Puissant, poétique, encombrant, « Taste of cement » dépeint le quotidien muet des travailleurs syriens au Liban…

Après le succès de son précédent film « The Immortal Sergeant », le réalisateur syrien Ziad Kalthoum met en images, en bruits et en mots un monde que l’on ne peut ni voir ni entendre : celui des travailleurs syriens exilés qui reconstruisent Beyrouth après la guerre, tandis que leurs propres maisons sont toujours bombardées en Syrie. Son documentaire Taste of cement est sorti la semaine dernière.

« Les fenêtres de la tour sont notre seul lien avec la ville. » C’est à travers le regard de ces hommes, sur ces chantiers suspendus, que nous découvrons la capitale libanaise de manière inédite. De cette métropole animée dont ils sont exclus, le spectateur perçoit un dédale géométrique de sites en construction. Travaillant douze heures par jour au-dessus de la ville et vivant en-dessous le reste du temps, les ouvriers syriens n’ont pas accès à la « surface » de Beyrouth qui leur est refusée par l’imposition d’un couvre-feu. Transition entre deux strates, Beyrouth et ses habitants leur échappent jusque dans le regard. Leur confinement s’apparente étrangement à celui des ouvriers du film Metropolis et les immenses tours qu’ils bâtissent de leurs propres mains ne semblent guère contrer leur isolement et leur invisibilité sociale.

Taste Of Cement – Trailer from Syndicado on Vimeo.

Une bande-son pesante

Avec pudeur et poésie, le réalisateur Ziad Kalthoum traite l’exil de ces constructeurs syriens, leur solitude, leur inexistence. Les silences sont aussi vertigineux, assourdissants, que le vide qui remplit l’espace de ces bâtiments fantômes. Par contraste, le bruit des engins et des outils utilisés pour le chantier ne se font entendre que pour faire écho à ceux des machines de guerre, renvoyant ainsi au chaos là-bas. La construction de Beyrouth est douloureuse : elle leur rappelle sans cesse la destruction en Syrie qu’ils constatent, chaque soir après leur journée de labeur, sur leurs écrans portables. A l’image d’une grue qui pointe et vise comme un char tirant son canon, le parallèle est saisissant : Beyrouth se construit sur des ruines.

Un cri de douleur

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Source : Les Lucioles du Doc publié par BastaMag
Ces chroniques mensuelles publiées par Basta ! sont réalisées par le collectif des Lucioles du Doc, une association qui travaille autour du cinéma documentaire, à travers sa diffusion et l’organisation d’ateliers de réalisation auprès d’un large public, afin de mettre en place des espaces d’éducation populaire politique. Voir le site internet de l’association.

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