Une industrie dopée au glyphosate détruit les forêts du sud-est canadien..

Il est partout, même dans nos urines via les végétaux traités et consommés. Le bio n’y échappe semble t-il pas. Martin mange bio, il a pourtant 31 fois le taux autorisé de glyphosate dans ses urines. Et ce poison détruit les arbres au Canada. Partagez ! Volti

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Par Rémy Bourdillon (Reporterre)

Une forêt près du village francophone de Kedgwick, au Nouveau-Brunswick. Rémy Bourdillon / ©Reporterre/ **Quelle misère de voir ça ! **

Pourquoi la population de chevreuil a-t-elle dégringolé dans le Nouveau-Brunswick ? Les habitants de cette province canadienne ont la réponse : l’épandage de glyphosate sur les forêts publiques. Leur lutte, écrasée par un conglomérat puissant, est ardue.

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Kedgwick (Nouveau-Brunswick, Canada), reportage

Dans le coin du village francophone de Kedgwick, situé non loin de la frontière du Québec, les coupes à blanc ne sont pas difficiles à trouver : il suffit de monter dans le pick-up d’André Arpin. En suivant un chemin forestier qui débute près de son entreprise de location de canots, on tombe au bout de quelques minutes sur de grandes superficies rasées par l’industrie forestière, où l’on est saisi d’un sentiment de désolation. Mais ce qui fâche le plus cet homme pourtant affable, c’est ce qui se passe ensuite, lorsqu’un hélicoptère vient épandre de l’herbicide sur ces zones. « Ils arrivent et ne se préoccupent de rien : des travailleurs forestiers se sont déjà fait arroser par ici… »

Voilà une étrange tradition propre à la petite province canadienne du Nouveau-Brunswick (770.000 habitants), largement couverte par la forêt. Lorsque le bois a été récolté sur une parcelle, les compagnies forestières replantent uniquement des conifères (de l’épinette noire) et effectuent un traitement à base de glyphosate afin d’empêcher la repousse de feuillus, au bois plus dur. « Les résineux ont une croissance plus rapide, explique André Arpin. On les utilise pour la pâte à papier et le bois de construction. » De quoi alimenter l’industrie locale, à commencer par la scierie de Kedgwick. Mais aussi la grogne populaire, portée ici par le petit groupe ÉcoVie, dont M. Arpin fait partie.

À cause de la monoculture de conifères, la population de chevreuils s’est effondrée de 70 % depuis 1985

Car cette pratique, nommée « arrosage » par les francophones (un tiers de la population) et « spraying » par les anglophones, porte un coup dur à la diversité de la forêt. Par endroits, lorsque les épinettes ont repoussé, on se sent plus proche de la monoculture que de la nature sauvage canadienne. Les animaux ne s’y trompent pas : la population de chevreuils du Nouveau-Brunswick s’est effondrée de 70 % depuis 1985. Le ministère du Développement de l’énergie et des ressources blâme les hivers rigoureux et les coyotes, mais un de ses anciens employés, le biologiste Rod Cumberland, fait une analyse différente : les 15.000 hectares de forêt arrosées annuellement sont autant de nourriture en moins pour les chevreuils, qui raffolent des feuilles. « Chaque année, notre sylviculture moderne détruit de quoi nourrir 40.000 chevreuils sur les terres de la Couronne », écrit-il [1].

Les « terres de la Couronne », ce sont les terres publiques, gérées par la province. Depuis 2014, le gouvernement du Nouveau-Brunswick permet aux compagnies forestières d’y récolter 20 % de bois de plus qu’auparavant. Et puisqu’ici la quantité prime sur la qualité, la coupe à blanc est le mode de récolte privilégié : 80 % du volume, selon le rapport de 2015 de la vérificatrice générale de la province, l’équivalent de la présidente de la Cour des comptes en France.

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Dans le Québec voisin, la pratique est interdite depuis 2001 …/…

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick a été cadre pendant 33 ans chez Irving Oil …/….

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Source : Rémy Bourdillon pour REPORTERRE

[1] Rod Cumberland a été renvoyé de son emploi de professeur au Collège de technologie forestière des Maritimes. Un de ses collègues pense que c’est parce qu’il parlait trop du glyphosate.

Voir :

Du même auteur : En Colombie, les référendums d’initiative citoyenne stoppent les mines. En Colombie, la lutte contre les projets d’exploitation minière et pétrolière s’organise à l’échelle municipale par le biais de référendums. Une pratique qui déplaît au gouvernement mais qui dynamise les territoires où elle se déroule.

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