Le surendettement, un fléau social qui profite d’abord aux banques et aux organismes de crédit…

La plupart des gens surendettés ont tellement honte, qu’ils n’osent pas se faire aider, les banques en profitent et les enfoncent davantage, dans un cercle vicieux. Ils devrait être obligatoire de contrôler la capacité de remboursement avant un prêt et, se méfier comme de la peste des crédits renouvelables dit, « révolving », à 20%, les échéances remboursent les intérêts, jamais le capital. Les accidents de la vie sont eux aussi responsables de pas mal de cas, perte d’emploi, maladie etc… Il y a aussi les « cigales »..

Personne n’est à l’abri du surendettement, qui survient parfois après un accident, une séparation, la perte d’un emploi. Mais qui est également favorisé par un système dans lequel les organismes prêteurs, loin de jouer le rôle d’un garde-fou, poussent des personnes à la sur-consommation. Au risque de les précipiter dans l’abîme. Malgré plusieurs lois d’encadrement, l’État rechigne pourtant à mettre un terme à ces pratiques, tout comme à investir réellement dans la prévention et l’accompagnement des victimes. Enquête.

« Avant, j’étais ingénieure technico-commerciale dans le privé, précise Juliette, 65 ans, qui a déposé son premier dossier de surendettement en 2001 [1]. Je ne suis ni idiote, ni assistée. J’ai voulu changer de vie : partir effectuer des missions culturelles à l’étranger, avec une ONG. Pour cela, je suis devenue fonctionnaire et j’ai acheté un studio à Paris, pour pouvoir le mettre en location pendant mes absences. » Mais quelques mois plus tard, le plafond du studio s’effondre. Des prélèvements sur les murs révèlent un taux d’humidité de 90%. Rapidement, Juliette comprend qu’elle est victime d’une arnaque immobilière.

Mais six ans d’expertises judiciaires ne permettent pas de prouver la mauvaise foi du vendeur. Six ans pendant lesquels elle doit continuer à payer son crédit, les charges de co-propriété, ainsi que le loyer d’un appartement où elle a dû se reloger. Sans compter les frais de procédure. Elle prend un congé sabbatique de la fonction publique pour travailler en intérim et augmenter ses revenus. Elle plonge malgré tout. Seule lumière au bout de ce tunnel, l’acceptation de son dossier de surendettement par la Banque de France a été un vrai soulagement pour Juliette : « C’est merveilleux de voir ses dettes ré-échelonnées, de pouvoir garder un toit sur la tête, de ne pas être éjectée du système. »

42 000 euros de dettes, en moyenne, pour les surendettés

En 2016, 194 200 personnes ont ainsi déposé un dossier de surendettement à la Banque de France, qui constate aujourd’hui une « baisse tendancielle du nombre des dossiers depuis trois ans » [2]. Elle explique ce recul par la diminution générale des taux d’intérêt, qui facilite le remboursement des crédits. Et par une législation qui a commencé à fermer le robinet de crédits attribués aveuglément. Depuis 2010, la loi Lagarde oblige les banques et organismes de crédit à communiquer de manière plus transparente sur leurs offres, à donner au client le choix entre crédit renouvelable et amortissable, et à vérifier les capacités de remboursement des clients [3]. Le but est d’éviter les situations de gens étouffés par quatre ou cinq crédits à la consommation. Dans les dossiers de surendettement, la part de ces crédits est passée de 58,2 % en 2011, à 39,3 % en 2016.

Depuis 2003, la loi Borloo permet aux personnes surendettées qui ne pourront manifestement pas solder leurs emprunts de remettre les compteurs à zéro : leurs dettes sont effacées dans le cadre d’une « procédure de rétablissement personnel ». En 2016, cette bouffé d’air a concerné environ 30% des dossiers déposés à la Banque de France.

Mais, à y regarder de plus près, le ciel n’est pas si bleu. Ces chiffres ne concernent que les dossiers déposés à la commission de la Banque de France. Or, des personnes en situation de surendettement n’osent pas y recourir. Elle n’est pas non plus accessible aux auto-entrepreneurs. Par ailleurs, l’endettement global moyen des surendettés qui ont déposé un dossier est de 42 334 euros, soit près de 15 % de plus qu’en 2011. Leurs budgets sont moins plombés par les dettes de crédits à la consommation, mais les arriérés de paiements concernant le logement, l’énergie ou les transports ont augmenté. Finalement, les dettes n’ont fait que glisser vers les charges courantes. Avant de régler le problème du surendettement en France, il reste quelques étapes à franchir.

