Appel des paysans à l’issue d’un procès contre 9 militants poursuivis pour des actions menées sur le site de l’usine des 1000 vaches

Texte lu le 17 juin 2015, à l’issue du procès en appel des neuf militants de la Confédération paysanne poursuivis pour des actions 2014-10-28 11_26_47_300x225menées sur le site de l’usine des 1000 vaches.

Nous sommes paysans… Etre paysan, c’est vouloir être libre, travailler au rythme des saisons, travailler avec la nature, les animaux… Etre paysan, c’est se voir confier cette noble tâche : produire pour l’alimentation de tous !

Alors, partout dans le monde, des centaines de millions de paysans produisent de la nourriture, en lien avec leurs territoires… et ils en sont fiers !

Ces dernières décennies, nous, paysans des pays riches, avons commencé à perdre quelques fragments de notre métier, à perdre surtout de l’autonomie. La banque, permet l’emprunt, mais impose aussi les options de production. Les industriels fournissent matériel, semences et produits de traitement, parfois nécessaires mais qui enchaînent les paysans à une recherche infinie de rendement. Les grandes chaînes de distribution assurent la commercialisation des produits – elles imposent aussi le prix payé aux paysans et obligent à produire du volume pour assurer un revenu. Beaucoup de lois et de réglementations ont accompagné cette mise en dépendance du métier de paysan.

Tout se passe comme si le paysan mettait sa force de travail à disposition d’employeurs puissants, souvent invisibles, et impitoyables. Pour beaucoup d’entre nous, l’autonomie du paysan n’est plus qu’un rêve, et la prolétarisation du métier se confirme.

Cette évolution s’accélère aujourd’hui, brutalement : usines à vaches, serres géantes à tomates, énormes surfaces de production de céréales… Avec ces gigantesques entreprises qui créent une pression maximale sur les paysans et qui accaparent les terres, il y a une réelle volonté d’industrialiser l’agriculture !

Les acteurs de l’agro-industrie ont d’abord investi à leur profit les outils d’amont et d’aval, souvent créés et mis en place par les paysans. Ils s’emparent maintenant du cœur même de notre métier : la production. Ils veulent appliquer les mêmes logiques industrielles : concentration, mise en situation de monopole, recherche du coût de production toujours plus bas, à n’importe quel prix, les travailleuses et travailleurs comme variable d’ajustement… effroyable logique qui pense pouvoir s’affranchir de la moindre considération pour ceux qui en sont victimes !

L’industrialisation de l’agriculture, de la bouffe abondante et bon marché prétend être l’assurance d’une alimentation suffisante pour l’humanité, avec ce qu’elle impose comme coûts sociaux, écologiques et climatiques ! Elle est surtout la réponse cynique à la paupérisation des populations par les politiques libérales, et le meilleur moyen de mieux les ponctionner par les loyers, les transports, ou les marchandises à obsolescence programmée… C’est l’intolérable réalité d’une nourriture qui n’a plus de lien avec la terre, qui n’est que production artificielle imposée par les logiques standardisantes du business et du commerce international, pure destruction du mode alimentaire des peuples, totale négation du principe de souveraineté alimentaire, de la liberté de chacun de choisir son alimentation.

On nous place sous la dépendance alimentaire de quelques grands groupes industriels et financiers, assurant ainsi notre soumission. Car c’est aussi leur domination politique qui est en jeu, telle qu’elle se manifeste déjà dans les Accords de Libre-échange actuellement négociés par l’UE* avec l’Afrique de l’Ouest, les États-Unis ou le Canada.

Nous ne pouvons pas laisser faire, nous soumettre à cet ordre des choses, comme si tout cela était l’ordre inéluctable de l’évolution de l’humanité ! En n’agissant pas, nous nous rendrions coupables, nous deviendrions complices de ceux qui régissent le monde à leur unique profit. Nous avons le devoir de nous remettre en question, de tout remettre en question !

Alors oui, il faut agir. Les alternatives se multiplient, partout, elles essaiment sur cette envie qui bouillonne de dire NON, de faire autrement. Elles sont l’image de ce que nous pouvons devenir, elles font vivre l’espoir qu’une autre société est possible. Alors rejoignons-les, agissons chez nous, partout, au quotidien, sans relâche. Donnons-nous les moyens de l’espoir !

Mais cela ne suffira pas… Le libéralisme se nourrit aussi de nos utopies, il les avale et les recrache, pour mieux avancer. Notre engagement doit être collectif, il doit être politique ! Les attaques quotidiennes sur nos espoirs ne doivent pas parvenir à nous faire baisser les bras ! L’histoire récente est pleine de victoires, ne l’oublions pas ! On peut gagner !

