deux établissements réunis, et ils seront gérés par près de 400 personnels administratifs non médicaux. Avec la création des ARH, le pouvoir décisionnaire de ces administratifs va croitre et embellir.

A partir de cette époque du premier SROSS et la création des ARH, commence la chasse aux petites maternités (moins de 300 accouchements par an) malgré la défense courageuse de leurs médecins, personnels et citoyens. Les manifestations se multiplient d’un bout à l’autre de la France, de la Corrèze aux Ardennes en passant par la Normandie, etc… Sans unir leurs efforts malheureusement. Les comités de défense des petites maternités ont dû mal à porter leur parole au-delà des locaux et bien sûr le plan national tente de réduire leurs doléances à des conditions locales…

Des drames commencent à arriver avec des accouchements dans des voitures ou en hélicoptère lorsque la neige allonge les trajets. En même temps que les maternités et peut-être de façon moins visible, les lits de psychiatrie, de chirurgie disparaissent dans tout le pays, y compris dans la grosse Ile de France. Bref, le maillage territorial de la santé est progressivement détricoté. Les français ferment les yeux, sauf lorsque leur maternité est menacée et que cette catastrophe devient visible. Alors on manifeste localement mais on a du mal à unir les luttes…

Les directeurs des ARH, nommés par décret en conseil des ministres, exercent leurs attributions au nom de l’Etat [6], sont chargés de définir par activité et équipement les territoires de santé, de se prononcer sur le retrait d’autorisation ou sur la modification de son contenu, de créer les établissements publics de santé, (…) conclure les contrats de concession pour l’exécution du service public hospitalier, passer les conventions relatives à la santé mentale, prendre la décision d’admission à participer au service public hospitalier. Ces directeurs tout puissants, médecins ou non ne peuvent évidemment pas connaitre tous les besoins des diverses villes, des spécialités multiples et sont trop souvent sous influence de lobbies politiques, financiers, associatifs ou autres. 

La multiplication des partenariats public privé va fondamentalement modifier l’exercice hospitalier public et le concept même de service public, à partir du moment où les enjeux financiers deviennent prioritaires devant les préoccupations médicales. Et ce sont les directions administratives qui de fait en décident !

L’introduction en Bourse des puissants laboratoires pharmaceutiques qui vont fournir les médicaments innovants, de certaines structures privées d’hospitalisation [7], la création de sociétés type start-up par des hospitaliers du public vont également troubler les contours du tableau hospitalier depuis le début du nouveau siècle. Tout ceci sous le « contrôle de l’ARH ».

Les décisions d’activité médicale échappent alors aux chefs de service, aux médecins et aux soignants, d’autant que les directeurs d’ARH ont un pouvoir quasi absolu malgré les commissions qui l’entourent. Dès 2002 les Pr Even et Debré alertent les élus, les médecins et les citoyens sur la sur-administration déjà qui ruine l’hôpital. [8]

2002 : « Aux malades, ce livre raconte les risques et les maladies d’aujourd’hui et la vie des médecins et des infirmières qui les soignent. (..) Aux médecins, il tente de faire comprendre la confusion incroyable d’un système qui les paralyse et pourquoi il ne fonctionne pas comme il devrait. C’est ici une invitation à la mobilisation et l’action. Aux élus, il dénonce la politique centralisée, menée depuis 25 ans, purement administrative et comptable, à courte vue, sans lucidité ni courage, en mêlant gaspillages insensés et restrictions injustifiées. » À tous, il rappelle que la médecine doit être sobre, humaine, fondée sur le cœur, le savoir, l’expérience et la raison et centrée sur chaque malade particulier et non pas une démarche technologique d’ingénieurs centrée sur les maladies en général. Hier la première du monde, notre médecine ne sera bientôt qu’un champ de ruines : dépenses galopantes ; urgences débordées ; pléthore extravagante d’hôpitaux souvent délabrés et sous-équipés ; pénurie sévère et désengagement des infirmières et des médecins ; prolifération d’un cancer administratif et informatique envahissant ; manque de lits pour les convalescents, les vieux et les handicapés ; sous-utilisation de la médecine de ville, mais prévention et dépistage des grands fléaux et des cancers quasi-inexistants ; surmortalité masculine précoce insupportable ; formation médicale continue en panne et pervertie par l’industrie ; aide au tiers-monde inexistante, etc. Tout peut être pourtant sauvé à budget constant. À condition de « refonder » tous ensemble le système. L’heure des replâtrages est passée. Les auteurs proposent ici un vaste plan global et cohérent, au service de la médecine et des patients. »

Quelle clairvoyance dans ce texte écrit y a 16 ans déjà. Et depuis cette période, le train a continué à dérailler, à foncer dans le mur. Tout ce qui était écrit dans ce livre s’est poursuivi, aggravé jusqu’au Titanic actuel. Comme disait un internaute, le patron du Titanic a tenté de changer de cap devant l’iceberg, trop tard certes. Mais en santé, actuellement on continue les mêmes recettes (pourquoi changer ce qui ne marche pas) avec l’arrogance d’un petit milieu dans sa bulle qui ne sait ni écouter, ni voir…

Les ordonnances Juppé ont cassé l’hospitalisation publique et privée, la privant de sa liberté de soigner, de s’organiser, de gérer localement et non de très loin déjà, des bureaux feutrés où le café et le thé agrémentent les réunions entre gens bien élevés qu’il ne faut pas contrarier, si on tient à son poste [9].

