Vincent Jauvert, La face cachée du Quai d’Orsay….

Tous les médias en parlent, un ministère à la gloire de Fabius, avec ses secrets inavouables, ses scandales connus et étouffés. Un petit pas dans les coulisses de ce prestigieux ministère qui, à l’instar du reste des représentants de cette France de façade, grande donneuse de leçons, finissent de jeter en pâture, à la face du monde, la corruption et la moralité dont notre pays est miné. C’est dingue tous ce qui sort comme livres dénonciateurs sur ces prédateurs, divers et avariés. Ceux qui ont accepté de « se confier », ont certainement conscience que la fête est finie… Merci à TerraEtheris…

Img/http://www.laffont.fr

ARGENT PUBLIC Le Quai d’Orsay, un ministère à la dérive.
Délabrement de la représentation française à l’étranger, copinage, détournements de fonds occultés : un livre dénonce la misère et surtout les abus qui règnent au ministère des Affaires étrangères, longtemps cachés par un culte du secret.

La diplomatie française part-elle à vau-l’eau depuis des années ? La première vraie enquête indépendante, réalisée au cœur de cet État dans l’État et retranscrite dans un livre, sur la base de documents confidentiels que des diplomates écœurés ont accepté de livrer à l’auteur, Vincent Jauvert, vient de paraitre (1).

« Ces hauts fonctionnaires compétents ne supportent plus de voir le ministère des Affaires étrangères malmené budgétairement et à la dérive, parce qu’une nomenklatura est plus attachée à défendre ses propres intérêts qu’à défendre ceux de la France », dit-il, après deux ans de travaux à leurs côtés.

Les diplomates cognent sur de récents ministres (Douste-Blazy, Kouchner, Alliot-Marie) épargnent Juppé et à un degré moindre Fabius, mais dénoncent et décrivent surtout un système malsain.

Petits trafics

On apprend ainsi que l’ambassadeur de France à Madrid, Bruno Delaye, est soupçonné d’avoir loué à de grandes sociétés les somptueuses salles de réception de sa résidence pour 90 000 euros versés sur son compte bancaire personnel. Il a fait l’objet d’une enquête, mais n’a écopé que d’un blâme et a été vu dans des voyages officiels avec François Hollande.

Le représentant au Luxembourg et son épouse, M. et Mme Terral, ont, eux, déclaré deux fois plus d’invités présents aux réceptions à l’ambassade, donc obtenu deux fois plus de remboursements forfaitaires. Ils ont reconnu « des maladresses ». Mais comme la retraite approchait, l’ambassadeur a été déplacé à Paris.
Suspect de pédophilie muté

Plus grave, un diplomate français en poste à New York, suspecté de pédophilie et qui a réussi à quitter précipitamment les Etats-Unis en 2011, a été recasé au… service internet du Quai d’Orsay à Paris, avant d’être exfiltré.

« Tout cela reste en interne pour ne pas affecter l’image de la France », se désole un interlocuteur de l’auteur qui reconnaît qu’en matière de pédophilie pourtant, le Quai « a mis fin à l’omerta qui régnait jusqu’aux années 2000 ».

Gros salaires et emplois fictifs

Sur l’argent, l’enquête lève enfin quelques tabous. Ambassadeurs et consuls sont mieux payés que les ministres, les salaires fluctuant de 9  000 à 24 000 euros pour le Yémen.

Mais au moins, ceux-là travaillent. Car on apprend que le ministère comptait en 2008 « 238 ambassadeurs sur étagère ». Rémunérés mais sans affectation après avoir exercé dans tel ou tel pays. Beaucoup ont dépassé 55 ans. Pour désengorger cet effectif, le quai d’Orsay a signé des chèques de pré-retraite de 80 000 à 100 000 euros !

Les nominations, par l’Élysée ou en interne, restent d’une grande opacité. Qui devient diplomate ? Des énarques, des lauréats de concours mais aussi une litanie de proches du pouvoir, d’anciens conseillers de cabinets ministériels, de parlementaires, de copains de promotion de l’ENA à recaser.

Très pratique pour cela : les ambassades thématiques comme celle « des relations avec la société civile », de « l’audiovisuel extérieur » ou de « l’Antarctique ».

Machisme et lobby gay

Enfin, l’enquête confirme la réputation qui colle aux Affaires étrangères d’être un ministère divisé entre mâles machistes et lobby… gay. Les premiers surnommaient jusqu’en 2012 une ambassade d’Asie « la cage aux folles », et déploraient la promotion de « jeunes femmes inexpérimentées au nom de la parité ».

Pourtant, au palmarès des dérives et du machisme, le diplomate est dominé par… l’épouse de diplomates si on en croit le livre. « Comportement tyrannique avec le personnel », dépenses de prestige, harcèlement de conseillères qui déplaisent : la direction scrute autant le comportement de l’ambassadeur que celui de sa ou son conjoint (les coming-out se multiplient).

Laurent Fabius a dû nommer un médiateur chargé de déminer les conflits. Après tout, c’est le boulot de ce ministère.

(1) Vincent Jauvert, La face cachée du Quai d’Orsay, chez Robert Laffont

4 commentaires

  • Yanne Hamar

    Comme il est dit au début : « la fête est finie ». Les livres accusateurs sont souvent écrits par ceux qui veulent sauver leur peau. Ce qui a l’avantage de soulever les plaques d’égouts .
    Enfin, quand les rats quittent le bateau, c’est annonciateur. Cramponnez-vous !

  • Zugzwang

    La face pas vraiment cachée quand on sait qu’aujourd’hui, la quasi-totalité des institutions publiques et entreprises privées ont recours au détournement d’argent, aux abus financiers en règle générale, aux emplois fictifs et sont victimes d’au moins 1 lobby quel qu’il soit.

    Pour moi, la face cachée est celle qui contient les institutions / entreprises qui ne sont pas corrompues. Ce livre ressemble plus à recueil supplémentaire (un de plus…) d’histoires vomitives pour les malades en manque de régime alimentaire.

  • engel

    Non, des livres qui dénoncent, il y en a toujours eux pléthore et régulièrement dans les rayons des librairies !
    Simplement maintenant, nous arrivons à la fin. Et apparemment, les gens deviennent un peu plus sensible à la cause!
    …Et donc ce type de livre a plus de visibilité.

    Et bien oui, « fainéantise » et sa douce fille « ignorance » ont un prix.
    …Et l’heure de l’addition semble approcher.

  • Tyr

    Le plus important dans cette info, c’est que l’on a ici des affaires de pédophilie qui ont été étouffées, protégées.

    Vu ce que le gouvernement a fait vis à vis de l’affaire Barbarin où il a mis en accusation une hiérarchie entière pour des faits, avec médiatisation à outrance et accusations parfois douteuses, on se demande pourquoi une telle discrétion et pourquoi les ministres des affaires étrangères ne se retrouvent pas accusés de la même façon que Barbarin…

    Surtout que l’un des accusation concernerait un homme qui avait « de 16 à 19 ans » lors des faits.
    19 ans, il était donc majeur et il s’agit d’une affaire d’homosexualité, surtout. Mais attention, on ne doit pas toucher au lobby qui siège aux plus hautes instances des partis politiques et du gouvernement.

    Ce « deux poids deux mesures » laisse perplexe.