Alors attachons-nous à nos causes communes. Nous, paysans, battons-nous pour notre autonomie et nos savoir-faire. Nous paysans, avec vous tous, citoyens, luttons contre l’industrialisation de l’agriculture qui veut nous balayer. Nous tous, citoyens, pas seulement consommateurs, revendiquons le choix de notre alimentation. Nous tous, citoyens, refusons de brader notre démocratie à la surveillance généralisée et au bon vouloir des multinationales.

Réinventons notre engagement politique. Prenons conscience que nous avons le pouvoir, exerçons-le ensemble !

Source: Confederationpaysanne.fr. Texte découvert sur Bastamag

 

12 commentaires

  • Le veilleur

    Le traité transatlantique se met en place doucement, cependant cette alimentation du profit est malsaine pour les hommes et les animaux et les gens devraient refuser de consommer ces produits issus de l’industrialisations de l’agricultures et penser à leur santé et celle de leurs enfants. Cette colère concerne l’avenir du peuple de France et nous devrions tous y être solidaire.

    Malgré ça et avec les traitres qui nous gouvernent, j’ai peur que cette colère ne soit que le début, sans compter que cela avait commencé bien avant avec le mouvement José Bové, mais les paysans ont raison de défendre leur avenir et leur agriculture traditionnelle où ils disparaitront définitivement.

  • SURICATE

    VIVE les PAYSANS de FRANCE qui se révoltent ! et ? et

    VIVE LA FRANCE !

  • en 1973 au salon de l’agriculture j’ai serré la main de georges ( en remerciement il a donné la banque de France aux rotmachin)
    puis j’ai serré la main de valérie , de françois, de jacques et de françois,me croyant en démocratie(la démocratie est le tirage au sort auprès de volontaires) je vote en toute confiance et me fait entuber… j’ai ce que je mérite….. mais…mais je commence à prendre conscience.. et la je suis sur d’avancer… je vais partager et ne plus empoisonner les éléments vitaux (eau, terre et air) afin de ne plus être complice d’un génocide sans précédent… il n’est peut être pas trop tard.. je suis un locataire de la planète terre et je me refuse à cautionner les meurtres accomplis au nom de l’argent….

  • Enki13

    s’est démoniaque de faire ça :

    http://www.youtube.com/watch?v=3ZQgMkOI2NI

    et pourtant cela arrive a grand pas.
    comme quoi les démons n’ont pas de cornes et le feu au cul…

    ps: si j’en avait la possibilité j’en mettrait bien un de hublot sur ce connard.

  • vico

    fAut que tous agriculteurs soient contre et ce réunissent pour faire le contre poids de ces assassins et spoliateur de nos terre !

    petite vidéo abeille> https:// no
    http://www.youtube.com/watch?v=4dVs95LwVVg
    un exemple de la décadence et du profit…http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_sad.gif

  • rouletabille rouletabille

    Ils s’empoisonnent comme nous et se plaignent ..
    Les paysans riches EXISTENT ,ils vont à la chasse et côtoient les Ministres,c’est la guerre qui les enrichis ,ils n’attendent que cela..
    Les étals le long des routes avec leurs produits invendus attire les couillons qui les trouvent 50 % moins cher en grandes surfaces.
    http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_yahoo.gif

  • gerard.gutknecht

    Un film documentaire « coup de poing » paru en 2005, qui avait disparu et vient d’etre remis en ligne .
    C’est un film du cinéaste autrichien Nikolaus Geyrhalter
    « Notre pain quotidien » de 1h30, mais il faut prendre le temps de le regarder, car c’est l’image de la « société de consommation » dans toute son horreur .

    http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/04/11/l-europe-decadente-filmee-par-nikolaus-geyrhalter_1505888_3246.html

    L’Europe décadente filmée par Nikolaus Geyrhalter

    LE MONDE | 11.04.2011 à 13h59 •

    Le cinéaste autrichien Nikolaus Geyrhalter réalise des films documentaires sans commentaire ni musique, qui témoignent d’une planète malade. Pripyat (1999) décrivait la ville « survivante » à côté de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Notre pain quotidien (2005) détaille les tristes prouesses de la filière agro-alimentaire. Présenté en ouverture de la Diagonale, le festival du cinéma autrichien (22-26 mars), à Graz, et désormais en salles, son dernier film, Abendland, montre une Europe obsédée par les technologies et la sécurité.

