Iboga : Trafic, contrefaçon, pillage et massacre de l’«Âme du Gabon»

Suite à l’article que nous avons diffusé sur l’iboga, un spécialiste de cette plante Y.Guignon , auteur d’un rapport sur le sujet, est intervenu sur notre blog pour nous apporter ses connaissances. Mieux qu’un long préambule, lisez l’article… Pour soutenir l’action de Yann Guignon : http://www.gofundme.com/saveiboga

Img/http://gabonreview.com

Des cliniques spécialisées dans les pays occidentaux, de la contrefaçon et un trafic international monstre autour de l’iboga échappent totalement aux autorités et au fisc gabonais. Ce qui entraine une inflation ahurissante de son prix et met en danger les réserves d’iboga au Gabon, au détriment des Bwitistes et tradipraticiens, gardiens de la culture et des pratiques ancestrales autour de cette plante qui pourrait disparaitre du domaine public d’ici 2018 si rien fait. La détresse d’un pan important du «Gabon vert».

Le 6 juillet 2000, le conseil des ministres déclarait l’iboga «Patrimoine Culturel National», «signal d’une révolution imminente, celle qui permettre au Gabon de renouer avec sa véritable identité et de résoudre de grands problèmes philosophiques». Qu’en est-il des mesures prises suite à cette déclaration sous l’impulsion du défunt président El Hadj Omar Bongo Ondimba ?

Yann Guignon, un français de 40 ans, consultant international en médiation interculturelle et développement durable (cabinet Traits d’Union), spécialiste de la recherche sur l’iboga et initié au Bwiti depuis maintenant 10 ans, nous dresse un bilan inquiétant relativement à la protection de cette «ressource stratégique» et sacrée pour encore bon nombre de citoyens gabonais.

 

L’iboga est connu et étudié par les chercheurs occidentaux depuis maintenant près de deux siècles. Mais c’est en 1962, qu’un chercheur américain, Howard Lotsof, découvre les capacités anti-addictives aux drogues dures de l’iboga et en particulier de son principal alcaloïde : l’ibogaïne.

Suite à cette découverte concernant plus de 160 millions de personnes dépendantes aux opiacés (cocaïne, héroïne, crack…) dans le monde, des recherches seront entreprises dans plusieurs pays, principalement aux États-Unis, donnant lieu à près d’une douzaine de dépôts de brevet sur l’utilisation de l’ibogaïne et des autres principes actifs contenus dans la racine d’iboga à différentes fins thérapeutiques au delà de la simple perspectives de rupture de la dépendance aux drogues. Ainsi seront étudiées les possibilités d’utiliser les molécules extraites de ce que les traditionalistes gabonais appellent «le bois sacré» contre la maladie d’Alzheimer, les maladies neurodégénératives dans l’ensemble notamment post AVC, l’hépatite C, le diabète, la dépression, l’immunodéficience….

Bien que le peuple gabonais soit également concerné dans son ensemble par les maladies précitées, et encore plus des possibilités offertes par son patrimoine culturel ancestral et des ressources phytothérapeutiques à portée de leur main, ces recherches effectuées à l’étranger ne leur auront aucunement profité. Bien au contraire…

Avec l’avènement des nouvelles technologies d’information et de communication, notamment Internet, l’hyper médiatisation de l’iboga outre-Atlantique donnera naissance à une vague largement sous estimée de candidats à la consommation de cette plante endémique à la forêt équatoriale d’Afrique centrale.

A ce jour plus d’une centaine de centres à travers le monde dispensent des cures de désintoxication aux drogues et/ou de «développement personnel/spirituel» portant gravement atteinte aux réserves d’iboga disponibles sur le territoire gabonais et donc, par conséquent, à la bonne pratique des traditions gabonaises développées autour de cet arbuste utilisé par celles-ci depuis des millénaires.

L’iboga est aujourd’hui vendu sur internet sous diverses formes, en écorces râpées, en gélules, en homéopathie, en extractions chimiques ou en solution buvables. Cela a donné naissance à un trafic sans précédents, au mépris total des lois en vigueur portant protection de cette précieuse ressource.

Suite à un «État des Lieux de l’iboga au Gabon & à l’international» réalisé par Yann Guignon en 2012, sous la bienveillance du Professeur Jean Noël Gassita, l’iboga aurait connu une augmentation de 1000% de son prix sur le territoire gabonais, en 15 ans de surexploitation par des trafiquants en tout genre en lien avec des distributeurs internationaux principalement basés au Cameroun et en Afrique du Sud !

Yann Guignon en est arrivé à l’alarmante conclusion que l’iboga pourrait disparaitre du domaine public d’ici 2018 si rien n’était entrepris urgemment pour le protéger et le replanter.

Une enquête approfondie de ce dernier a permis de constater que, l’iboga se raréfiant à une vitesse stupéfiante dans ce que furent les grandes réserves sauvages et publiques sur l’ensemble du territoire gabonais, les braconniers, parfois également associés au trafic d’ivoire, ne se gênent plus pour pénétrer dans les parcs nationaux pour y arracher ce qui pourrait être qualifié d’«or vert».

De ce fait, les tradipraticiens gabonais se trouvent dorénavant de plus en plus confrontés à la raréfaction du précieux sacrement, à une augmentation insoutenable de son prix sur les marchés et pire encore, à sa falsification entrainant de plus en plus d’accidents de santé au cours d’initiations au Bwiti notamment.

