Xavier Moreau – L’Ukraine ne sera jamais une nation..

D’après Dmitri Orlov : L’Ukraine n’a jamais été viable en tant qu’État indépendant et souverain et sa désintégration, déjà amorcée, est donc à prévoir…../… Ainsi, le bon modèle pour en discuter n’est pas celui de l’effondrement soudain, mais celui d’une dégénérescence et d’une déliquescence constantes…./… (Lire l’interview par le Saker) Partagez ! Volti

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Interview faite par Christelle Néant via Skype le 15 avril 2019 pour Donbass-Insider

Xavier Moreau

Xavier Moreau est analyste politique et fondateur de Stratpol. Il commente régulièrement l’actualité concernant la Russie et l’Ukraine, et analyse dans cette interview la situation de la liberté de la presse en Ukraine, et ce qui attend le pays en 2019, tant sur le plan politique qu’économique.

TRANSCRIPTION :

Bonjour Xavier Moreau.

Bonjour Christelle.

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour cette interview. Ces derniers mois la situation des journalistes en Ukraine, y compris celle des journalistes étrangers s’est fortement dégradée, avec beaucoup de journalistes qui se sont vu refuser l’accès au territoire ukrainien. Entre autre, le cas très médiatisé du journaliste de la chaîne autrichienne ORF, Christian Wehrschütz, qui finalement, on a eu la nouvelle hier, est enfin autorisé à revenir en Ukraine, après une forte pression de la ministre autrichienne des Affaires étrangères, Karine Kneissl. Mais d’autres journalistes n’ont pas cette chance. Entre autre, quatre journalistes tchèques, qui se sont vu refuser la semaine dernière l’accès à l’Ukraine. Il y a eu plusieurs journalistes italiens aussi qui venaient pour couvrir les élections ukrainiennes. Que pouvez-vous nous dire au sujet de la situation de la liberté de la presse en Ukraine, et qu’est-ce qui explique cette évolution très négative dans le cadre des élections ukrainiennes ?

Je parlerais moins d’une évolution que d’une permanence. Il faut se rappeler que dès le lendemain du Maïdan, la chasse aux journalistes dissidents a été lancée. Ça s’est traduit par l’assassinat de Bouzina, qui était un journaliste pro-russe, qui ne le cachait pas. Ça a été l’enfermement de Kotsaba, juste parce qu’il avait dit (et il avait raison), que la guerre dans le Donbass était inconstitutionnelle. Puisque pour envoyer l’armée, c’est comme en France. Vous ne pouvez pas envoyer l’armée sans accord… À moins d’être en situation de guerre.

Quand vous envoyez l’artillerie et les chars, et les avions même, à une époque, c’est que vous êtes en situation de guerre. Et pour ça, Kotsaba avait fait, je crois, un an et demi de prison ferme plus ou moins sans jugement, et avait fini, sous la pression internationale, par être libéré.

Et aujourd’hui encore, il suffit d’aller sur Youtube, plusieurs fois il est victime de violences, il se fait attaquer, mais il continue courageusement à faire son travail.

Vous avez encore Anatoli Charii, qui lui vit en exil, on ne sait pas trop où en Pologne ou dans les Pays Baltes, pour pouvoir continuer à faire ses vidéos de réinformation. Donc, de toute manière il n’y a pas de liberté de la presse en Ukraine. Dès le lendemain du Maïdan c’est une des premières choses qui s’est effondrée.

Alors il y a quand même une presse dissidente qui essaye de faire un peu le travail. Notamment quelqu’un que j’avais repéré dès le début, et qui a créé sa chaîne, le député Mouraev de Kharkov, qui a créé la chaîne NewsOne. Mais qui est censurée, sans l’être directement, puisqu’elle a perdu le fait d’être retransmise sur certains bouquets de chaînes ukrainiennes. C’est arrivé il y a deux mois comme par hasard, peu de temps avant les élections.

Donc, ce que je veux dire c’est que je ne vois pas quelque chose de vraiment nouveau. L’Ukraine est un pays où depuis le Maïdan on tue les journalistes. Il y a des journalistes qui ont été délibérément abattus par l’armée ukrainienne et ce dès le début. Il y a un Français qui a failli y laisser la vie. Et qui d’ailleurs, si je me souviens bien, a décidé de porter plainte contre le régime kiévien. Donc on est dans la permanence.

Évidemment que tous les journalistes qui doivent être accrédités font l’objet d’une vérification par les services ukrainiens, qui sont une véritable police politique. Et puis, je vous rappelle aussi qu’il y a un site internet sur lequel vous et moi nous avons l’honneur de figurer, qui est Mirotvorets. Qui non seulement désigne les gens à abattre, ça a été le cas de Bouzina, mais en plus donne leurs coordonnées.

Beaucoup d’informations personnelles qui peuvent être très dangereuses quand ça tombe entre de mauvaises mains. Mais on a l’impression dans le cadre de ces élections que les journalistes étrangers, entre autre, venant de pays occidentaux, ont été beaucoup plus la cible de cette censure qui ne dit pas son nom, puisqu’en fait on ne les laisse même pas rentrer sur le territoire ukrainien. Par rapport à avant on a vu beaucoup plus de cas quand même, dans le cadre de ces élections.

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Christelle Néant pour Donbass-Insider

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