« Les semences sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire »

De plus en plus dur d’être paysan, car si pour certains, c’est une manière de vivre, pour d’autres, cela est devenu un véritable enfer. Chaque jour, il faut se battre pour vivre, pour survivre, et pour entretenir une profession victime de la haute finance avant tout. Il suffit de regarder la situation de Philippe Layat, ou encore de celle de ces 600 autres qui chaque année nous quittent… Le but de certains de ces agriculteurs, protéger les semences bios qui ne sont pas rentables pour les grandes multinationales, en effet, une semence bio, vous récupérez les graines, et elles repousses! Alors que les semenciers préfèrent vous voir utiliser des semences qui ne pousseront qu’une seule fois, vous poussant à racheter de nouvelles semences, encore et encore….

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Au village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, des cultivateurs du monde entier se sont retrouvés fin septembre avec une idée en tête : « Semer la résistance ».

Sur une table, Nader Mahmoudi expose fièrement des bouquets d’épis dorés. Barbus, blonds, roux. Chez lui, en Iran, il cultive plusieurs centaines de variétés de blé. Un paysan français s’approche et lui tend un sac de graines d’épeautre : « C’est une céréale d’ici, mais elle se plaira peut-être chez vous ! » Nader ouvre de grands yeux : il n’a jamais vu cette espèce. À grand renfort de mimiques et avec l’aide d’une traductrice, les deux paysans discutent pendant plus d’une demi-heure de méthodes de culture et de conservation.

Blé contre épeautre, sorgho contre haricot, carotte contre patate. Ces échanges informels de semences et de savoir-faire fleurissent dans les allées du village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Entre le 24 et le 26 septembre, plus de 250 personnes du monde entier se sont retrouvées dans ce haut-lieu de la solidarité et de la convergence des luttes.

La bourse d’échange des semences.

Paysans, compagnons ou citoyens, ils ont répondu à l’appel « Sème ta résistance ! » : « Les semences, base de toute production agricole, sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire », écrit dans un communiqué le Réseau semences paysannes, co-organisateur de l’événement. « Nous ne sommes pas là en tant qu’Africain, Latino ou Européen, confirme Jacques Nametougli, venu du Togo. Nous sommes ici en tant que membres de la communauté humaine, pour défendre ce qui est la base de notre alimentation. »

Neuf paysans sur dix sélectionnent, échangent et sèment chaque année une partie de leur récolte. Ils utilisent des semences diversifiées et adaptées à leur terroir. Ainsi, près de 70 % de notre nourriture dépend aujourd’hui de ces graines transmises à travers les siècles par des générations de paysans.

Les multinationales utilisent les brevets pour privatiser les semences

« Un agriculteur qui n’a pas de semences n’est pas un agriculteur, dit Omer Agoligan, cultivateur béninois. Malheureusement, ça disparaît vite, nous avons perdu la moitié de nos variétés de sorgho en moins de dix ans. » Un constat amer partagé par l’ensemble des participants : la biodiversité cultivée s’érode dramatiquement, et les paysans sont peu à peu dépossédés de leurs semences et de leurs connaissances.

Au Mali, en Syrie comme en Colombie, les conflits déplacent les populations paysannes loin de leurs terres, délitent les communautés rurales et détruisent les stocks de semences. « En Irak, après des années d’exil loin de leur village, quand les paysans ont enfin pu revenir, les semences traditionnelles s’étaient perdues et ils n’avaient plus les connaissances », rapporte Zoé Beau, de l’association Graines et Cinéma.

Petites lunettes et casquette plate, Alvaro Salgado représente la Red en defensa del maiz (le Réseau pour la défense du maïs), une organisation paysanne mexicaine. Avec d’autres, il lutte depuis plusieurs années contre la contamination des maïs traditionnels par des plants transgéniques. « Les firmes, appuyées par des scientifiques et les gouvernements, veulent contrôler le centre d’origine du maïs, en Amérique centrale, à travers la diffusion des OGM (organismes génétiquement modifiés), constate-t-il. Il s’agit d’une stratégie de contamination biologique afin de retirer aux peuples indigènes leurs terres, leurs moyens de subsistance et leurs savoir-faire. »

L’atelier pain.

Outre les OGM, les firmes multinationales recourent aujourd’hui aux brevets pour privatiser les semences. « Toute la diversité du vivant peut désormais être confisquée par des brevets octroyant la propriété industrielle sur des plantes ou des animaux, constatent les participants dans leur déclaration finale. Les plantes de nos champs pourront être, sans qu’on le sache, couvertes par un brevet industriel. » Brevet qui interdit de fait l’échange et la réutilisation des semences par les paysans.

Pour autant, « les firmes multinationales dominent parce qu’elles sont soutenues par des politiques publiques », estime Antonio Onoratti, éleveur italien. Catalogue officiel, accord international ou norme sanitaire favorisent ainsi les variétés commerciales au détriment des variétés paysannes.

« La fierté et la dignité d’être paysan »

Pourtant, la résistance paysanne et citoyenne s’organise. Au village Emmaüs, les compagnons élèvent des poules dont la race est en voie d’extinction, et accueillent la Maison des semences paysannes du Béarn, une petite cabane inaugurée lors des Rencontres, pour conserver la diversité des variétés d’ici… et d’ailleurs. Boliviens, Sénégalais et Roumains sont venus déposer des paniers remplis de graines sur des étagères fraîchement montées.

Article en intégralité sur Reporterre.net

 

13 commentaires

  • MiracleBoy

     »en effet, une semence bio, vous récupérez les graines, et elles repousses!  »

    la quand même ….