Néanmoins la médecine libérale, hors hospitalisation, disposait encore d’une certaine marche de manœuvre, malgré la pression de plus en plus forte des caisses de sécurité sociale chargées de les mener par la baguette sur l’obéissance aux recommandations de prescription. C’était encore trop.

Naissance des ARS et mort programmée de la médecine de ville

Les ARH vont devenir les ARS via la loi Bachelot de 2009 [10], dont la main mise va s’étaler largement sur tous les secteurs de la médecine française sans exception. Ce nouveau régime juridique est « marqué en tout point par la transversalité entre l’hospitalier, le médico-social et l’ambulatoire, par la démocratie sanitaire et par la lisibilité de la politique de santé en région ».

Comme le reste de la politique, on est de plus en plus plongé dans Orwell et le nouveau langage qui modifie le sens des mots. Citons les plus célèbres : « La guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. »

La démocratie sanitaire est une vaste plaisanterie à l’heure où les médecins généralistes et spécialistes hospitaliers public ou libéraux sont privés de toute liberté de soigner. Quant aux soignés, ils sont menu fretin, jamais reçus au ministère, malgré des manifestations importantes ou des grèves de la faim répétitives. Le fossé se creuse entre autorités de l’état replié sur lui-même, y compris à l’échelle des ARS et les citoyens.

Les ARS [11] ne sont en aucun cas indépendantes, comme on le prétend parfois. Elles sont le bras armé du ministère, comme les autres préfectures : délégation de pouvoirs, autonomie renforcée, pouvoirs renforcés, aucun lien hiérarchique avec le préfet de région.

Les pouvoirs du nouveau Directeur Général d’ARS sont considérables. Leur apparition marque la disparition complète des pouvoirs des préfets sur les questions de santé. La loi HPST dans son article 129 présente l’organisation de l’ARS [12] dont la mise en place constitue une véritable fusion entre organismes différents comprenant des personnels de statuts différents. [13]

Argent magique, avez-vous dit ? 

« Les ressources de l’agence sont constituées par une subvention de l’Etat, des contributions des régimes d’assurance maladie ; des contributions de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, des ressources propres, dons et legs ; sur une base volontaire, des versements de collectivités territoriales ou d’autres établissements publics, des crédits du fonds pour la modernisation des établissements de santé publics et privés dans des conditions définies par décret ». Bref pour l’essentiel nos impôts.

Le personnel des agences (une par région) comprend, des fonctionnaires, des personnels mentionnés au 1° de l’article, des agents contractuels de droit public, des agents de droit privé régis par les conventions collectives applicables au personnel des organismes de sécurité sociale.

Le directeur de l’agence a autorité sur l’ensemble des personnels de l’agence. La grande révolution achevée par cette loi complète celle engagée avec les ARH et constitue un « véritable hold-up de tout le secteur médical par la technocratie ».

Le rôle des médecins et cadres de santé en tant que tels est nul, même si leur nombre n’y est pas négligeable. En peu de temps, ils sont conditionnés à remplir des tableaux Excel, à faire du « reporting » à longueur de journée, dont beaucoup diront qu’ils ne savent pas à quoi ils servent [14]. La culture du chiffre est devenue le dieu de la gestion managériale dirigée circonstance aggravante par des non médecins pour lesquels ce qui convient au patient est une entité théorique, apprise dans les écoles à des années-lumière de la réalité du terrain.

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Source Aphadolie via :

https://reseauinternational.net/sante-et-argent-magique-le-hold-up-de-la-medecine-par-la-bureaucratie-au-service-de-la-finance-le-role-des-ars/

https://fr.sott.net/article/32444-Sante-et-argent-magique-Le-Hold-up-de-la-medecine-par-la-bureaucratie-au-service-de-la-finance-Le-role-des-ARS

 

5 commentaires

  • 15 000 suppressions de postes dans les hôpitaux attendues cette année
    « Les objectifs fixés par la loi de financement de la Sécurité sociale (votée fin 2017) exige pourtant des économies de plusieurs millions d’euros de la part des établissements de santé pour la seule année 2018. De sévères coupes sont attendues notamment du côté du personnel, qui représente le gros de la masse budgétaire des hôpitaux. »
    https://www.bastamag.net/2018-15-000-postes-en-moins-dans-les-hopitaux

  • bonjour braves mougeons

    zon besoin que de 15% d’esclaves…faut bien faire du vide…

    je dénonce tout ces faits depuis 25 ans à mon entourage et aussi au fil de conversation avec des inconnus…..je ne vote pas..car cela implique d’être complice d’assassins et d’escrocs ….

    nous connaissons les responsables de ces faits au NOM du pouvoir et de l’avoir..( dirigeants du peuple élu….banksters…pourritiques (mis en place avec l’aide des votants)…religieux…..

    les éléments vitaux (eau,terre,air,soleil) commencent à remettre de l’ordre pour les crimes commis par homosapienssapiens destructor..malheureusement des enfants et des femmes payent de leur vie la connerie des gens cités au dessus..et surtout ne me parler pas de libre arbitre et de justice divine…

  • Cyrildu44

    Pourtant, au lieu de supprimer les cadres hospitaliers qui ne servent à rien, pourquoi ne pas leur trouver une utilité ?
    Depuis plus de 10 ans, les différents gvts pensent effectivement trouver la solution en supprimant à tout va.

    Je compte résilier ma mutuelle si l’offre de soin continue de se réduire.

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