Le point sur la situation à Gorlovka. Par Erwan Castel

Hier, je publiais un flash concernant des combats ayant éclatés aux abords de Gorlovka suite à une nouvelle progression d’unités ukrainiennes dans la zone neutre (« zone grise ») théoriquement démilitarisée et qui se situe entre les positions avancées des belligérants (et dont les accords de Minsk demandent une largeur de 2 km minimum).
Aussitôt l’action militaire en cours, sa tension a débordé du front, poussée par la propagande de Kiev et l’inquiétude des habitants de Gorlovka, toutes les deux relayées et amplifiées sur les réseaux sociaux modernes du net, tandis que les autorités militaires républicaines, après un silence logique le temps des combats, ont diffusé par la suite dans un communiqué rassurant et laconique, un démenti aux vantardises ukrainiennes.
Entre les faits militaires et les communiqués propagandistes, la réalité des événements survenus sur le front de Gorlovka ce 28 mars, est en train de faire surface et voilà ce qu’on peut avancer aujourd’hui :
Dans le cadre d’une escalade constante du front initiée par les forces ukrainiennes depuis 2 mois, un des combats les plus vifs as’est effectivement déroulé aux lisières Nord Est de Gorlovka (Holmivsky), près du village de Dolomitne-Bayrak.
  1. Des unités ukrainiennes ont engagé les forces républicaines depuis la « zone grise » où elles avaient progressé. Il s’est engagé un combat violent entre les unités en présence au cours duquel 1 milicien républicain de 21 ans a été tué par le tir d’un sniper en pleine tête et 5 autres blessés dans les accrochages. Dans le village, côte civil, 2 voitures ont été détruites et des maisons endommagées par les tirs ukrainiens.
  2. Lors de la riposte républicaine, la position ukrainienne qui était dans la zone neutre a été détruite, et des pertes observées. A l’issue de cette riposte de la milice, les ukrainiens ont abandonné leur position pour en organiser une nouvelle à proximité, le tout présenté par leur propagande comme une victoire offensive dans leurs réseaux sociaux.
  3. La propagande ukrainienne rapporte que dans les combats ils ont atteint les faubourgs de Gorlovka en occasionnant des pertes importantes aux forces républicaines dont plus de 20 miliciens, grièvement blessés auraient été évacués à l’unité de soins intensifs de Gorlovka. Même si des miliciens ont été effectivement blessés, ces deux deux informations sont fausses et uniquement destinées à créer une excitation côté ukrainien et une panique au sein de la population de Gorlovka.
Ce combat localisé est symptomatique de la situation militaire et psychologique d’un front figé dans des tranchées et sous tension depuis 4 années et qui menace à tout moment de craquer et se transformer à nouveau en guerre de mouvement.
Dans ce contexte, les ukrainiens profitent de leur impunité pour rompre quotidiennement le cessez le feu et engager des unités à la conquête de le zone neutre qui, sous leurs bonds successifs vers les lignes de défense républicaines (stratégie du « sauts de crapauds » dixit l’Etat Major ukrainien), rétrécit depuis 4 ans comme peau de chagrin.
Le Président ukrainien Porochenko, en visite  sur le front du Donbass
Si l’armée ukrainienne dans ces mouvements offensifs arrive à créer des zones de contacts avec les positions républicaines (moins de 200 mètres) en revanche, le tracé des lignes de front ne bouge pas d’un iota comme les positions républicaines de Zaitsevo et Dolomitne située dans le secteur attaqué. Cette stratégie ukrainienne très coûteuse en pertes humaines et matérielles atteint cependant des objectifs capitalisables à Kiev :
  • Militairement, lorsque les ukrainiens arrivent au contact des républicains, ces derniers voyant leur temps de réaction en cas d’offensive ennemie disparaître avec la zone neutre, sont obligés de renforcer leurs effectifs de première ligne et donc de diminuer ceux des forces de réaction rapide attribué au secteur plus large du front.
  • Psychologiquement, ces avancées militaires même lorsqu’elles sont éphémères sont médiatisées exagérément pour gonfler le moral d’une armée ukrainienne de conscrits enlisés dans leurs tranchées et leurs dépressions générant des pertes hors combat importantes dues à l’alcoolisme, les suicides, les désertions, les rixes etc…
  • Médiatiquement, les ripostes républicaines inévitables et légitimes qui sont consécutives à ces provocations ukrainiennes sont aussitôt exploitées par la propagande ukrainienne et occidentale qui entretiennent le mythe d’une agression russe dans le Donbass.
  • Politiquement, Porochenko essaye de capitaliser ces « victoires » militaires au titre de de le reconquête du Donbass qu’il avait promis en 2014 et remonter dans les sondages d’une nouvelle élection présidentielle ukrainienne qui le pronostiquent perdant à sa sa propre succession.
Ce que je constate en tant que volontaire déployé sur une de ces zones de contact créées par Kiev dans le Donbass, c’est qu’une telle stratégie ukrainienne qui sans nul doute est conseillée par ses mentors occidentaux a pour conséquence immédiate et principale, outre l’hémorragie quotidienne opérée au sein des forces républicaines et de la population civile du Donbass, de rendre impossible l’application des accords de Minsk, et ne peut conduire, un jour ou l’autre qu’à une rupture du front et une escalade militaire qui l’effet domino des alliances officielles et officieuses des uns et des autres dépassera largement le secteur du Donbass pour concerner la sécurité de l’Europe entière.

Erwan Castel

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