« C’est dans une grande solitude que j’ai demandé le soutien de la Banque de France »

Après avoir difficilement revendu son studio, il reste à Juliette encore l’équivalent de deux ans de salaire à rembourser. « C’est là que je suis tombée malade. Pour économiser, je mangeais mal. » En arrêt, ses revenus fondent et ses frais médicaux non remboursables se multiplient. Elle doit pourtant toujours payer ses traites. « Sortir du surendettement est très compliqué », témoigne-t-elle. « Aux yeux de beaucoup, les surendettés sont des irresponsables qui n’ont pas appris à compter ou ne veulent pas payer leurs factures », constate Philippe Guilbaud, président de l’association Nouvelles voies, engagée dans la lutte contre le surendettement.

Pourtant, même s’il n’y a pas un profil de surendetté, la situation récurrente est celle d’un employé ou d’un ouvrier, gagnant un petit salaire, qui se sépare, tombe malade ou perd son emploi. Un accident de la vie dans un contexte économique fragile. Deux personnes surendettées sur trois vit seule. La plupart ont entre 45 et 55 ans et sont locataires de leur logement. Malheureusement, la stigmatisation des personnes surendettées empêche beaucoup d’entre-eux de demander le soutien de la Banque de France

« L’autorisation de découvert : ça a l’allure d’un service, mais c’est un piège »

« J’aimerais que les gens s’enlèvent de la tête qu’on est des moins que rien, demande Simon, 40 ans, très actif depuis deux ans pour éponger une dette de 8000 euros. On tombe tellement vite dans le mal-endettement… Mais tout le monde pense que c’est la honte ! J’en ai seulement parlé à mes parents, qui m’aident, et à quelques potes qui me déposent des sacs de courses. » Juliette aussi a eu l’impression de devenir une pestiférée : « Famille et amis m’ont renvoyé que j’étais nulle d’avoir acheté cet appart, et de ne pas avoir réussi à me défendre. C’est dans une grande solitude que j’ai demandé le soutien de la Banque de France. Même avec les assistantes sociales, ça coinçait, car je n’arrivais pas à entrer dans le rôle d’enfant inconséquent et soumis qu’on me proposait. »

Pour Jean Beaujouan, ancien salarié d’une banque et créateur de l’association « Osons parler d’argent », il serait trop facile de faire porter aux seules personnes surendettées une responsabilité qui incombe, selon lui, à tout un système. Dont les banques sont l’élément central : « Quand ils entrent dans une banque, les gens pensent qu’ils ont à faire à des conseillers financiers. Mais ce sont des agents dont le métier est de leur vendre des produits. Prenez l’autorisation de découvert : ça a l’allure d’un service, mais c’est un piège. Sept personnes surendettées sur dix ont commencé par utiliser l’autorisation de découvert de manière excessive. » Ces signaux qui permettraient de dépister le surendettement sont ignorés, voire exploités par certaines banques. Car l’endettement des clients leur rapporte.

« Beaucoup sont matraqués par les frais bancaires »

…/…

Lire la suite de l’enquête

Auteur Audrey Guiller pour BastaMag

3 commentaires

  • engel

    Et c’est reparti les pleureuses…

    « Le surendettement, un fléau social »
    C’est sûr que comparer à un génocide, ça a de quoi émouvoir.
    Pourtant, personne n’oblige autrui à prendre un crédit.

    De nos jours, tout le monde est bien informé(depuis le temps!) des risques pris par l’engagement d’un crédit.
    C’est un choix. Et comme tout choix, il se doit d’être assumé.

    Et comme disent les adeptes de la décroissance:
    « T’as pas d’argent, t’achètes pas et t’as pas d’emmerde ».https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_cool.gif

  • Mario

    En toute logique, la seule solution, c’est de CACHER ses avoirs si possible.

    Pourquoi en tout logique ?

    Parce que quand les coffres gouvernementaux seront vraiment à sec(c’est le cas), juste avant de piger dans les comptes bancaires(ils ont maintenant ce droit), ils s’attaqueront aux richesses des peuples(c’est déjà commencé).

    Les impôts et les taxes diverses sur les possessions des gens vont tellement augmenter – en plus d’en créer d’autres – qu’il ne leur restera plus qu’à les vendre pour éviter d’être saisi judiciairement, comme en Grèce.

    C’est un dur moment quand on DOIT se débarrasser de sa demeure pour survivre.

Laisser un commentaire