    Abendland est un mot allemand qui signifie « Occident » et, dans sa traduction littérale, « pays du soir » – jouant sur l’idée implicite de décadence. Qu’y a-t-il de si désirable dans notre mode de vie pour que tant de gens rêvent de le partager, et qu’il faille ériger des murs autour de lui ?

    Nikolaus Geyrhalter pose cette question à travers des séquences fortes, enchaînées comme un flux d’images (170 heures ont été enregistrées pendant quatorze mois, puis montées par Wolfgang Widerhofer). Des employés d’une entreprise de pompes funèbres rangent des urnes métalliques, scellées et identiques, à l’issue de la crémation ; un infirmier se dévoue à de vieilles grabataires, images terrifiantes de notre futur ; des policiers utilisent un simulateur pour apprendre à tirer sur des individus dangereux ; les secouristes de la Croix Rouge bavaroise tendent un seau réglementaire aux victimes consentantes de la Fête de la Bière à Munich, afin qu’elles puissent y vomir ; brillant dans la nuit, la triple clôture, équipée de senseurs électroniques, surveillée par la Guardia Civil espagnole de Ceuta, nous protège des immigrants. La séquence finale ? Une fête techno dans un stade, où le spectacle de milliers de corps jeunes et musclés, est aussi impressionnant que la vacuité du divertissement.

    Geyrhalter a filmé seulement en nocturne, parce que, explique-t-il, « on perçoit alors mieux les structures, tout est plus concentré ». Sinistre surprise-partie dans la boue glacée de l’hiver, la manifestation non-violente des écologistes allemands, qui tentent de bloquer un train de déchets nucléaires, est un morceau d’anthologie. Ce cinéaste de 39 ans se rattache à la tradition d’un romantisme crépusculaire, à la vision pessimiste d’une nature à jamais perdue par notre faute, qui revient en force depuis la catastrophe de Fukushima au Japon, alors que l’opinion autrichienne était déjà farouchement hostile à l’énergie atomique. Pourtant, ce n’est pas l’apocalypse nucléaire que Geyrhalter a évoquée après la projection de son film à Graz. Mais les rébellions qui secouent le monde arabe : peut-être parce que, dans ce désert semé d’épaves et de déchets en plastique, il y a, malgré tout, un espoir.

    Joëlle Stolz Graz ((Autriche), envoyée spéciale)

    https:// NO
    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=RZ-hNsxkxu8

  • pierrefronse

    L’agriculture productiviste est écrite dans les traités européens par le biais de l’article 39 du TFUE. Cet article est renforcé par les article 32 et 63, qui instaure une libre compétition (sans opposition possible de l’Etat) avec l’ensemble du reste de la planète. Pendant ce temps, les autres pays du monde imposent des mesures de protectionnisme quand bon leur chante. Il n’y a en fait qu’en Europe qu’on est soumis à ces interdiction. Ce n’est pas tout : il n’existe aucun moyen juridique de changer ces traités comme le prétendre le Front de gauche, le FN, l’UMPS, EELV et tous les autres puisque l’article 48 du TUE impose l’unanimité des 28 pays membres pour tout modification, ce qui est impossible en pratique. On le constate dans les faits, aucune mesure d’opposition à l’Union Européenne n’a été prise depuis 10 ans. Les élus d’EELV sont complices. Ils fanfaronnaient pour avoir réussi à imposer un moratoire sur l’OGM MON810, en cachant honteusement lors des réunions publique de la campagne des européennes, ce qui venait de se passer, puisque la Commission venait 2 mois plus tôt d’autoriser le maïs OGM TC1507 de la société Pioneer contre le vote du Parlement et contre celui du Conseil de l’Union. En d’autre terme, la Commission seule entité non élue à le pouvoir sur les institutions élues. Le TAFTA est aujourd’hui beaucoup pointé du doigt, mais l’Union Européenne contient déjà 80 % des éléments assurant à l’hégémonie des société privées Américaine et anglo-saxonne sur l’intérêt général. Ce n’est que par la sortie de l’Union Européenne qu’on échappera au TAFTA, et ses conséquences. Cette mesure de sortie n’est jamais sujette à débat, et toujours amalgamée avec les propositions d’extrême droite, ce qui est complètement faux, le FN propose dans son programme officiel et ses professions de foi le maintient de la France dans l’UE ! seul l’UPR propose cette sortie depuis 8 ans, parti évidement banni des médias grands publiques.