Au secours, le Hollandisme économique revient !…

Après avoir été élu sur des promesses que Jupiter ne tiendra pas, sa popularité risque d’en pâtir. N’oublions pas qu’il a été ministre de l’économie, conseiller de Hollande et donc responsable, de l’état déplorable des finances publiques. Pour l’illusion de remplir le tonneau des Danaïdes pas contre, c’est tout de suite.

Les Danaïdes par John William Waterhouse, 1903/Wikipédia.

FIGAROVOX/TRIBUNE – Fiscalité, dépenses, travail : pour Benjamin Masse-Stamberger, les mesures annoncées par le Premier ministre rappellent dangereusement celles adoptées par l’ancien locataire de l’Élysée.

Le hollandisme économique, que l’on croyait sorti de l’Histoire par la petite porte, serait-il déjà en train de faire son grand retour par la fenêtre? On se souvient qu’en 2012, à son arrivée à l’Élysée, le président socialiste avait décidé une hausse massive des impôts – des ménages aussi bien que des entreprises – afin de respecter la sacro-sainte règle des 3 % de déficit budgétaire, imposée par Bruxelles. La conséquence de cette politique est connue: la manœuvre avait entravé à la fois l’offre et la demande, cassé la croissance, et empêché ainsi que notre pays ne tire parti d’un environnement international plutôt favorable. Le temps que l’Élysée ne change de pied, le quinquennat s’était déjà terminé sur un échec cinglant: une croissance molle, et plus d’1 millions de chômeurs supplémentaires. Pour colmater les trous, Hollande avait même engagé en fin de mandat de nouvelles dépenses, dont on découvre aujourd’hui qu’elles plombent encore davantage que prévu nos comptes publics!

Autant dire que le nouvel exécutif se retrouve quasiment de retour à la case départ, même si l’environnement international est à nouveau un peu plus favorable. Or le premier réflexe d’Emmanuel Macron – puisque c’est bien lui qui est à la manœuvre au travers des annonces de son premier ministre – est le même que celui de Macron Emmanuel, qui à l’époque conseillait Hollande à l’Élysée. À savoir de privilégier le respect des révérés 3%, quand bien même la conséquence serait de revenir sur ses promesses de campagne.

C’est le cas, bien sûr, en matière fiscale: du fait des contraintes budgétaires, les baisses d’impôt promises sont reportées, délayées, étalées sur l’ensemble du quinquennat. C’est le cas pour les ménages, avec la réforme de l’ISF, renvoyée à 2019, et la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages. Cette dernière réforme – qui rapporterait 325 euros annuels à un ménage moyen – a été repoussée «sine die». Selon Édouard Philippe, elle sera mise en œuvre «d’ici la fin du quinquennat». Pas très précis, s’agissant d’une réforme emblématique du programme de Macron, vendue comme le principal levier pour rendre du pouvoir d’achat aux classes moyennes.

Même punition pour les entreprises: la transformation du CICE en allégement de charges pérennes est elle aussi reportée à 2019.

Les hausses d’impôt, en revanche, c’est maintenant: la hausse de la CSG entrera en vigueur dès 2018, et ne sera donc pas compensée immédiatement par la suppression de la taxe d’habitation – ce qui était un des grands arguments des macroniens pour «faire passer la pilule», auprès des retraités notamment. Par ailleurs, le premier ministre a annoncé que la «montée en puissance de la fiscalité carbone sera accélérée», ce qui ne sera certainement pas sans conséquences sonnantes et trébuchantes pour les automobilistes.

Mais si les baisses d’impôt sont reportées, les baisses de dépenses, elles, sont accélérées. Si le contenu doit en être précisé, le montant du plan d’économie, lui a déjà été annoncé: entre 15 et 20 milliards d’euros en 2018.

Au final, des mesures restrictives qui s’appliquent immédiatement, et d’autres, plus favorables à l’activité, qui, hormis la réforme du Code du travail, sont reportées. On voit mal pourquoi les conséquences de ce décalage temporel seraient différentes de ce qu’elles ont été en 2012: entraver le début de reprise qui, comme à l’époque, a timidement commencé à se manifester.

Priorité donnée aux engagements européens sur la croissance, focalisation monomaniaque sur le droit du travail, dont chacun sait qu’il n’est au mieux qu’un levier parmi d’autres pour redresser l’activité: ce cocktail, inventé par Hollande, avait eu deux conséquences. D’abord, casser la croissance. Ensuite, gonfler les voiles des extrêmes, en particulier d’une extrême-gauche ultra-minoritaire dans le pays, mais ressuscitée par l’obsession de vouloir passer en force sur le Code du travail, suivant là encore une exigence de Bruxelles. Mais peut-être cette perspective de rester seul avec les extrêmes n’est-elle pas pour déplaire à Emmanuel Macron, dont chacun aura compris qu’il songe déjà à sa réélection en 2022.

Auteur Benjamin Masse-Stamberger pour FigaroVox

**Benjamin Masse-Stamberger est journaliste et essayiste. Ancien Grand reporter à l’Express, il est co-auteur notamment du Pouvoir et l’argent (Ed. Presses de la Cité) et de Bienvenue dans le pire des Mondes (Plon). Il tient le blog Basculements.**

Cette analyse met en évidence, ce qu’avait dit le candidat Asselineau. C’est Bruxelles qui commande, les « chefs » d’état ne sont là, que pour faire appliquer les GOPE. Que fallait-il attendre d’un président mondialiste, ultralibéral pour qui la haute finance est prioritaire ? Sortez les kleenex…

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