  • soubiemyriam

    Alléluia

  • jardinfleuri

    Je me permets d’intervenir, car certaines allégations sont fausses.
    Loin de moi l’idée de défendre les grands semenciers, qui effectivement essaient de mettre la main sur les semences, mais, contrairement à ce qui est affirmé, il est toujours possible de récupérer des semences.
    Travaillant dans un organisme de recherche publique, nous conservons les semences, de tous les pays avec lesquels nous avons des accords de partenariat de recherche.
    Notre rôle est d’aider les pays en voie de développement à préserver leur biodiversité et depuis plus de cinquante ans, nous avons collecté des centaines de variétés de céréales, de fruits et de légumes, qui sont conservé dans des chambres froides en Europe ou ailleurs.
    Nous les aidons également à répertorier leurs ressources agronomiques, afin de les protéger du vol de leur semences, par ces grands semenciers justement. Les paysans, qui sont généralement groupés en confédération, peuvent tout à fait demander à leur organisme de recherche agricole (généralement l’équivalent de l’INRA), les semences qu’ils souhaitent cultiver.
    Or la plupart du temps, ce sont ces mêmes paysans qui participent à l’appauvrissement de la diversité des semences, en ne cultivant que les variétés à haut rendement.
    On ne peut guère leur en vouloir, d’essayer d’augmenter leurs revenus. Il se passe la même chose qu’en Europe. Ce sont bien les paysans, qui se sont peu à peu tourner vers les variétés de haut rendements.

    Je ne veux dénigrer personnes, mais la réalité n’est ni toute blanche, ni toute noire, et je pense pouvoir prendre la parole, puisque mon travail consiste justement à caractériser génétiquement ces semences, afin que le pays concerné, le répertorie dans son patrimoine.

    Beaucoup de gouvernements de pays en voie de développement ont pris conscience de la nécessite de préserver leur patrimoine agronomique, ainsi que du danger de ces grandes entreprises. Les variétés « perdues », sont très certainement conservées quelque part dans une chambre froide. Dans notre organisme, nous avons plus de 1000 variétés de sorgho,dont celles du Bénin…

    L’important, c’est que le monde paysan, comme les citoyens, prennent conscience aujourd’hui, de l’importance de la diversité. Mais cette diversité s’applique également à toute forme de vie sur terre. Et finalement c’est cette prise de conscience qui est positive, et pas trop d’inquiétude à avoir: les ressources sont encore là!
    Bonne journée.

    • Ben du coup tu pourrais donner le nom de ton organisme ou d’un similaire ?
      C payants vos services ?
      Les pays doivent avoir des graines ??? En est on sur ?
      Si c’est un organisme public, il dépend de quel ministère ?
      Bref, si t’es chez Monsantoseed …bon…
      Sinon bravo …ob attend plus de détails et d’infos …
      Ps : Attention hein des fois inra proche de monsanto …

      • jardinfleuri

        Bonjour,
        Oui, je travaille à l’Institut de Recherche pour le Développement, et non, nous ne travaillons pas pour Monsanto.
        L’IRD, anciennement ORSTOM, est un petit organisme public qui travaille en partenariat avec les pays en voie de développement. Notre rôle est de les aider dans leur recherche agronomique, sociétale et médicale. C’est aussi la mission du CIRAD, mais sur une recherche plus appliquée. Nous dépendons de deux ministères: celui de la Recherche et celui des Affaires Étrangères. Après, nous ne sommes pas dupes. Cet organisme a été crée par de Gaule, qui, après les décolonisations, pensait qu’il fallait garder une présence française dans les anciennes colonies, autre que militaire. Mais bon, au moins, nous sommes sur le terrain, et nous approchons un peu plus la réalité, que ce que la presse transmet.
        Pour être un peu plus précise concernant les semences,la plupart des pays en voie de développement prennent conscience de la nécessité de préserver leur ressources, dans des chambres froides, ce qu’on appelle des banques de gènes. Nous avons le double de ces collections dans nos chambres froides, en cas justement, de problèmes dans le pays, mais aussi tout bêtement, en cas de coupure d’électricité, ce qui arrive hélas souvent. Notamment en Afrique de l’Ouest (c’est là où je bosse).
        Mais ces semences appartiennent légalement au pays d’origine. Nous même, n’avons pas le droit d’en disposer, ni de les distribuer, sans l’autorisation du pays. Nous pouvons les utiliser pour des programmes de recherche, mais en aucun cas, ces semences de nous appartiennent.
        Par contre, le pays peut les récupérer quand il le souhaite.
        A savoir que nous ne sommes pas le seul organisme à faire cela. Beaucoup d’autres pays d’Europe et les US, la Russie… ont des banques de gènes. Nous savions depuis longtemps qu’il est vitale pour l’espèce humaine de les conserver.
        Par contre, nous n’avons aucun lien avec la banque crée dans le permafrost par Monsanto, Gates, et autres multinationales privées, qui n’ont certainement pas les mêmes objectifs que nous.
        Pour finir, généralement, tout du moins dans les pays africains où je travaille, les paysans sont organisés en confédération, et s’ils demandent des semences, le pays leur fourni généralement gratuitement où pour une somme très modique. Mais comme je l’ai dit dans mon premier message, ce sont les paysans eux-mêmes qui abandonne la diversité des variétés, parce qu’ils demandent des variétés à haut rendement, ce qui est aussi encouragé par les gouvernements, car les besoins alimentaires ne sont pas couverts par la production locale. les pays doivent de ce fait, acheter des céréales(surtout du riz) sur les marchés mondiaux, et sont dépendants de la spéculation.
        Voilà, j’espère avoir répondu à tes interrogations.

  • il va falloir lutter grave pour préserver les « vraies » semences, notamment quand Monsanto va finir par tout privatiser.

    Kokopelli est en pointe, mais c’est bien que d’autres aussi se joignent à la résistance.