Par ailleurs, les cueilleurs/revendeurs traditionnels se retrouveraient «harcelés par des hommes en uniforme» sur la route reliant la province de la Nyanga, où se trouvent les plus grosses réserves d’iboga sauvage, à Libreville où de nombreux temples sont dépendants des livraisons de l’indispensable racine.
Ces cueilleurs sont de plus en plus nombreux à se plaindre de la confiscation pure et simple de leurs cueillettes lors des barrages de contrôle ponctuant leur voyage vers la capitale. Au mépris total de leurs droits coutumiers inconnus de la plupart, les infortunés fournisseurs traditionnels sont assimilés aux trafiquants internationaux et traités comme des criminels, parfois même emprisonnés arbitrairement.

Pendant ce temps, les sites internet de vente d’iboga «origine Gabon» fleurissent en toute impunité sans la moindre action juridique des institutions gabonaises concernées. On retrouve ainsi des marchés en ligne allant jusqu’à proposer l’écorce de la racine d’iboga en provenance de Mayumba à la tonne !

Bien que la direction de la communication de la Présidence Gabonaise ai commandé une émission en août 2014, «L’iboga – Ça s’Explique», pour laquelle il a été demandé à Yann Guignon de mettre gracieusement à disposition le fruit de ses 11 années de recherches, les autorités concernées restent à ce jour sans réponse à cette problématique soulevée par la disparition galopante de l’iboga et des conséquences culturelles, écologiques, sanitaires et économiques qui en découlent.

Conscient que le Gabon traverse une période politico-économique houleuse, Yann Guignon souhaite attirer une attention particulière au sujet de cette situation qui pourrait bien priver le Gabon d’une ressource enviée par le monde entier qui, bien gérée, pourrait être source d’immenses revenus en parfaite adéquation avec le sacrosaint programme annoncé de «Gabon Vert».

A l’heure où de faramineux et non moins contestés programmes agricoles autour des plantations de palmiers à huile ruinent la forêt gabonaise au profit de bénéfices médiocres, l’iboga pourrait être au centre d’une économie fleurissante en parfaite adéquation avec l’ambition du gouvernement gabonais de trouver de nouvelles sources de diversification de son économie mise à mal par la chute du cours du baril de pétrole.

Il parait alors essentiel de se pencher sur cette possibilité pour convoquer, dans les meilleurs délais, les parties concernées en vue d’une réflexion majeure sur l’entrée du Gabon dans la discussion internationale quant à la disparition de cette ressource tant disputée. Une conférence internationale organisée par le GITA (Global Ibogaïne Therapist Alliance) se déroulera au Mexique en mars 2016 où seront réunis les chercheurs et revendeurs d’iboga du monde entier. Le Gabon y sera-t-il décemment représenté ? Affaire à suivre…

Auteur Gabon-review

Voir :

http://www.amessi.org/addictions-ibogaine-une-plante-africaine-efficace-pour-interrompre-l-addiction#forum691

Un observatoire de l’iboga a été créé sur Facebook :
https://www.facebook.com/groups/iboga/

Et aussi:

Protection de la biodiversité : La côte d’alerte

Le Zimbabwe vend des éléphanteaux pour assurer les salaires des écogardes

Haro sur l’exploitation sauvage du sable dans la capitale économique

 

6 commentaires

  • coriace07

    Excellent article,et perso je ne peu que confirmer,ici,en ardeche,il y a eu une periode ou des personne organiser des »seances »(a un prix plus que prohibitif)de desintox a l’Iboga et a l’ayahauasca pour divers addictions a divers drogues,mais qui,au final,n’etaient que de belles arnaques basées sur le profit et la credulité,meme si il est reconnu que l ibogaine et l’harmaline sont des anti addictif,faut il encore etre sur que l’ on nous fait absorber la bonne substance…a ce sujet,lire le trés trés bon livre(pour ne dire la bible)TRIPS au edition du lézard(je sais pas si j’ai le droit?!!)dessin de crumb et sheldon ecxellent!!!

  • Trollzilla Trollzilla

    Merci Mr Guignon !!!
    De préserver la culture Bwiti, ses traditions ainsi que de nous informer de ce qui se passe au Gabon.
    http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_rose.gif

  • SURICATE

    Révoltant de lire que les plus grosses réserves d’iboga sauvage sont menacées. Merci à Yann GUIGNON de son témoignage alarmant.

    Espérons que 2016 trouve la meilleure des solutions pour sauvegarder ces zones sauvages et l’iboga.

  • Atlante

    Cet article me choque car j’ai vécu presque 10 ans en Afrique, et j’ai appris à connaître les charlots ou rigolo de ces pays, y compris ceux du magreb ! Les premiers a décimer leur environnement, c’est quand même eux ! Pleurer parce qu’il perde de la fiscalité, çà me fait rire ! ha bon ! Que les ceuilleurs « illégaux » se fassent saisir, est-ce anormal, cueilleur, destructeur ou braconnier, en Afrique, c’est 99% de la population… No comment !

    Quand de l’argent leur échappe, ils pleurent, comme des saules, si des sites web en vendent, à qui la faute ?

    Cette plante surfe sur le marketing « provisoire et momentané » jusqu’à la prochaine ou suivante, faites le point sur les 30 dernières années de soit disant plantes miraculeuses qui guérissent tout, même ce que vous n’aves pas encore eu/ attrapé !

    Il y en d’autres qui sont mieux avec un large spectre (pour toutes addictions) sans effet secondaires et non hallucinogènes), mais interdites en france, depuis la mise en vente des patch tabacs par le lobby BigPHARMA ! Comme c’est bizarre…