OGM : le professeur Séralini prend sa revanche sur Monsanto

Après deux ans de bataille contre la censure des lobbys agro-industriels, l’équipe du Professeur Séralini republie son étude sur les effets à long terme du Roundup et du maïs transgénique NK603. L’étude, publiée par Environmental Science Europe, sera désormais disponible en open source, et pourra servir de base à de futurs travaux scientifiques sur la toxicité des OGM.

Cette étude avait été publiée à l’origine en 2012 dans une autre revue, Food and Chemical Toxicology, qui l’avait ensuite retirée, ne la jugeant pas assez probante en raison de sa méthodologie. Légèrement remanié dans sa forme, le nouvel article s’appuie toutefois sur la même étude sur les rats, qui a donné lieu à de nombreux débats scientifiques. Il pointe « la toxicité du Roundup et ses impacts sur les organes de détoxification du corps, le foie et les reins ainsi que sa capacité à perturber le système hormonal à très faible dose », a souligné l’association Criigen, dont est membre le Pr Séralini.

« Discussion rationelle »
« Des observations similaires ont été faites sur les OGM, notamment du fait des résidus de pesticides, mais aussi à cause de modifications génétiques », a ajouté le Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique). Winfried Schröder, éditeur pour la revue Environmental Sciences Europe, indique dans un communiqué souhaiter en republiant cet article, « permettre une discussion rationnelle » sur ces travaux. « Le seul objectif est de permettre la transparence scientifique et, sur cette base, une discussion qui ne cherche pas à cacher, mais bien à se concentrer sur ces controverses méthodologiques nécessaires », ajoute-t-il.

« Open source »
Cette publication se fait en « open source », ce qui fait que les données sont en accès libre pour l’ensemble de la « communauté scientifique », « ce que l’industrie s’est toujours refusée de faire au nom du secret industriel ou de la propriété intellectuelle », souligne le Criigen. Publiées en 2012, les conclusions de l’étude du professeur Séralini sur les effets sur les rats du maïs NK603 et de l’herbicide Roundup fabriqué par Mosanto, avaient été rejetées par l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en France.

Source : 7sur7.be

Voir aussi à ce sujet l’article de Reporterre :

Quoi de nouveau ?

Sur le papier, rien d’inédit : pas de recherche supplémentaire, ni d’informations exclusives. L’étude a simplement été réécrite, pour mettre en avant les effets du Roundup plutôt que ceux des OGM. Une précision importante. Car la polémique est née du lien supposément établi par les chercheurs entre cancer et OGM – alors que Gilles-Eric Séralini souligne que le mot « cancer » n’était pas écrit dans le texte de l’article.

Oui, les résultats montrent une augmentation des tumeurs chez les rats ayant consommé du maïs transgénique, mais une tumeur n’est pas un cancer ! Le pesticide serait responsable de déficiences au niveau des reins et du foie, ainsi que d’une perturbation du système hormonal.

Des effets comparables ont également été notés lors de la consommation régulière du maïs NK603, tolérant au Roundup. Toxique donc, mais pas cancérogène. Une différence de taille, mais négligée par le traitement médiatique, et instrumentalisée par les détracteurs de Séralini.

Autre nouveauté : l’étude sera désormais en libre accès, est publiée dans une revue scientifique en « open source ». Le but est ici que tout un chacun puisse accéder directement au texte, pour se faire sa propre idée des résultats. Surtout, fait important pour les lecteurs scientifiques, les données brutes sont également consultables.

Pourquoi une republication ?

« Le progrès scientifique a besoin de débats et de controverses afin d’améliorer ces méthodes sur la base de résultats objectifs », explique l’éditeur de la revue. « Permettre une discussion rationnelle », tel est l’objectif annoncé par l’équipe de Séralini. Car une étude non publiée n’a aucune valeur scientifique. Impossible de la discuter, ou de l’approfondir par de nouvelles recherches.

Par exemple, l’étude pourra désormais être citée lors de l’évaluation des risques des OGM et du Roundup. En février dernier, le maïs transgénique TC1507 a été autorisé par la Commission européenne. Parmi les motifs, l’absence d’étude démontrant la toxicité du produit. L’étude de Séralini se trouvait alors reléguée dans les limbes des connaissances scientifiques.

Autre revendication : favoriser la transparence. « Le choix de l’open source n’a rien d’anodin, explique le Criigen. Il faut que toutes les données brutes, y compris celles des industries, soient en accès libre. » Car Monsanto ou Pioneer ne veulent pas divulguer les détails des recherches soutenant les autorisations de mise sur le marché de leur produit. « Secret commercial » oblige.

Même si la revue où est republiée l’étude est peu connue car nouvelle, elle présente l’avantage d’être accessible sur internet.

Mais déjà les critiques se font entendre : pourquoi une revue si peu installée parmi les chercheurs ? Cela ne confirme-t-il pas le caractère douteux de la recherche ? Sauf que la publication appartient au groupe Springer, grand éditeur de travaux scientifiques, et principal concurrent d’Elsevier, propriétaire de…. Food and Chemical Toxicology.

Défendre l’honneur scientifique

La republication sonne aussi comme un pied de nez aux nombreux détracteurs de Séralini. Ce dernier vient d’ailleurs de publier un commentaire intitulé sans équivoque : « Conflits d’intérêt, confidentialité et censure dans l’évaluation des risques pour la santé ».

- Article sur les conflits d’intérêt, à télécharger :

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Billet doux adressé notamment à Paul Christou, chercheur en biologie végétale, très critique voire injurieux à l’égard de Séralini. « Il est aussi lié à Monsanto. Il est l’inventeur déclaré de plusieurs brevets sur des plantes génétiquement modifiées, dont Monsanto, pour la plupart, détient les droits de propriété », écrit le chercheur dans son article.

Si l’étude n’est ni parfaite, ni irréprochable, l’ampleur des critiques qu’elle a subi est en effet démesurée. Car les principaux reproches, à savoir la taille trop restreinte de l’échantillon et la race de rats, connue pour être sensible aux tumeurs, peuvent être adressés à d’autres recherches similaires. Ainsi, une étude commanditée par Monsanto, utilisant la même race et le même nombre de rongeurs, mais ne portant que sur trois mois, a également été publiée par la revue FCT, sans que la communauté scientifique ne s’en émeuve.

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